"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

LE REFUGE

      par le XVIe Karmapa Ranjoung Rigpai Dordjé,
 Ce texte fut écrit de la main de feu Sa Sainteté le 16é  Karmapa
afin d'éclairer l'importance et  la signification du voeu  de Refuge,
base et aboutissement de tout l'Enseignement du Bouddha.

    Relatant d'abord les 12 actes par lesquels un Bouddha manifeste le
Parfait Eveil, Sa Sainteté démontre ensuite comment le Refuge englobe
les 3 véhicules progressifs ou 3 mises en mouvement de l'explication de
la Doctrine.

    Par l'exposition des qualités des objets de refuge, Sa Sainteté donne
toute sa portée à cet engagement qui demeure sans cela vide de sa

 signification essentielle. L'intégration parfaite de ces qualités équivaut en

 effet a l'obtention de l'Eveil,  aussi leur compréhension est-elle sans

 limites. L'actualisation du refuge débouche sur la réalisation de la nature

 de l'esprit et des apparences, et la démonstration est conclue par

 l'explication de la Bodhicitta, coeur même de l'Eveil.

     Le texte tibétain original est écrit de façon trés dense et concise.

 Chaque mot est a lui seul un enseignement et suggére de multiples

 références. Il ne serait pas inutile de les méditer comme tels.
 
 
 

     Avec respect, je me prosterne devant les Glorieux Lamas qui sont

 l'essence  des  Bouddhas,  de  la  Doctrine  et  de  l'assemblée  des

 Bodhisattvas. Ainsi notre Maître lui-même, aprés avoir engendré l'Esprit

  de l'Eveil, rassembla les accumulations (1) durant trois éres incalculables,

  à l'issue desquelles il apparut comme Gourou, fils de brahmane, du

  temps du Bouddha Kasyapa (2).

     Ayant transmigré, il prit naissance en tant que fils d'un deva (3)

  du nom de Dampa Tok Karpo.

      Alors que la durée de la vie (humaine) était de cent années, il vit,

  de par sa connaissance divine, que les cinq facteurs propices à sa

  manifestation se trouvaient réunis. Il reconnut les êtres à convertir au

  moyen de la Compréhension authentique, du But authentique et de

  l'Action authentique, et assuma la forme d'une naissance humaine.

  LES DOUZE ACTES DU BOUDDHA

      Comme il est dit : "Il quitte (la sphére divine de Tushita),

   pénétre dans la matrice, naît, maîtrise les arts, jouit  du monde,

renonce,  pratique les austérités, vient auprés (de l'arbre de Bodhi),
conquiert les Maras, manifeste l'Eveil, énonce l'Enseignement et trans-
cende la souffrance. ª

    Quittant les mondes divins, le Bouddha pénétra dans la matrice et
se manifesta sous la forme d'une naissance (humaine). Dés qu'il naquit,
les dieux,  accompagnés de musiques célestes, vinrent le baigner.  Il se
leva immédiatement, fit sept pas sur la vaste terre et, pointant le bras
vers le ciel, déclara : ´Je serai le Sublime de ce mondeª.

    A l'occasion de cette naissance, les brahmanes experts en les signes
furent consultés  :  " Il sera  empereur universel ou  bien Bouddha"
dirent-ils.

    Il maîtrisa parfaitement les arts et les disciplines mondaines, puis il
connut les fastes de la condition princiére, entouré d'une reine et de
serviteurs.

    C'est alors que, franchissant la porte du palais, il comprit l'inexora-
bilité des quatre grands fleuves de la naissance, de la vieillesse, de la
maladie et de la mort. Abandonnant sa condition, il renonça parfai-
tement et devint un sans-foyer.

    Au milieu du jour II demeura en méditation, au crépuscule II subjuga
Mara, à l'aube II réalisa la véritable connaissance omnisciente et
manifesta l'Eveil.

LA MISE EN MOUVEMENT PROGRESSIVE DE LA ROUE DE LA LOI

    A Bénarés, au parc des gazelles, il énonça les Quatre Vérités :

    ´Que l'ignorance, à la façon d'une graine, est la cause de la maladie
  la Vérité de l'origine.

    ´Que les fruits en sont les passions, semblables à la maladie elle-
même : la Vérité de la souffrance.

    ´Que le reméde, semblable à une médecine, est la Vérité de la Voie.

    ´Que, par sa puissance, cette Voie délivre de la cause originative et
des passions semblables a la maladie, c'est le Fruit : la Vérité de la
cessation. ª

    A l'adresse des pratiquants du grand véhicule, le Bouddha prêcha le
cycle d'enseignements du Bodhisattva,au lieu appelé ´montagne où se
réunissent les vautoursª  :  l'apprentissage  en  la pensée  supérieure,
l'apprentissage en la connaissance supérieure, et encore l'acquisition de
la maîtrise  de l'absorption méditative supérieure  ;  enfin  la  maîtrise
absolue,  celle  de  la  Conscience  Primordiale  auto-connaissante  et
discriminante.

    Il révéla l'Enseignement de façon vaste,  profonde et inconcevable.

     Réfutant les théories  erronées et la  saisie  réaliste,  il  pacifia

 l'identification au sujet et à l'objet, et démontra comment obtenir la

 Conscience Primordiale véritable.

     Aux êtres de capacité intermédiaire, le Bouddha énonça l'ensei-

 gnement sur l'absence de caractéristiques intrinséques.

     A ceux dotés du potentiel supérieur qui montraient une Compassion

 sans limites, il enseigna que la réfutation de la saisie dualiste par la

 Vacuité n'était pas l'explication définitive et révéla les qualités ultimes

 qui sont l'autre aspect de la sagesse du Dharmadathou : la présen-

 tation définitive qualifiée. C'est l'enseignement dénommé : explication

 parfaitement excellente (4).

     Par cette exposition de la Doctrine sous forme de trois cycles

 successifs  et  par  l'immensité  de  Sa  sagesse  compassionnée  et  Sa

 compréhension  authentique,  cet  Enseignant  établit  un  nombre

 illimité d'êtres en l'état du bienfait et du bonheur.

 LE REFUGE

    Tous les êtres individualisés nés dans l'une des six conditions
 d'existence sont continuellement tourmentés par les passions. Ils ont
perdu leur chemin, aveugles devant l'abîme, sans jamais pouvoir
 découvrir la protection qui les guiderait. C'est pour eux qu'est présent le
pouvoir du refuge.

    Ce pouvoir ne réside qu'en les Trois Sublimes, à l'exclusion de toute
autre source de refuge.

    C'est pourquoi il est nécessaire de prendre refuge en les Trois Rares
et Sublimes (les Trois Joyaux).
La maniére de prendre refuge

    Si l'on est atteint d'une fiévre et que l'on reste dans l'ignorance
des qualités des Trois Joyaux, il est impossible que la fiévre dispa-
raisse. La raison de cela tient à la nature des Trois Joyaux :

    Le Bouddha : l'Eveil : l'accomplissement ultime et parfait de
l'abandon et de la réalisation (5). Le Bouddha est caractérisé par la
Conscience Primordiale de la nature essentielle des phénoménes et par la
vibration de la Parole non-duelle.

    Le Dharma : la Voie qui est signifiée par la Vérité de la cessation.
Il est caractérisé par la pacification des termes du sujet et de l'objet, en
quoi il est exempt d'attachement, et par l'Activité Illuminée qui cause
la cessation des passions.

    Le Sangha : la Noble Communauté : ce sont ceux qui ont une
connaissance exacte de la maniére d'atteindre le but, qui s'appliquent à
le réaliser en s'engageant dans l'action vertueuse initiale , intermédiaire
et ultime.

    Par la compréhension des qualités des trois lieux de refuge, s'éléve
une foi indéfectible. Le refuge est issu de cette foi envers les objets
authentiques, agissant comme le reméde effectif. C'est ce que recouvre
l'expression : être pris par la Compassion des Trois Rares et Sublimes.

    Une fois que l'on est pris par cette Compassion des Trois Joyaux,
on n'en est plus jamais exclu. Cette Compassion qui prend les êtres est
pourvue de l'Activité Illuminée qui ne rejette jamais car complétement
affranchie de la dualité du sujet et de l'objet. Pour cette raison, elle est
comparée à la m‚choire d'un crocodile.

    Cette foi du fond du coeur est le reméde approprié. Celui qui lie son
être par le voeu de Refuge et prend effectivement refuge, ferme les voies
qui ménent aux abîmes des passions et qui provoquent la naissance dans
les six classes d'êtres, que ce soit les états infortunés ou les conditions
supérieures. Le fil de la Voie de la Libération est parfaitement tenu.

    Ainsi, celui qui engendre en lui-même le voeu authentique du
Refuge trouve une protection absolument infaillible contre toutes les
souffrances.

    Développant cette conscience, il pénétre complétement le sens du
voeu de Refuge. En conséquence, les situations négatives n'apparaissent
plus comme telles en lui. Au contraire les conditions adverses s'élévent

 comme des alliées. Les maladies, les démons virulents, les persécutions

 et autres manifestations, lorsqu'elles adviennent, sont connues comme

 maturation de causes antérieures : les actes accumulés sous l'influence de

 l'ignorance. Il ne demeure plus dans l'être de lieu où la souffrance
puisse se fixer.

    C'est par la confiance en l'inéluctabilité de la rétribution karmique

 que ces circonstances apparaissent comme des alliées.

    Lorsque quelqu'un prononce des paroles désobligeantes à notre

 égard, attribuons-nous en le bl‚me et voyons cela comme bénéfique.

 Lorsque nous sommes l'objet de paroles élogieuses, soyons confiants en

 les Trois Joyaux et développons davantage notre foi.

    Bon ou mauvais, quoi qu'il s'éléve, quoi qu'il apparaisse, tout cela

 doit être compris comme une interprétation projetée par notre mental.

 La nature de toute manifestation est la projection confuse issue du

 karma. Fort de la conviction de l'absence d'origine intrinséque, même

  s'il s'éléve de  mauvaises  pensées  telles  que  désir ou  haine,  gardons  la

  tête froide sans nous laisser aller à les suivre.

     En demeurant sur la voie pure de la patience, nous tiendrons avec

 certitude le fil du chemin du non-retour (6).

     Pour cela il nous faut reconnaître la spécificité des lieux de refuge,

 qui distingue la position bouddhiste des théories hétérodoxes (7). Le

 Bouddha l'exprime ainsi : ´Bien que l'on conçoive l'existence de tous les

 voeux, ils n'existent pas s'ils ne passent pas par le refuge. ª Méditons-

 en le sens dans cet esprit.

     D'une maniére générale, la totalité du corps des quatre-vingt-

 quatre-mille enseignements est incluse dans l'entraînement au refuge,

 parachévement complet de l'apprentissage spirituel. L'orientation unique

 du Dharma, c'est la mise en application du refuge :

     une seule orientation dans les préliminaires : pénétrer le sens du

 développement de l'esprit d'Eveil ;

     une seule orientation dans le corps de la pratique : pénétrer le sens

 de cette phase centrale ;

     une seule orientation dans le fruit : assumer la maîtrise de l'Activité

 Eveillée résultante.

    C'est la raison d'être du recueillement méditatif.

    Puisque tous les enseignements du Bouddha se résument à l'inté-

 gration du refuge,  n'en diminuons pas l'importance,  mais aspirons

 vraiment à le tenir comme le coeur de la méditation.  Ce faisant,

 nous  deviendrons  des  fortunés  capables  de  mettre  en  pratique

 l'essence du profond et saint Dharma.

    Considérons au moyen de la cause, de l'exemple et du nombre ce

 sublime support : le précieux corps humain doté des libertés et des

 acquisitions, si difficile à obtenir. Maintenant que nous jouissons de
cette opportunité exceptionnelle, ne laissons pas cette existence humaine
s'épuiser en vain, mais soyons conscients de la nécessité de pratiquer
l'essentiel, le Saint Dharma qui lui donne son sens. Développons une
aspiration fervente, ne restons pas à temporiser, c'est tout de suite qu'il
faut pratiquer.                                                    

    Pourquoi cela ?                                          

    Tous les phénoménes extérieurs et intérieurs, le réceptacle et
l'essence, n'existent qu'en mode dépendant, conditionné. Ils n'ont pas
d'existence autonome ou réelle, pas même pour un instant. Spécialement
la vie des êtres est transitoire comme une bulle à la surface de l'eau, et il
est certain que la mort frappe soudainement.

    A ce moment, ni nos proches, ni nos serviteurs, ni nos richesses, ni
nos biens, ni personne ne nous est plus d'aucune aide. Lorsque nous
errons tout seul dans l'état intermédiaire, rien, hormis le Dharma, n'a plus de réelle utilité.

     Il faut pratiquer dés à présent, avec grande diligence. A la mort, la

 force du karma rend impossible la concrétisation du moindre désir.

 Personne ne peut empêcher l'accomplissement inéluctable de la dyna-

 mique de la loi de causalité. Nous voyons la pleine maturation (de nos

 actes)  et  le  fruit  suprême,  médiocre,  moyen  ou  inférieur  devient

 manifeste.  Les  actes  issus  d'intentions  vertueuses  ou  négatives

 produisent un résultat tangible. Par conséquent la cause (à cultiver)

 est la pensée positive, fondée sur la compréhension authentique.

 Qu'est-ce que la compréhension authentique ?

     C'est l'intelligence parfaite qui, remontant la chaîne des causes et

 des effets, perçoit clairement le mode de fonctionnement du karma,

 comment il est fondé sur l'ignorance qui saisit un soi là où il n'y a pas

 de soi.

     Cette conscience juste du fonctionnement du karma conduit à la

 conception de la vertu. La production de cette conception est un acte

 mental qui, ensuite, s'exprime en l'acte physique ou verbal, est-il dit.

     La compréhension authentique engendre la disposition d'esprit qui

 inscrit l'activité du corps et de la parole dans une dynamique positive.

 La reproduction de cette cause donne un résultat : l'obtention d'une

 condition supérieure d'existence et de l'état de certitude excellente (8).

     Cette intention, en vertu de la loi de rétribution karmique, rend

 l'acte positif au début, au milieu et à la fin et, en conséquence, est

 appelée : intention positive.

     Le Bouddha dit encore : ´l'adoption de cette intention établit sur la

 voie  du Dharma,  selon  les  trois véhicules.  Sa  mise  en  pratique

 manifeste les causes et effets de la libération".

     En s'appuyant sur la loi infaillible de la cause et de l'effet, on

 s'appliquera à faire s'élever les huit qualités des naissances supérieures :

 ´Par l'abandon de la malveillance: la longévité ; par le fait d'honorer le

 Lama : une filiation supérieure ; par la réunion de l'accumulation de

 mérite : de grandes possessions ; par le fait de ne prononcer que des

 paroles pures  :  la  crédibilité  ;  et  ainsi  de  suite...ª.  Mettons  en

 pratique ces paroles dignes de foi.

     Ces qualités sont les facteurs propices à la libération. Comme

 l'énonce la loi de causalité : ´La cause est la pensée erronée qui s'éléve

 de l'inconscience."

     ´La production d'un état d'esprit négatif est le mode d'expérience

 des six classes d'existence.ª

     L 'adhésion à ce mode d'expérience est dénommée ; samsara. La nature du samsara est souffrance. ª

     De quelle maniére ?

      Le fruit est le résultat inéluctable d'une cause antérieure. La cause, ce

  sont les distorsions mentales qui, par leur répétition, conduisent au fruit:

  les six conditions d'existence et leur souffrance dont il est impossible

  de prévenir la manifestation.

      Pour cette raison, les grands maîtres Kagyu accordent une grande

 valeur à la loi de rétribution karmique et en font le coeur de leur

 méditation. La raison de cette insistance tient à la nature du samsara qui

 ne peut jamais transcender réellement les trois types de souffrance (9).

     Quelle que soit la condition supérieure ou infortunée dans laquelle

 on prend naissance, l'attachement à la réalité de l'expérience immédiate

 la transforme en seule souffrance. ´Il faut trancher irrémédiablement les

 amarres de cette vie.ª

     Cette pensée est commentée ainsi par le Vénérable Mikyeu Dordjé :

 ´L'essence du détachement est le Corps du Glorieux Lama".

 Il est essentiel de  s'établir  dans  la  Noble  Présence  du  Corps  du  Lama,

 d'où viendra le détachement du samsara. Le même dit encore : ´Lorsque

 la Réalité est réalisée,  la cause et l'effet s'élévent comme Vacuité."

 C'est-à-dire que dans la nature de la Réalité (dharmata, l'essence des

 phénoménes) réside le mode d'être ultime.

     ´Lorsque ´l'être des phénoménes est réalisé,  la Vacuité s'éléve

 comme cause et effet. C'est-à-dire que le mode de manifestation est la

 radiance de l'état de nature.

     En l'état de conscience qui n'est pas illusionné par le mode apparent

 de la manifestation, mais en perçoit la dimension réelle, réside le fruit :

 le Corps d'Eveil  et la  Conscience  Primordiale.  L'état  de  conscience

 qui ne réfute pas le mode apparent a pour fruit la souffrance des

 conditions infortunées.

    Le Bouddha a défini ainsi le champ des défauts et des qualités.
Il est celui qui a rejeté tous les obscurcissements de la saisie dualiste et
qui a parachevé la sagesse des deux connaissances. (10)

    La compréhension de la dimension véritable des qualités de l'Eveil,
comme perfections des excellences d'abandon et de réalisation, engendre
une conviction profonde : la reconnaissance de la supériorité du
Bouddha par rapport aux enseignants hétérodoxes. (7). On prend alors
un refuge sincére dans cet Enseignant exceptionnel. On prend refuge de
tout son être,  certain qu'il  n'existe pas de source  de protection
supérieure, sans plus chercher d'autre asile. Se diriger vers le refuge
pourvu des quatre éléments nécessaires, c'est le refuge parfaitement
qualifié.

    Comprendre ce qui est utile et ce qui est préjudiciable et, de là,
aspirer définitivement à la libération du samsara est décrit comme
´tourner l'esprit vers le Dharmaª. Ensuite, ce Dharma doit devenir le
Dharma réel, c'est-à-dire le chemin. Pour cela, il est nécessaire de
pratiquer dans le courant de son être les deux aspects du précieux esprit
d'Eveil. Si l'on en souhaite une explication extensive, on se référera aux
´Six Ouvragesª de la tradition Kadampa, ou à la ´Grande Voie graduéeª
du Seigneur Tsongkhapa, ou encore au ´Joyau, ornement de la libérationª
de l'incomparable Gampopa.

    En bref, l'Esprit d'Eveil (Bodhicitta) a deux aspects : relatif et
ultime. L'aspect relatif est composé de l'Amour altruiste et de la
Compassion. C'est aussi l'aspiration et l'application.

    L'esprit d'aspiration : c'est le développement de l'idée suivante :
´par le rappel de la bonté de tous les êtres, que je sais être mes méres, je
ferai en sorte qu'ils obtiennent l'état d'omniscienceª.

    L'esprit  d'application  :  c'est  de  prendre  en  main  ce  souhait
d'obtention de l'omniscience en s'engageant dans tous les aspects de la
pratique du Dharma. Cette mise en úuvre se fait selon trois degrés :
personnel, bodhisattva et tantrique.

    L'essence de la voie de la libération personnelle est le renoncement,
à travers les trois phases de préparation, pratique véritable et conclusion.

    L'essence de la voie du bodhisattva est la compassion, à  travers les
trois phases de préparation, pratique véritable et conclusion.

    L'essence de la voie tantrique est la conscience pure, au travers des
trois phases de préparation, pratique véritable et conclusion.

    La spécificité de chacune des trois voies repose sur ce qui est à

 cultiver sur la voie. Les particularités de chaque voie sont respectivement

 abandonner, transformer et connaître. Le fruit de ces aspects portés

 à maturité est l'esprit d'Eveil ultime : sans origine, sans cessation,

 inconcevable, immaculé, Clarté lumineuse.

    En résumé, c'est la réalisation véritable de la nature de la

 Conscience Primordiale de la Sphére des phénoménes (dharmadathou),

 qui transcende toute expression et tout raisonnement, et son intégration

 à travers une expression conventionnelle.

    Par l'adhésion totale à ce précieux esprit d'Eveil d'aspiration, quelle

 qu'en soit l'expression pratique, le résultat s'accomplit : le pratiquant

 demeure sur la voie, il est devenu comme un vaste trésor inépuisable.

 Ce qu'exprime Shantideva dans 1'´Introduction à la conduite des

 Bodhisattvasª :

    ´Lorsque quelqu'un assume parfaitement cette intention,

    Des cet instant, qu 'il dorme ou qu 'il soit insouciant,

     SêlÎve une force de mérite continuelle,

     Semblable à l'espace.
     
ABANDONNER LES CAUSES DE DECHEANCE DU VOEU DE BODHISATTVA

     Elles se résument au fait de rejeter mentalement un être et d'en-
tretenir des dispositions contraires à l'esprit d'Eveil qui anéantissent le
voeu.

     Elles  sont  complétées  par  les  quatre  actions  positives  et  leur
contraire, et par les dix-huit transgressions racines qu'il serait trop long
de développer ici. Si on le désire, on trouvera une explication détaillée
de ce qui est à rejeter et de ce qui est à pratiquer dans les ouvrages de
référence précités qui y apportent une réponse parfaite.

     Cette composition se veut substantielle tout en évitant les dévelop-
pements.

     Bien qu'il n'y ait pas matiére à y regarder pour les êtres purs à
l'intelligence supérieure,  elle  ne  laissera  pas  indifférents  les  esprits
inférieurs tels que le mien. Par une analyse fine, il est même possible
qu'on la découvre conforme à l'Enseignement.

                                                          Copyright Tendrel 1986

                                     NOTES
(1) l'accumulation de mérite et l'accumulation de sagesse sont les deux aspects à cultiver sur la voie.
Leur perfection s'exprime en l'état d'Eveil Ultime du Parfait Bouddha, réalisation de la Compas-
sion et de la Vacuité. Ces deux aspects sont l'intégration du positif relatif (mérite) et du positif
ultime (sagesse).
(2) Kasyapa est le nom du troisiéme des mille Bouddhas de la présente ére ; il est le prédécesseur du
Bouddha Shakyamouni.
(3) deva signifie dieu mondain ; ici, du monde du désir.
(4) appellations traditionnelles des cycles successifs de l'Enseignement du Bouddha. ´L'absence de
caractéristiquesª correspond à l'explication de la Vacuité, le deuxiéme cycle de la Doctrine, et
´explication parfaitement excellenteª est le nom donné au troisiéme degré de l'enseignement qui
énonce la Nature de Bouddha ou Vacuité Qualifiée.
(5) l'excellence d'abandon naît de l'élimination des voiles du karma et des passions ; l'excellence de
réalisation est la suppression des voiles des tendances  fondamentales  et  de  la connaissance.
(6) le non-retour dans le cycle de l'existence conditionnée, la libération de la nécessité de renaître
sous l'emprise du karma.
(7) traditionnellement, ce terme fait référence aux systémes indiens non-bouddhistes.
(8) l'état d'Arhat.
(9) la souffrance de la souffrance, la souffrance du changement et la souffrance de ce qui est
conditionné.
(10) la connaissance du monde apparent ou compréhension juste du mode relatif de manifestation
des phénoménes animés et inanimés  ; la connaissance du mode réel ultime de la Réalité.

                     

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