"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

La méditation

Guendune Rinpoché

La méditation #1


Bouddha

Un bouddha est quelqu'un qui s'est rendu compte de la nature insatisfaisante de toute l'expérience cyclique, de toute l'expérience ordinaire dans le monde conditionné: le samsara. Un bouddha perçoit directement toutes les formes d'existences comme étant essentiellement souffrances, c'est-à-dire comme étant chargées de frustration, de déception et ne recelant pas la moindre parcelle de bonheur. Il se détourne de tout intérêt, de toute volonté d'accomplir quoi que ce soit dans le monde. Il décide de mettre en œuvre les moyens qui vont lui permettre de se libérer du cycle des renaissances et de réaliser l'état de bonheur ultime et définitif. A l'inverse d'un bouddha, un être ordinaire est quelqu'un qui continue de croire que, en faisant des efforts, en cherchant bien, en s'en donnant les moyens, il peut trouver le bonheur dans le monde; il va ainsi engager son énergie, ses aspirations et ses actes dans l'aboutissement de ce bonheur espéré. Cet être demeure ordinaire parce qu'il ignore que la souffrance est intrinsèque à toute l'expérience conditionnée. Un bouddha ayant perçu cette nature insatisfaisante de l'expérience conditionnée cherche à s'en délivrer. Il comprend que les causes de la souffrance sont les actions erronées, que les causes du bonheur sont les actions justes, et donc il s'engage dans la voie de l'action vertueuse. Il va s'efforcer d'accumuler des actions bénéfiques à travers de nombreuses renaissances jusqu'à se libérer des chaînes du devenir. Au terme de cette libération personnelle du cycle des existences, un bouddha, mû par un amour et une compassion illimités envers tous les êtres, décide alors de se manifester pour enseigner aux êtres, qui sont dans l'ignorance, les moyens d'obtenir la libération, une voie pour échapper à la nécessité de renaître. Il va se tourner vers les êtres pour guider ceux qui s'engagent dans la mise en œuvre de ces méthodes et amener à bon port ceux qui aspirent à la libération, à son exemple et à sa suite.
Dharma
Le Dharma ou l'enseignement du Bouddha, ce sont les moyens donnés par compassion par un bouddha pour aider les êtres à se libérer de la souffrance. Le Dharma procède de la réalisation même du Bouddha. Un bouddha a complètement développé le potentiel de son esprit. Il connaît directement chaque chose, chaque être et chaque monde dans toutes les manifestations, dans tous les univers, dans toutes les galaxies. Le pouvoir de l'esprit d'un bouddha est tel qu'il connaît distinctement et sans confusion chaque être vivant. Conscient de la souffrance, des aspirations et de la condition de chacun, il est à même de lui donner ce qui lui convient exactement pour parvenir à se libérer de cette souffrance. L'enseignement du Bouddha ne provient pas d'une idée ou d'une opinion personnelle, il est la réponse la plus appropriée à notre condition, afin que nous puissions comprendre notre état d'ignorance et progressivement nous en libérer. La vision d'un bouddha est quelque chose qui est universel et total et dans lequel il n'y a pas de confusion. Cette vision s'exprime par le Dharma, la mise en œuvre des moyens de libération. Pour quelqu'un qui pratique le Dharma, l'enseignement est comme le soleil qui se lève et qui petit à petit va tout éclairer.. Pratiquer le Dharma, c'est développer une connaissance de nous-même, claire et précise, dans laquelle ne subsiste pas d'ignorance. C'est simplement l'expression de l'intelligence éveillée que chacun peut et doit développer en lui-même.


Sangha

La noble sangha est la communauté de tous ceux qui s'engagent à la suite du Bouddha dans la voie du Dharma et qui évoluent vers l'éveil tout au long de cette voie. Ceux qui s'efforcent à cela avec toute leur énergie acquièrent l'expérience, la réalisation de ces pratiques, la connaissance de la voie, et forment ainsi la communauté de ceux qui l'ont accomplie. La noble sangha représente ceux qui ont davantage d'expérience sur la voie et qui sont pour nous comme des exemples, comme des guides pour nous aider à parcourir cette voie. Si nous ne nous en remettons pas à un guide, si nous ne suivons pas ses conseils, si nous ne sommes pas guidés par quelqu'un qui connaît le chemin et qui en a l'expérience, nous n'aurons aucune chance, aucune possibilité de cheminer correctement. Il est absolument indispensable de s'en remettre à un guide spirituel qualifié.
Les Trois Joyaux
Le Bouddha est le but, le Dharma représente la voie et la sangha, les amis spirituels qui nous aident à cheminer correctement sur la voie; ils forment les trois joyaux. Le Bouddha enseigne que pour atteindre l'éveil, il est absolument nécessaire de s'appuyer sur ces trois aspects de l'éveil, de s'en remettre complètement à eux et de prendre refuge dans ces trois supports que sont le Bouddha, le Dharma et la sangha. Parmi toutes les formes de protection, de refuge, vers lesquelles nous pouvons nous tourner dans ce monde, le Bouddha est la protection ultime et définitive qui ne faillira jamais. Parmi toutes les voies spirituelles, les voies de développement et de libération qui existent, celle qui est suprême entre toutes, c'est le Dharma du Bouddha, l'enseignement du Bouddha. Parmi toutes les communautés spirituelles qui existent, celle qui est suprême et qui est la plus apte à guider les autres dans la recherche de la libération de la souffrance et de l'obtention du bonheur, c'est la noble sangha. En se tournant vers ces trois objets de refuge, en se plaçant sous la protection de ces trois éléments, nous sommes certains d'obtenir la meilleure forme de refuge et de protection tant au niveau ultime qu'au niveau relatif. Ces trois plans ne sont pas autre chose, ne sont pas nés d'autre chose que de la dimension de sagesse, de conscience primordiale inhérente à tout esprit. Pour se mettre en relation avec cette dimension éveillée, il est nécessaire de se placer sous sa protection, de prendre refuge en elle et, en particulier, dans la personne du guide spirituel, de s'en remettre aux amis spirituels sans lesquels on ne peut, bien qu'elle soit potentiellement présente, développer réellement cette sagesse.
Le Bouddha comme protection ultime
Pourquoi le Bouddha est-il le seul à représenter cette protection ultime ? Pourquoi d'autres êtres dans le monde, qui auraient développé des qualités ou d'autres capacités, n'ont-ils pas ce pouvoir de protection ? Parce que ces êtres sont toujours liés au monde. Ils n'ont pas obtenu la libération du karma, la libération de la nécessité de renaître, et donc ils sont encore liés au monde de la souffrance. Ils ne peuvent pas offrir aux autres ce qu'ils n'ont pas réalisé pour eux-mêmes. Un bouddha s'est d'abord libéré lui-même de la souffrance et, parce qu'il est au-delà de la souffrance, il représente une protection réelle contre la souffrance. Un bouddha ne cherche pas à obtenir simplement un bonheur personnel, dans son développement spirituel il accomplit constamment des actes positifs et en fait la dédicace pour le bien des êtres. Il ne cherche pas à accumuler un potentiel positif pour en être le seul bénéficiaire. A chaque instant, il a toujours présente à l'esprit la souffrance des êtres et c'est pour eux qu'il accomplit des actions bénéfiques. Quand nous prenons refuge dans le Bouddha, dans le Dharma et dans la sangha, c'est tout d'abord pour trouver une protection contre notre propre souffrance. Nous pouvons décider de nous en remettre complètement, avec notre corps, notre parole et notre esprit, au refuge et ainsi nous mettre en route vers l'éveil.
La nature de bouddha
Ne pensons pas que l'état d'éveil est quelque chose de tellement élevé qu'il serait quasiment impossible de l'atteindre. Cette dimension éveillée est notre essence la plus intime, la dimension fondamentale de notre être. Ce potentiel d'éveil est aussi la nature de toute chose manifestée, de tout ce qui existe. Cette dimension est présente dans tous les êtres, sans différence et sans distinction. Nous ne la voyons pas, tout simplement parce que cette nature éveillée est recouverte. Elle est voilée par le karma, par l'influence de l'esprit émotionnel et discursif, par toutes les saisies conceptuelles qui s'élèvent dans notre esprit d'instant en instant. L'habitude mentale forme une vraie carapace qui recouvre la nature de sagesse. Cette dimension éveillée nous échappe totalement bien qu'elle se situe au cœur de notre être; nous ne la voyons pas, elle est comme l'or caché dans la gangue du minerai: tant que nous ne briserons pas cette gangue, nous ne saurons jamais que l'or se trouve à l'intérieur. Soyons certains que l'éveil est en nous-même et nulle part ailleurs.

L'accumulation de karma positif

Ce serait une erreur de penser qu'il est suffisant d'avoir en nous-mêmes cette nature de bouddha pour la réaliser. Si nous n'effectuons pas le travail qui consiste à nous débarrasser de la gangue du karma, de tous les voiles et toutes les négativités accumulés, et si nous ne cherchons pas à accumuler un potentiel positif, cette nature ne sera jamais révélée. De la même manière, nous savons que le beurre est potentiellement présent dans le lait, mais tant que l'on ne baratte pas le lait, il est impossible d'avoir le beurre. Il est absolument nécessaire, pour que le potentiel d'éveil se révèle, de se débarrasser des voiles et d'accumuler du karma positif. Nous commençons par être conscients, par reconnaître que ces voiles, ces empêchements ont été créés par nous-mêmes et accumulés au moyen de l'activité du corps, de la parole et de l'esprit, puis nous agissons sur le corps, sur la parole ou sur l'esprit en remplaçant une activité négative par une activité positive. Par exemple au niveau du corps, nous allons faire des prosternations ou circumambuler des stupas, pour purifier le karma accumulé du fait de l'identification à un corps qui engendre la conscience de soi-même ou l'orgueil. La conscience de soi-même est née de l'identification au corps et nous pensons : "Moi, j'existe parce que je suis ce corps." Le corps est la base de toutes sortes d'attitudes d'orgueil, du sentiment de supériorité, de la volonté d'obtenir l'ascendant sur les autres. Par cette activité, nous avons créé toutes sortes de négativités qui agissent maintenant comme des obstacles à la reconnaissance de la dimension éveillée du corps. En utilisant le corps d'une façon positive, nous purifions ces voiles. Ces voiles sont créés car nous nous identifions à un corps ordinaire, à un corps fait de chair, d'os et de sang. Nous allons apprendre à développer la conscience d'un corps pur, sacré ou divin, en méditant notre corps sous l'aspect d'une divinité, dans la dimension réelle qui est cette dimension éveillée. Ces méditations sur le corps pur vont aider considérablement à purifier les voiles du corps et à développer la conscience éveillée du corps.
     
La méditation #2


Les offrandes

Les offrandes sont un autre moyen de procéder à la purification du corps et de ce qui lui est relié. Le sens des offrandes n'est pas de faire plaisir à quelqu'un, à des dieux, à des divinités ou même aux trois joyaux. Ce qui est important dans les offrandes, ce n'est pas l'objet vers lequel elles sont dirigées, mais celui qui les fait. L'offrande révèle à la conscience l'identification au corps et tout ce qui y est rattaché : nous, notre corps, nos yeux, nos mains, nos bras ainsi que nos possessions, nos biens, nos connaissances, nos amis, nos parents, notre pays et tout ce que nous rattachons à la conscience de nous-mêmes. A cause de toutes ces formes de possessions, d'identifications, depuis toujours nous avons cherché à nous approprier toutes sortes de choses, à attirer vers nous toutes sortes de qualités, de biens, d'objets, de jouissances matérielles et mentales. Nous avons toujours été préoccupés par nous-mêmes, dans ce mouvement même d'attirer les choses pour les posséder. Nous avons accumulé un karma négatif dont il résulte maintenant toutes sortes de voiles et de difficultés sur la voie de l'éveil. Faire des offrandes consiste à opérer le mouvement inverse. Au lieu de chercher à posséder, nous donnons délibérément pour nous débarrasser de l'orgueil et de toutes les tendances liées à la possession, à l'avarice et à la convoitise. Les offrandes sont faites dans le but de nous libérer nous-mêmes de nos propres tendances égoïstes en pratiquant la générosité. Ultimement, quand cette accumulation positive liée au corps est réalisée, le corps se révèle dans sa dimension éveillée, pure, que nous appelons nirmanakaya, corps d'émanation ou corps d'illusion. C'est parce que cette dimension existe originellement en nous-mêmes qu'elle peut être réalisée.
La purification de la parole
La parole aussi est un vecteur par lequel nous accumulons du karma négatif. Nous utilisons notre parole à tort et à travers, nous faisons du mal en parlant, nous calomnions, nous dénigrons les autres. Pour inverser cette tendance, utilisons notre parole de manière positive par la récitation de prières et de mantras qui sont l'expression la plus proche de la dimension pure de la parole. En répétant des mantras, nous accomplissons une purification de tous les voiles, de toutes les négativités accumulées sur le plan de la parole. Réalisée dans sa dimension pure, la parole est alors reconnue comme le sambhogakaya, le corps de toutes les qualités parachevées, les qualités éveillées naturellement présentes en nous-mêmes.


La purification de l'esprit

Se sentir supérieur aux autres, penser que nous avons toujours raison, engendre une accumulation négative au moyen de l'esprit. La malveillance, le fait de chercher à dominer ou à faire mal aux autres, procède de ce type d'esprit, c'est ce que nous pouvons appeler l'ignorance. L'esprit commande, la parole et le corps ne sont que des exécutants de l'esprit. La parole et le corps agissent selon des impulsions mentales. C'est pourquoi il est essentiel de pratiquer au niveau de l'esprit, de purifier notre esprit de ses tendances négatives, de ses tendances malveillantes et de les remplacer par des tendances altruistes. Ce renversement dans l'esprit consiste à déraciner en nous-mêmes toutes les intentions égoïstes et personnelles pour les remplacer par des intentions bienveillantes, généreuses, des dispositions d'amour et de compassion envers les autres. Le corps et la parole vont suivre naturellement l'impulsion que donne l'esprit. Le travail essentiel de la pratique spirituelle de la méditation consiste à transformer notre esprit, à déraciner les tendances malveillantes et à installer de manière solide et définitive des tendances bienveillantes, motivées par le bien des autres et non par notre intérêt personnel.


Le sens de la pratique

Il est assez facile de comprendre qu'il faut changer notre esprit égoïste en esprit altruiste. La difficulté commence au moment de changer réellement notre esprit malveillant en esprit bienveillant. La première chose consiste à prendre conscience de nos états d'esprit négatifs quand, par exemple, nous sommes confrontés aux autres. Posons-nous la question: "Est-ce moi qui ai tort ou est-ce l'autre qui est en face ?" Nous aurions tendance à penser que nous ne désirons que le bien des autres, que nous sommes forcément bien intentionnés; s'il y a un problème, il vient forcément des autres! Nous sommes engagés dans une pratique spirituelle et il nous semble que nous n'avons vraiment rien à nous reprocher puisque nous sommes là uniquement pour les autres. Si nous partons de ce constat-là, nous n'irons pas très loin car cela voudrait dire que tout est parfait et qu'il n'y a rien à changer. Il faut peut-être se poser la question et gratter un petit peu plus. Nous nous apercevons que l'impression d'agir pour le bien des autres cache un intérêt personnel. Nous cherchons à avoir une bonne opinion de nous-mêmes, à présenter aux yeux des autres l'image de quelqu'un de bien, de quelqu'un de généreux, d'altruiste, qui pratique le Dharma. Nous n'avons tout simplement pas l'habitude de regarder en nous-mêmes. Nous ne sommes pas entraînés à voir qui nous sommes véritablement. Tant que nous n'avons pas déraciné en nous-mêmes la malveillance, il serait absurde de parler de bienveillance. C'est une farce que de prétendre aider les autres tant que notre esprit est enclin à la malveillance. Décidons de ne plus nous engager dans les actions négatives et de regarder en nous-mêmes pour mieux percevoir nos intentions, ce qui préside à nos actes. Entraînons-nous à l'attention vigilante, à la conscience de nous-mêmes, de nos états d'esprit pour pouvoir reconnaître la nature des impulsions qui s'élèvent. Une réelle transformation aboutit à ce qu'une authentique intention altruiste naisse dans notre esprit. Ce n'est pas quelque chose de donné, ce n'est pas quelque chose d'inné, ce n'est pas facile à acquérir. Cela demande beaucoup d'efforts. Lorsque cette intention bienveillante devient le moteur de nos pensées et de nos actes, alors nous n'avons plus à nous inquiéter et à nous demander si ce que nous faisons est bien ou mal, juste ou non. Tous les actes qui découlent d'un esprit tourné vers les autres sont positifs et purs.


L'intention: l'esprit d'éveil

Une fois que, en tant que bodhisattva, nous avons développé l'esprit d'éveil et que nous n'aspirons plus qu'à une seule chose, le bonheur des autres, quand nous ne nous préoccupons plus de notre bien-être personnel, nous avons transformé notre esprit. A ce moment-là, nous n'avons plus de souci personnel. Nous ne sommes plus inquiets pour nous-mêmes. Nous sommes seulement préoccupés du bonheur des autres. Tout devient très simple. Ce qui peut nous arriver n'a plus d'importance, aussi bien les choses agréables que désagréables, heureuses ou malheureuses, cela ne fait plus de différence. Les situations sont un moyen d'évoluer davantage. Nous ne cherchons pas à tricher et à tirer profit des situations difficiles pour nous en sortir: nous n'avons aucune peur, aucune réserve, aucune intention pour nous-mêmes car nous sommes simplement là pour les autres. Même s'il nous arrive, à cause de cela, des choses difficiles, délicates, ce n'est jamais un problème. Ces situations sont abordées dans un état de joie et d'enthousiasme. Plus les difficultés sont grandes, plus les circonstances adverses sont puissantes, plus nous sommes heureux car elles représentent autant de moyens pour écraser notre saisie égoïste et pour développer une activité altruiste de plus en plus tournée vers les autres. Le Bouddha a enseigné: "Si l'intention est pure, tous les accomplissements et tous les degrés de ces accomplissements seront purs; si l'intention est impure, tous les accomplissements et tous les degrés de ces accomplissements seront impurs". Si nous voulons faire de notre vie une vie spirituelle, l'essentiel est l'intention qui préside à nos actes quotidiens. Comment reconnaître une intention pure ? Tout ce que nous avons l'habitude de souhaiter, de vouloir, de faire, de mettre en œuvre pour aboutir à notre bonheur, à notre satisfaction et à notre plaisir personnel, il suffit de continuer à le faire, mais pour les autres et non plus pour nous-mêmes. Les bodhisattvas pratiquent l'échange d'eux-mêmes avec les autres. Tout ce que nous souhaitons de bien, de bon, d'agréable, de positif: d'heureux pour nous-mêmes, nous le dirigeons vers les autres. Si nous changeons cette intention, de fait notre esprit change, notre parole change, et notre corps, notre expression vis-à-vis des autres vont changer aussi. Plutôt que d'essayer de tirer des autres un profit ou un plaisir pour nous-mêmes, nous allons nous efforcer de diriger vers les autres tout ce qui peut représenter quelque chose d'heureux et de plaisant pour nous-mêmes.


La méditation #3

Méditer

La pratique de la méditation peut paraître difficile. S'il y a une difficulté dans la méditation, c'est simplement parce que, là aussi, au moment où nous méditons, nous sommes préoccupés par nous-mêmes, nous cherchons quelque chose. Il n'est pas étonnant que cela crée des tensions et des difficultés. La seule difficulté vient de l'intérêt personnel qui est derrière tout cela. Si nous tournons notre esprit vers les êtres, il n'est pas plus difficile de méditer que de faire n'importe quoi d'autre. A partir du moment où l'esprit cherche à aider les autres, que nous soyons assis en train de méditer ou dans l'action, cela ne fait pas de différence. Toutes les activités vont naturellement se révéler comme des activités bénéfiques. Il n'y a plus de différence entre méditer et faire quelque chose d'autre: dans les deux cas, l'esprit est heureux parce qu'il n'y a pas d'implication égoïste, il n'y a pas cette inquiétude pour nous-mêmes qui crée des difficultés et des tensions. Tensions et difficultés sont toujours causées par l'attente personnelle, l'intérêt égoïste. Si l'entraînement à l'esprit d'éveil, l'échange de nous-mêmes avec les autres, s'effectue quotidiennement dans les actes les plus ordinaires, dans le travail, dans la vie de tous les jours, nous n'aurons pas de difficultés à le mettre en œuvre dans la méditation. Cette intention altruiste s'applique à tout le monde sans partialité. L'amour d'un bodhisattva est un amour universel, inconditionnel, qui ne juge pas les êtres et ne les classe pas en bons ou mauvais, amis ou ennemis ou encore indifférents. C'est ce qui fait toute la différence justement entre l'amour altruiste, la compassion altruiste du bodhisattva et un amour fait d'attachement. La méditation consiste à prendre conscience que l'esprit est tout le temps lié par l'attachement aux amis, par l'aversion envers les ennemis et par l'indifférence envers les autres; tout notre comportement, toutes nos réactions, sont dictés par ces trois formes de relation avec les êtres et le monde. Méditer veut dire s'entraîner à voir en nous-mêmes comment nous sommes liés, comment nous sommes prisonniers de nous-mêmes, prisonniers de l'attachement, prisonniers de l'aversion, prisonniers de l'indifférence, et apprendre à défaire ces liens qui nous emprisonnent. Méditer n'a rien à voir avec le fait d'avoir des visions, de voir des couleurs, des formes bizarres ou d'avoir des expériences hallucinogènes. Il s'agit de s'habituer à prendre conscience de notre esprit, de ce qui le fait agir, de voir en nous toutes les tendances égoïstes qui demeurent et d'apprendre à les défaire et à s'en débarrasser, jusqu'à les déraciner complètement. Il n'est pas question de chercher à attraper encore quelque chose que nous n'aurions pas. Et quand il n'y a plus ces tendances, nous arrivons au terme de la méditation, l'esprit est devenu complètement positif et altruiste, il n'y a plus rien à méditer. Regardons s'il y a encore une inquiétude, une attente ou une souffrance qui demeurent dans notre méditation.


Chiné ou la pacification de l'esprit

Il ne nous manque rien pour méditer car il n'y a rien à chercher en dehors de nous-mêmes. Regardons simplement en nous-mêmes. Percevons les liens de l'attachement, de l'aversion et de l'indifférence pour nous en défaire. Il ne s'agit pas de nous remplir un peu plus mais, au contraire, de nous débarrasser de ce qu'il y a en trop. C'est ce mouvement de l'intérieur vers l'extérieur qui est le mouvement juste de la méditation, et non pas l'inverse. Quand toutes les formes de conditionnements et de liens ont été éliminées, purifiées, il ne reste rien d'autre à faire. Il n'y a pas autre chose à mettre à la place, il n'y a pas quelque chose de plus à trouver qui ne soit pas là. Ce sont les conditionnements qui empêchent de voir ce qui est déjà en nous-mêmes. Pratiquer la méditation et entraîner notre esprit à se défaire de ses liens, va le calmer, il va se poser et nous allons connaître une forme de stabilité mentale jusqu'alors inconnue. Cette stabilité va permettre aux qualités inhérentes de l'esprit de se révéler petit à petit. Plus l'esprit est posé, plus il est stable, plus la dimension de conscience présente apparaît. C'est en même temps une dimension de lucidité, de luminosité. Avec cette clarté mentale, se manifeste aussi un aspect de bien-être, de complète détente et d'ouverture. Plus cette conscience se développe, plus elle nous amène à une expérience de vacuité, à la perception de l'essence vide de toute chose: nous-mêmes, nos perceptions, notre corps, notre esprit et ce qui nous entoure. Plus l'esprit se pose et pénètre cette expérience de vacuité, plus les qualités de luminosité, de bonheur et de non-conceptualité se révèlent. Nous arrivons à un état de pacification de toutes les formes d'émotions, de perturbations mentales. La capacité de demeurer absorbé dans cet état tout le temps, jour et nuit, quelle que soit l'activité que l'on entreprenne, est ce qui est appellé l'absorption ou le samadhi de chiné. C'est le développement de cette stabilité de l'esprit par le détachement qui conduit à l'expérience des qualités naturelles de l'esprit.


Lhaktong ou la vision pénétrante

Une fois que l'on a amené l'esprit à cet état de stabilité, les différentes expériences de méditation liées à chiné, la pacification mentale, puis à lhaktong, la vision pénétrante, apparaissent naturellement. Une nouvelle difficulté s'élève lorsque nous opérons une saisie sur ces manifestions. Cette saisie sur l'expérience va complètement bloquer toute possibilité d'évolution. Le fait que ces expériences s'élèvent est quelque chose de normal, tout à fait dans l'ordre des choses. A ce moment-là, il faut regarder directement celui qui commente l'expérience. En regardant, en observant le penseur, on s'aperçoit que l'observateur lui-même est vide et n'existe pas en tant que tel. Cela dissout la saisie d'un sujet. A l'inverse, si nous rencontrons beaucoup de difficultés, beaucoup d'agitation, sans arriver à poser l'esprit, nous jugeons notre méditation de manière négative. Là aussi, regardons l'essence de ce commentateur: il n'y a personne, il n'y a rien en tant que tel, c'est simplement une idée, une dimension mentale et rien d'autre. Petit à petit, nous allons développer la capacité de nous libérer de l'attachement à la pensée. Toutes les pensées vont se transformer en support de libération. Quand la nature des pensées se révèle en tant que dimension intrinsèquement éveillée, nous arrivons au terme de la pratique: c'est la réalisation de la nature de l'esprit comme étant le Dharmakaya. La "conscience ordinaire" se révèle, c'est-à-dire que l'esprit se connaît lui-même. L'esprit est connu par l'esprit. Ce qu'il voit, c'est lui-même, c'est sa dimension éveillée comme existant de toute origine, comme étant sa vraie nature, comme étant sa réalité de toujours. Il n'y a rien d'autre que l'esprit qui se connaît lui-même et qui se reconnaît en lui-même. Sinon l'esprit, en cherchant vers l'extérieur, se demande toujours où il est, il court après lui-même en s'exclamant : "Vous n'avez pas vu passer l'esprit ?"

Défauts dans la méditation

Quand nous méditons, nous nous mettons dans un état artificiel, une sorte de transe. C'est le défaut le plus commun. Il y a différentes sortes de transes chez les méditants. Certains ont le corps tout raide car ils sont très tendus. Ils mettent beaucoup de force dans la méditation et attendent désespérément la lumière. La seule expérience qu'ils ont en général, c'est le mal de tête. D'autres cherchent plutôt à s'intérioriser pour trouver la conscience en eux-mêmes, mais ils semblent devenir complètement stupides. Il y a ceux qui essaient désespérément de se poser car ils ont peur que " ça s'agite et que ça remonte ". Il y en a d'autres qui cherchent en face d'eux. Ils essaient de voir quelque chose apparaître et ils sont dans une totale dualité. Voilà quelques portraits-robots de méditants et de leurs déviations principales. Cela représente beaucoup de souffrance et de difficulté dans la méditation. C'est pour cela qu'il faut en parler et dire à chacun ce qui ne va pas, pour qu'il ait une chance de s'en rendre compte un jour, sinon cela peut continuer ainsi pendant des années et des années. Un autre défaut commun à tous est de croire qu'il faudrait vider son esprit, avoir un esprit sans aucune pensée, sans aucune activité mentale et arriver ainsi à une sorte d'hibernation. On essaie de se ratatiner, de se rétrécir, de faire rentrer l'esprit dans une espèce de boîte où il n'y aurait plus rien. Cela vient justement d'une compréhension fausse de la méditation. Pour méditer, il faut des pensées. Qui médite, s'il n'y a pas de créations mentales ? Si la méditation, c'est être sans pensées, alors cette table doit être en train de méditer, de bien méditer même! Dans la méditation, nous laissons les pensées s'élever sans les saisir, sans vouloir faire quelque chose avec. Méditer, ce n'est pas essayer de se débarrasser de ses pensées, de faire le vide, ce n'est pas non plus essayer d'attraper ou de cultiver une pensée particulière et de s'en tenir à celle-là, et à celle-là seulement, sans vouloir en laisser passer une autre. Ces extrêmes ne créent que des tensions et des blocages. Nous apprenons au contraire à mener l'esprit à un état d'ouverture complètement inobstrué, sans chercher à faire quelque chose avec nos pensées. Nous restons simplement conscients de leur apparition en posant dessus un regard direct. Quand nous regardons la pensée, c'est l'esprit que nous voyons; quand nous regardons l'esprit, rien n'est vu en tant que tel. Progressivement, nous apprenons à prendre conscience des pensées, ensuite à prendre conscience de l'esprit à travers les pensées, puis à reconnaître la nature de l'esprit. Quand toutes les pensées s'élèvent dans leur vacuité intrinsèque comme étant l'essence vide de l'esprit, les pensées sont alors libérées, l'esprit est libéré. Les pensées s'élèvent alors comme Dharmakaya, la dimension fondamentale de l'esprit naturellement éveillé, naturellement conscient. Cela demande du temps. Il est important de savoir dans quelle direction évoluer pour ne pas partir sur une fausse piste, pour ne pas méditer sur la base d'idées fausses, en cherchant justement à éliminer les pensées ou à maintenir son esprit rivé à une seule pensée. Laissons l'esprit être ce qu'il est dans sa créativité, dans sa souplesse, dans sa richesse naturelle et petit à petit nous apprendrons à pénétrer l'essence de l'esprit à travers la reconnaissance des pensées et de l'esprit lui-même.

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