"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

MEDITATION EN ACTION

Jigmé Rinpoché

Cet enseignement a été donné à Dhagpo Kagyu Ling durant la premiére
quinzaine d'ao˚t 1990 et fait partie des stages classés dans la catégorie
Redécouvrir ses Qualités intérieures".

Nous allons commencer par une priére qui se compose
de trois invocations. Dans la premiére, nous prenons
refuge en tournant notre esprit vers le Bouddha, le refuge
ultime. Etre "bouddha" signifie avoir réalisé la nature
fondamentale de son esprit ; jusqu'à l'obtention de l'Eveil
ultime, nous nous dirigeons vers ce but. La deuxiéme
invocation est la "prise de refuge dans le Dharma" qui consiste
à suivre les moyens permettant d'atteindre l'état de Bouddha.
Enfin, avec la troisiéme invocation, nous prenons refuge dans
la sangha, la communauté, qui revêt deux aspects :
- la sangha extraordinaire se référant à tous ceux du passé,
qui, parvenus à l'Eveil, continuent de guider les êtres ; on les
appelle des bodhisattvas.
- la sangha ordinaire constituée de moines et de nonnes
portant la robe du Bouddha. Comme nous, ils cheminent sur la
voie menant vers l'Eveil, nous accompagnant et nous aidant
afin de nous empêcher d'errer dans le samsara.
Prenant refuge en les Trois Joyaux, il nous faut dévelop-
per une motivation correcte, parfaitement pure. Cette motiva-
tion est "1' Esprit d'Eveil" ou bodhicitta. Rechercher l'Eveil
dans un but égoÔste ne méne pas vraiment à la bouddhéité.
Pour atteindre l'état de Bouddha, s'oublier soi-même et déve-
lopper une vision altruiste - la bodhicitta - sont nécessaires.
Toutes nos actions devraient tendre vers la cessation de nos
souffrances et de celles de tous les êtres sans exception.
Nous pratiquons le Vajrayana. Cela implique notre ratta-
chement direct à une lignée de transmission d'enseignement
totalement pure, depuis le Bouddha jusqu'à nos jours. La
transmission s'effectue de Maître réalisé à Maître réalisé. Dans
le Vajrayana, il est nécessaire d'établir ce lien d'une maniére
spirituelle, en se tournant non seulement vers une lignée
authentique de transmission, mais aussi vers un Maître
réellement présent. Cette troisiéme invocation consiste en la
pratique du Gourou Yoga, le lien au lama et à la lignée de
                        transmission.
Ces invocations sont écrites en tibétain. Les personnes ne
sachant pas lire cette langue peuvent développer la motivation
d'atteindre l'Eveil, et unir leur esprit à la lignée ou au lama.
C'est l'attitude qu'il convient d'avoir.

                 Qu'entend-on par méditation ?

    C'est un état de non-distraction, de parfaite vigilance et
de clarté, dans lequel l'esprit demeure fixé sur un support de
concentration. La méditation dans l'action implique un
entraînement de l'esprit à un certain mode de fonctionnement.
Il existe deux sortes de méditation :
- la méditation assise
- la méditation aux travers de nos activités quotidiennes, qui
consiste à y maintenir la vigilance et une claire conscience, ce
qui nécessite de l'entraînement.

     En général, la méditation revêt deux aspects que l'on
poursuit conjointement :

 - un aspect vaste, la réalisation de toutes les potentialités de
la nature de Bouddha qui sommeillent en nous ; pour accéder
à cet état, il est nécessaire de suivre une voie d'entraînement
 progressif.
 - un aspect de pacification, dans lequel on entraîne son esprit
 à demeurer dans le calme et à s'y maintenir.

     Le chemin de l'entraînement de l'esprit permet d'obtenir
 certains résultats. Lorsqu'on parle de méditation en action, on
 se trouve face à des résultats trés intéressants : le fruit de
 notre méditation. Lorsqu'on parle de méditation, on parle de
 clarté de l'esprit ; on voit les choses et les phénoménes avec
 davantage de netteté, avec une acuité plus grande que notre
 vision actuelle. Développer et maintenir cet état de clarté est
 important, non seulement pendant la méditation, mais aussi
 dans toutes les circonstances de la vie. Pendant la méditation,
 on apprend à ne pas se laisser emporter et à demeurer dans
 la non-production. Ce "non agir de l'esprit" consiste en une
 parfaite attention n'intervenant absolument pas dans les
 phénoménes. L'esprit perÁoit les situations et en prend
 conscience sans cependant les altérer.
     Une fois développée cette conscience, il convient de
 l'utiliser ensuite dans la vie quotidienne. Dans l'état ordinaire,
 nous altérons constamment les phénoménes en brouillant la
 réception de ce que transmettent nos sens. En fait, nous ne
 voyons pas les choses telles qu'elles apparaissent ; nous les
 interprétons constamment en y ajoutant nos propres messages.
 Par contre, en développant la limpidité de l'esprit, on devient
 capable tout en marchant, parlant, etc, de percevoir les choses
 telles qu'elles sont. Bien entendu, un tel résultat ne s'obtient
 pas instantanément. Comme toutes les choses de l'esprit, on
 doit développer et ancrer ces habitudes de limpidité et de
 clarté trés profondément en nous.
      En atteignant le but ultime, on est capable de percevoir le
 véritable aspect des phénoménes au travers des illusions ;
 c'est ce qu'on appelle la suprême connaissance. En attendant
 d'atteindre ce but ultime, l'entraînement à la méditation
 procure des bienfaits immédiats, perceptibles par une
  diminution des tensions, une plus grande clarté et limpidité
d'esprit et un détachement de beaucoup de choses, qui
n'étaient que des agitations superficielles de l'esprit. On peut
enfin s'appuyer sur des qualités profondes que l'on développe
pleinement. A partir de notre conception dualiste, donc de la
saisie égocentrique, une forme de rapport entre moi et ce qui
n'est pas moi (les autres! s'établit. Mais ces rapports sont
entachés d'émotions ; ils sont chargés positivement ou
négativement, ou bien encore d'une maniére que nous appelons
ignorance. Au travers de l'examen de nos rapports à autrui,
nous prenons conscience des différentes émotions et de la
faÁon de les traiter, et notamment comment développer les
différents aspects de la suprême connaissance depuis ces
émotions. Nous verrons plus tard, à partir de nos propres
expériences, comment adapter les émotions à la méditation.

    Pour obtenir un résultat correct, une méditation claire et
dépourvue de tout brouillage, il convient de réunir six condi-
tions impliquant des conséquences du point de vue du médi-
tant, mais aussi du point de vue de l'objet de la méditation et
des circonstances extérieures.


           Les caractéristiques du lieu de méditation

    La premiére condition consiste à trouver un endroit calme,
agréable, propice à la méditation et n'incitant pas à la distrac-
tion. Mais attention ! N'oublions jamais que si le calme deve-
nait une nécessité, la tranquillité extérieure pourrait s'avérer
être un obstacle ; en effet le moindre bruit extérieur perturbe-
rait notre méditation. L'endroit propice à la méditation n'est
pas forcément un lieu retiré où rien ne doit interférer, mais
plutÙt un endroit où nous pouvons maintenir notre esprit dans
le calme et la concentration quelles que soient les circonstan-
ces extérieures. Avant même de rechercher un tel lieu, il im-
porte de bien savoir à quoi l'on se destine, vers quel but on se
dirige, et ce qui est nécessaire pour le développement de l'état
de non-distraction. A partir de cette réflexion, on peut réelle-
ment déterminer les caractéristiques du lieu et les utiliser cor-
rectement.


                    La diminution des désirs

    La deuxiéme condition consiste en la diminution des
désirs. Ainsi, nous devons devenir conscients du fait que la
plupart du temps nous sommes en train de désirer quelque
chose. Nous souhaitons toujours davantage, ce qui a pour effet
d'entraîner l'esprit dans un état d'effervescence et de perpé-
tuelle insatisfaction. Diminuer les désirs n'implique pas de
pratiquer le renoncement, mais d'être vigilant face à leur
développement ; les plus petits désirs passent parfois inaper-
Áus.

    Devenant conscient des désirs, on s'en libére progressive-
ment, ce qui procure un certain bien être. La réduction des
plaisirs rie signifie pas s'imposer une pauvreté volontaire, mais
prendre conscience des causes responsables de notre malheur.
Trés souvent, nous souffrons de maux : c'est le mal du siécle.
Cependant nous n'en connaissons pas vraiment l'origine. En-,
 observant la cause de cette souffrance, nous nous rendons
 compte que nous sommes toujours en quête d'autre chose,
 insatisfaits de ce que nous possédons déjà. Cette insatisfaction
 est la cause réelle de tous nos maux. Sans essayer de tout
 rejeter en vivant dans la pauvreté absolue, on considére ce
 que l'on posséde déjà et on tente de s'en satisfaire.

                   La pratique du contentement

     La troisiéme condition s'appelle la pratique du contente-
 ment. Elle est trés liée à la diminution des désirs et a pour
 objet la situation dans laquelle on se trouve. Par exemple, il
 se peut qu'on soit insatisfait de ses possessions, de sa
 situation géographique, morale, physique, etc. ce qui provoque
 souffrance et instabilité. La pratique du contentement se
 déploie au travers de la capacité de voir aussi clairement que
 possible les circonstances intérieures et extérieures dans
 lesquelles on est plongé, et de les accepter tel quel, sans les
 rejeter. L'acceptation des situations raméne l'esprit à un calme
 qu'il a tendance à perdre trop souvent.

                    Eviter toute perte de temps

    La quatriéme condition consiste à ne pas gaspiller son
 temps en s'adonnant à des activités dénuées de sens. Nous
 souffrons tous d'un perpétuel manque de temps parce que
 nous passons la majeure partie de celui-ci dans des activités
 dont certaines ne sont pas essentielles. Cette sensation de
 manquer de temps engendre une insatisfaction de l'esprit pou-
 vant perturber la méditation. L'idéal serait d'accomplir chaque
 chose en possédant devant soi le temps nécessaire. Quand on
 médite, on devrait éviter de penser à ce que l'on fera aprés ;
 il faut simplement être là.  De même, lorsqu'on accomplit une
 action, on devrait être centré sur elle, et non sur l'action
précédente ou la suivante. En fait on a tout le temps pendant
 l'action.  Mais si l'on s'engage dans des activités
 consommatrices de temps et d'énergie et n'apportant rien de
 réel, en prenant conscience de cela on se sent mal à l'aise.
 Pour parvenir à un résultat positif, on doit supprimer les
 actions superflues consommatrices d'énergie, et prendre
conscience de cette perpétuelle anxiété de "n'avoir pas le
temps".

                        La conduite éthique

     La cinquiéme condition consiste à avoir une conduite
éthique. En général la conduite éthique se traduit par la prise
des vúux : c'est la conduite monastique. Ici, il ne s'agit pas de
cela, mais d'avoir clairement présents à l'esprit la nécessité et
le bien-fondé d'un certain nombre d'actions, les actes positifs,
et de savoir pourquoi ils sont positifs. Il faut aussi prendre
conscience du caractére nuisible d'un certain nombre d'autres
actions et savoir pourquoi elles sont nuisibles.
Eviter les pensées futiles

      La sixiéme condition est de ne pas se complaire dans des
 pensées futiles, dépourvues d'intérêt. Notre esprit est en per-
 pétuelle agitation ; nous entretenons en permanence une rêve-
 rie intérieure, voletant d'une pensée à une autre, habituant le
 mental à une sorte de papillonnement qui a pour effet de dés-
 tabiliser profondément l'esprit. Ce ne serait pas grave si cela
 n'entravait pas le développement des facultés cognitives, nous
 privant d'une intelligence plus aigüe et plus profonde que celle
 dont nous disposons actuellement. On fera croître cette
 intelligence en entraînant l'esprit à se poser sur l'objet
 d'observation, tout en concentrant son attention sur lui, plutÙt
 que de sauter constamment d'un sujet à l'autre en se
 dispersant. Afin d'éviter de se complaire dans des pensées
 futiles, il est conseillé de développer une prise de conscience
 de tout ce qui se passe dans l'esprit : savoir repérer nos
 instants de vigilance ou, au contraire, pouvoir reconnaître nos
 moments de distraction. En étant conscient de ce qui se
 produit en nous, on favorise la stabilité mentale et le
 développement de la claire vision de l'esprit.
     Ces six conditions fournissent à l'esprit les moyens
 adéquats pour s'établir dans la méditation et l'occasion de se
 maintenir dans la limpidité et l'attention qu'il convient de
 développer. Quelles que soient les circonstances autour de
 nous, il est toujours possible de mettre ces six conditions en
 application. Nul besoin de s'isoler dans un lieu particulier pour
 les utiliser ; ces six injonctions peuvent être mises en action à
 condition que l'on s'efforce d'être conscient. En l'espace d'une
 heure, par exemple,  nous faisons l'expérience de beaucoup de
 choses ; une heure de notre existence est extrêmement riche,
 surtout si nous sommes attentifs. Nous devons bien
 comprendre que ces six conditions ne sont pas destinées à un
moment ou à une action particuliére, mais à la mise en
application dans notre vie quotidienne. Sans s'imposer une
discipline rude ou une contrainte supplémentaire, il s'agit
d'imprégner l'esprit de ces six conditions et d'en voir le
bien-fondé. Par exemple, en prenant conscience des
nombreuses pensées dépourvues d'intérêt qui nous agitent, on
souhaite tourner son esprit vers quelque chose de plus positif
et d'utile. Cela se fait sans contrainte, dans le but d'aider
l'esprit à s'établir dans un calme confortable.

                       Méditation et silence

    Lorsqu'on parle de méditation, on évoque de suite un
endroit calme et tranquille, sans aucune distraction. Si nous
pratiquons le calme mental en un lieu paisible, concentrés
dans notre pratique, nous obtiendrons un bienfait intérieur.
Mais que survienne un bruit infernal, tel le vacarme d'un
avion militaire volant trés vite et à basse altitude, et notre
calme intérieur sera troublé, nous plongeant dans une colére
impulsive. Ceci est le résultat d'une préconception de ce que
doit être la concentration, parce qu'on a décidé de se
concentrer sur le calme et le silence. Mais lorsqu'on parle de
concentration dans la méditation, cela consiste à poser son
esprit sur n'importe quel support. On peut trés bien se
concentrer sur le rugissement des avions et notre esprit sera
libre de toute perturbation

                                
            Agitation et torpeur dans la méditation

    La distraction dans la méditation est également un point
important. Certains endroits, comme le métro ou les villes,
sont à l'origine de nombreuses distractions, ce qui peut inciter
le méditant à se diriger vers des lieux plus retirés ou plus
isolés. Pourtant, ces lieux que l'on pense privilégiés pour la
méditation offrent aussi des distractions, des chants d'oiseaux,
des parfums naturels, etc, qui peuvent empêcher la concentra-
tion dans la méditation. Dans ce contexte, on confond la dis-
traction intérieure de l'esprit avec les influences extérieures
des phénoménes. En fait, la distraction est à l'intérieur de
nous-même, c'est une propriété de l'esprit : l'instabilité de l'es-
prit.          

     Pour être tout à fait libre de l'agitation excessive ou de la
torpeur profonde qui viendrait perturber nos activités, on habi-
tue l'esprit à demeurer dans un état de contemplation, de par-
faite conscience de ce qui se passe, aussi bien dans la
méditation que dans nos actions. Dés qu'on entend le mot
concentration, on a tendance à vouloir saisir les phénoménes,
alors qu'en fait il s'agit simplement de constater la situation
et d'en être parfaitement conscient sans la saisir, sans la reje-
ter, sans espoir de bien faire ou de crainte de mal faire. Il
faut simplement développer un état d'esprit équanime. Quoi-
qu'il arrive, c'est bien.

     La meilleure solution pour réagir face à la torpeur est de
faire une pause, de se lever et d'exécuter des mouvements de
gymnastique ou respiratoires. S'établir dans la torpeur, est
dangereux pour la pratique de l'esprit. Un jour, le Bouddha
ordonna aux moines de ne pas manger le soir. Ceci ne doit
pas être considéré comme une restriction de nourriture, mais a
pour but d'éviter que l'esprit tombe dans un état de torpeur
pendant la pratique. Cela aide aussi le pratiquant à se
réveiller plus tÙt le matin car le corps est plus léger et mieux
reposé. Mais ceci n'est pas une obligation !

     Nous venons de voir comment la torpeur pouvait brouiller
la limpidité de l'esprit et perturber la vigilance, nous rendant
inaptes à la contemplation. Quand nous essayons d'appliquer
cette attention à nos activités quotidiennes, nous ne sommes
pas gênés par la torpeur mais plutÙt par la distraction
déstabilisant l'esprit en l'amenant à sauter d'un sujet à l'autre.

     De même que la torpeur, la distraction brouille notre
vision des choses. Méditer, c'est développer en toutes circon-
 stances l'attitude consciente et vigilante de ce qui se passe,
 sans tension, sans se laisser distraire par des pensées ou toute
 autre chose. Pour obtenir ce résultat, il existe beaucoup de
éthodes. En particulier, Gampopa, disciple de Milarépa et
 Maître du premier Karmapa, a écrit un certain nombre de
 conseils au méditant. Dans le "Précieux Rosaire", il énumére
 dix certitudes qu'il convient de bien ancrer en soi. Elles
 permettent d'aborder la pratique de la méditation et son
 application dans la vie quotidienne d'une maniére parfaitement
 correcte.
          Les dix certitudes énoncées par Gampopa
      Pour le débutant, les dix certitudes commencent par
 l'écoute des enseignements et la réflexion à leur sujet ...
 Lorsqu'on parle de débutant, on se référe à une personne qui
 est au début de la contemplation de la véritable nature de
 l'esprit, même aprés plusieurs années de pratique. Quand on
 commence à avoir certains résultats, il est important de
 s'affirmer dans la pratique de la méditation. Aprés des
 expériences méditatives, on a tendance à croire qu'on est
 parvenu à un résultat et on en fait un palier sur lequel on
 s'arrête. Si l'on s'attache à cette expérience, cela devient un
 obstacle au lieu d'être un repére dans l'ascension de la voie.
 Gampopa insiste sur le fait que, lorsque vient l'expérience de
 la méditation, il faut donner toute son importance à la prati-
 que de la méditation sans s'y arrêter. On a toujours tendance
 à coller des étiquettes provenant de nos connaissances acqui-
 ses dans divers domaines, du genre : "c'est cela, je sais...". En
 fait, on ne travaille plus qu'avec des étiquettes, sans connaître
 vraiment le contenu de la petite boîte étiquetée, parce qu'on
 n'est pas allé jusqu'au fond. Le conseil s'applique donc à l'ex-
 périence qui apparaît dans la méditation ; il faut garder l'es-
 prit tout à fait ouvert et ne pas l'emprisonner dans un
 étiquetage tel que : "les émotions, je connais donc je sais...
 l'expérience, je connais donc je sais..." Quand on parle de
 méditation, aussitÙt dans notre esprit apparaît une personne
 en posture assise sur son coussin, quelqu'un qui ne fait rien.
 Or la méditation n'est pas cela ; la méditation, c'est avoir
 l'esprit complétement disponible, ouvert, réceptif à tout ce qui
 advient, conscient, lucide, limpide, sans aucune distraction.
 Gampopa insiste sur le fait que, dans la méditation, chaque
 certitude doit être impérativement remise en cause.
 L'utilisation du vocabulaire pour définir une méditation est à
 manier avec circonspection. Par exemple, on ne peut pas
 qualifier la méditation de vraie ou de fausse, de réelle ou
 d'erronée, etc. La méditation est simplement un état de clarté
et de limpidité pouvant recouvrir un certain mode de
perceptions tout aussi limpide et clair.

     La méditation est une méthode qui permet d'accéder à la
réalisation de la véritable nature de l'esprit. Le conseil donné
au pratiquant est : "Tant que vous n'avez pas obtenu la
stabilité, établissez-vous dans l'isolement ou dans le calme".
L'isolement fait référence à la méditation solitaire, à la
contemplation de l'esprit lui-même percevant sa propre nature
et sa relation avec les objets extérieurs.

    Si l'on n'est pas totalement parvenu à la stabilité, sorte de
réalisation dans laquelle on est constamment conscient de la
véritable nature de son propre esprit, il ne faut pas essayer
d'utiliser les éclairs de compréhension pouvant surgir de notre
fors intérieur pour guider les autres ou se prendre pour un
maître.

    "Tant que l'esprit ne demeure pas fermement établi dans
la contemplation de sa propre nature, demeurez dans la solitu-
de et évitez de transmettre à l'extérieur quelque chose d'insta-
ble en vous. Tant que l'esprit demeure agité, établissez-vous
fermement dans le rappel de soi".

    Le rappel de soi est la faculté de recentrer son esprit sur
un objet, sur un état de calme et de concentration. C'est une
habitude à développer jusqu'à l'obtention de la réalisation de
la stabilité.

    Si la stupeur et la torpeur prédominent, il est prudent de
s'établir fermement en une sorte d'élargissement de l'esprit.
Lors de chaque méditation, on essaiera de retrouver cet état
d'esprit présent, "ici et maintenant", parfaitement limpide et
clair, afin de ne pas se laisser entraîner par le confort que
procurent la stupeur et la torpeur.

    Tant que nous n'avons pas obtenu cette stabilité, il faut
sans cesse pratiquer la méditation équ anime. Une fois obtenu
l'état équanime de l'esprit, il convient de s'établir fermement
dans ce qu'on appelle djé top, qui se traduit par : "ce qui
vient à la suite de la méditation". A ce stade, l'expérience
équanime ne doit pas demeurer uniquement au stade de la
méditation, mais devenir permanente, quelle que soit l'action
dans laquelle on est engagé.

    Il ne convient pas d'opérer une distinction entre ce qui est
la méditation et ce qui ne l'est pas. L'effort et l'exercice
doivent se poursuivre dans toutes les circonstances de
l'existence.

    Lorsque les circonstances sont dévaforables, on s'en remet
à la patience et à la persévérance. Par exemple, si nous en
sommes à la phase d'écoute ou de réflexion sur les enseigne-
ments et qu'un ennui de santé ou un autre obstacle se mani-
feste, évitons de parce voir ces difficultés comme une entrave à
l'écoute et à la réflexion. Au contraire, nous pouvons prendre
cela comme des enseignements auxquels on il nous faut réflé-
chir ; ainsi nous sommes plus à même d'intégrer les obstacles
dans notre pratique. De la même maniére, lorsqu'on s'engage
dans la pratique du Dharma et qu'un inconvénient surgit - un
probléme d'argent, de relation familiale, etc - ce devrait être
l'occasion de s'entraîner à réfléchir sur le sens du Dharma, du
karma, et sur les raisons de la souffrance qui s'éléve.

    De même, quand on est dans la phase d'expérience
méditative, tout ce qui vient apparemment entraver la
méditation est à considérer dans son essence, comme un objet
de contemplation, et non comme quelque chose d'extérieur et
de gênant.

    "Si les désirs et l'attachement aux choses matérielles crois-
sent, il faut s'établir fermement dans le renoncement". Par
renoncement, on n'entend pas le rejet de quelque chose, mais
la prise de conscience de la saisie qu'opére notre esprit sur les
phénoménes, et comment il développe de l'attachement envers
ces phénoménes pourtant dépourvus d'essence propre. Ce n'est
qu'à partir de là que la pratique du renoncement devient
effective, car l'attachement est tranché à la racine. Ce déta-
chement provient d'une compréhension non intellectuelle direc"
tement vécue au travers de la méditation, par la
contemplation à la fois de l'objet d'attachement et de l'attache-
ment en lui-même par rapport à l'esprit.

    "Lorsque l'amour et la compassion diminuent, s'établir fer-
mement dans la méditation de l'esprit de l'Eveil". Toutes les
pratiques et contemplations restent vaines tant qu'elles ne
sont pas focalisées dans une direction précise : la motivation
parfaitement pure, l'esprit d'Eveil. Rien de profond et de
durable dans l'ascension spirituelle ne sera accompli sans
l'amour et la compassion. Sans eux, toutes les pratiques sont
égocentrées, et le but recherché, manqué. Afin de développer
l'amour et la compassion authentiques, spontanés et sincéres,
il convient,  dés le départ,  de méditer sur cet esprit de l'Eveil.

    Ces dix points en lesquels il convient de s'établir ferme-
ment sont à garder présents à l'esprit. C'est quelque chose qui
doit s'intégrer totalement à notre pratique : il faut méditer
sur eux plusieurs fois, jusqu'à ce qu'ils deviennent partie inté-
grante de notre pratique. Le processus de la méditation peut
être considéré comme un processus organique semblable à la
croissance d'un arbre. Ce n'est pas quelque chose qui se fait
d'un seul coup, mais qui doit être entretenu et nourri. Notre
élévation spirituelle dépend de ces dix points.

Dhagpo Kagyu Ling - Landrevie - 24290 Saint-Léon sur Vézère - tél : 05 53 50 70 75 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.