"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

LE MAHAMOUDRA DU GANGE - 1

Guendune Rinpoché


 En août 87, Lama Guendune Rinpoché enseigna un commentaire du texte-racine des
 instructions orales qui furent données par Tilopa à son disciple Naropa sur les
rives du Gange, à l'aube de ce millénaire. Ces instructions condensent tous les aspects
essentiels de la base, du chemin et du fruit du Mahamoudra, le "Grand Sceau", réalité
 ultime de l'esprit et des phénomènes.

     Tilopa est l'un des plus grands sages et yogis bouddhistes. Il ma trisa les enseigne-
ments de tous les grands Accomplis du XIe siècle indien, et réalisa l'illumination près du
delta du Gange. Il est à l'origine de la lignée Kagyupa, dont le courant de transmission
s'est maintenu intact jusqu'à nos jours oô Use perpétue à travers le présent Karmapa et
tous les Ma tres actuels détenteurs des enseignements Kagyu.

Nota - On pourra consulter la traduction (anglais/français) du texte-racine du "Mahamoudra Upadesa"
qui se trouve à la fin du livre de C. Trungpa, "Le mythe de la liberté", aux éditions Points Sagesse, ainsi
que la traduction directe (tibétain/français) effectuée par le comité Lotsawa et publiée dans le numéro
7 de la revue "Dharma".

                                 Il nous faut comprendre que l'esprit est libre de toute nais-
                               sance, mort et existence. L'esprit n'est pas quelque chose
                            qui est né à un moment donné ; s'il est non-né il ne peut
                          pas mourir, et puisqu'il n'a pas de véritable réalité il n'a pas de
                          localisation, il n'existe pas. Nous devons reconna tre cette réa-
                          réalité de l'esprit, qui est ce que l'on appelle le Dharmakaya ou
                          Corps de réalité ultime, et afin de réaliser l'esprit dans sa
                          véritable nature, il nous faut méditer.

                                    A quoi ressemble l'esprit ? Même si nous le regardons di-
                              rectement, nous ne pouvons rien voir ; même si nous l'exami-
                              nons, nous ne pouvons rien en conna tre ; si nous essayons de
                               nous en débarrasser, de l'écarter, nous n'y parvenons pas ; si
                               nous tentons de le saisir, là encore nous n'y parvenons pas. Il
                               est impossible de mélanger l'esprit avec autre chose ou de le
                               partager en petits morceaux. On ne peut en aucune façon le dé-
                               finir, et quel que soit le nom qu'on lui donne, il lui est applica-
                               ble.
     Qu'est-ce alors que l'esprit ? C'est tout simplement ce qui
pense, "ce qui bouge à l'intérieur de l'esprit". Chaque fois
qu'appara t une idée ou une pensée, il s'agit de l'esprit. 11 faut
regarder l'essence véritable du penseur, de celui qui pense, et si
l'on y parvient sans fixation ni attachement, on peut alors re-
conna tre la véritable nature de l'esprit : on la regarde directe-
ment et, en un instant, on voit ce qu'est l'esprit, mais on ne
peut pas saisir cet instant de reconnaissance.
     Le Bouddha, ou la bouddhéité, ne se trouve pas à l'exté-
rieur de nous. La bouddhéité est à l'intérieur de nous-même et
le profond chemin du Mahamoudra est le moyen de réaliser
ce que nous sommes Bouddha.
     Ce chemin du Mahamoudra regroupe de nombreux ensei-
gnements. C'est le commentaire des instructions données par
Tilopa à Naropa sur les rives du Gange que nous allons ici étu-
dier. Ce commentaire du "Chant du Mahamoudra du Gange"
est appelé l' "Essence des Accomplissements". Il commence
par ces mots : "Je rends hommage à la Glorieuse Vajrayogini"
et se poursuit ainsi : "Ceci est un commentaire du "Mahamoudra
du Gange" représentant les instructions données sur les rives du
Gange au Seigneur Naropa lui-même par le Seigneur des Yogis,
Tilopa. "
     Le texte se divise en trois parties : le sens du titre, l'hom-
mage de l'auteur, l'explication du texte lui-même.

Le sens du titre

     Le texte-racine donne tout d'abord le titre en sanskrit :
 "Mahamoudra Upadesa", ce qui signifie "Instructions orales
sur le Mahamoudra".

     Le commentaire explique en détail le mot Mahamoudra.
Moudra signifie "sceau", impliquant qu'une chose scellée est
authentique : le sceau certifie ce à quoi il s'applique. Cela
signifie que l'état de réalité ultime est un état dans lequel la ma-
nifestation est vacuité et la vacuité manifestation : manifesta-
tion et vacuité sont inséparables et indissociables. Cet état est
un état de grande félicité, mais cette félicité est également vide;
c'est comme un grand mouvement de félicité et de vacuité tout
ensemble. Ceci représente les moyens habiles et la sagesse et
leur  inséparabilité :  ils  apparaissent  simultanément.  Ceci
exprime également l'indissociabilité de la compassion et de la
vacuité.

     Tel est donc ce que recouvre le mot "sceau". Il certifie que
tout ce qui appara t dans la manifestation est phénomène de la
vérité relative et, en même temps, que tout phénomène en l'état
de vacuité est phénomène de la vérité ultime. Tel est le sens de
 Moudra.
    S'il est appelé le "grand sceau" ou Mahamoudra, c'est
 parce que le relatif et l'ultime y apparaissent ensemble, simul-
 tanément. S'il n'en était pas ainsi, ce sceau ne pourrait pas s'ap-
 pliquer à tous les phénomènes. De ce fait, c'est un sceau parti-
 culièrement noble et c'est pourquoi on le nomme "grand
 sceau".

      Le titre "Instructions orales sur le Mahamoudra" signifie
 que, parmi les quatre-vingt-quatre mille enseignements du
 Dharma qui existent, ces instructions en sont l'essence.
L'hommage de l'auteur

     "Je rends hommage à la Glorieuse Dakini de Vajra. "

     Le texte ouvre par un hommage rendu à la Dakini de
Vajra car elle est la gardienne de toutes les instructions orales.
Elle est aussi celle qui prononce ces mots indestructibles. Elle
est le lama de Tilopa, et elle est la nature des différentes étapes,
de la base, du chemin et du fruit de toutes les instructions ora-
 les. Voilà pourquoi Tilopa commence par se prosterner devant
elle.Traditionnellement, tout texte, tout commentaire qui a
trait aux mots de Vajra, aux mots de la réalité indestructible,
débute par un hommage rendu à la Dakini de Vajra.
L'explication du texte-racine

    Ce texte comprend deux parties principales :

     - l'engagement, de la part de Tilopa, de composer un
chant sur les instructions orales indestructibles, les instructions
de Vajra ;
     - la description, étape par étape, de ces instructions sur le
Mahamoudra.

     Concernant la promesse de Tilopa, le chant dit :
      ' 'Intelligent Naropa,
     Toi qui es endurant face à la souffrance,
     Toi qui as surmonté beaucoup d'épreuves
     Et qui possèdes foi et confiance en le lama,
     Toi le fortuné,
     Garde ceci en ton cúur et mets-le en pratique. "

     Le commentaire de cette première partie du chant explique
tout d'abord que le disciple doit être apte à recevoir des ensei-
gnements et constituer un réceptacle approprié, et que les ins-
tructions orales authentiques ne doivent être données qu'à un
disciple capable de les recevoir et non à n'importe qui. 11 est
également important que le disciple n'ait aucun doute sur le
 tait  que la personne donnant les enseignements est Dordjé
 Tchang, qu'elle est le Bouddha lui-même. Tilopa montre en t'ait
qu'il existe une situation dans laquelle le lama, le disciple et les
instructions sont tous trois excellents.

     Dans l'introduction du chant, Tilopa décrit les différentes
qualités de Naropa : il a subi beaucoup d'épreuves, il est res-
pectueux, endurant face à la souffrance et intelligent. Tilopa
dresse ainsi la liste des qualités idéales du bon disciple. Par
exemple, le tait que Naropa ait traversé de nombreuses diffi-
cultés dans sa pratique révèle qu'il est très énergique, très en-
thousiaste de pratiquer le Dharma. Le respect qu'il montre
envers le lama est le signe qu'il a foi et confiance en lui. Son
endurance devant la souffrance est le signe qu'il est capable de
supporter et d'accepter toutes sortes d'obstacles et de souf-
 frances. Et le fait qu'il est intelligent est la preuve qu'il possède
l'aspect de sagesse discriminante. Puisqu'il est doté de ces
quatre qualités, Naropa est un disciple fortuné.

     Tilopa poursuit en lui recommandant de garder très soi-
gneusement en son esprit ces mots sur le Mahamoudra dont il
va l'instruire, et de mettre ces enseignements en pratique dès
 qu'il les aura compris.

      La deuxième partie concerne les différentes étapes des ins-
 tructions données par Tilopa dans le chant. Celles-ci se divisent
 en cinq parties :

 - la première décrit ce qu'est le Mahamoudra,
 - la seconde établit que le Mahamoudra est en fait réalité ultime,
 - la troisième montre que cet état ultime transcende l'intellect,
 - la quatrième explique comment apparaissent les différentes
expériences quand on met en pratique les instructions données,
 - enfin, la dernière décrit l'usage des canaux subtils du corps, et
 des énergies mises en mouvement à l'intérieur de ces canaux, de
 façon à acomplir l'union avec une messagère et à progresser sur
 le chemin.

     Tilopa commence par expliquer que l'on ne peut ni se re-
 présenter, ni exprimer, ni parler de la nature du Mahamoudra.
 Le chant dit que le Mahamoudra ne peut être démontré : il est
comme le ciel, personne ne peut décrire le ciel et dire qu'il est
quelque part ou qu'il est de telle façon ; de même le Maha-
moudra, par nature, n'est pas un objet que l'on peut désigner
comme étant le Mahamoudra.

     Le commentaire continue, disant que celui qui entend cet
enseignement peut être amené à se poser la question suivante :
"Si  l'on  ne  peut  pas  obtenir  d'enseignement  sur  le
Mahamoudra, si sa vraie réalité ne peut être expliquée,
comment mettre le Mahamoudra en pratique, comment
recevoir enseignements et instructions sur ce sujet ?" Ce que
l'on nomme Mahamoudra   et qui est en fait la réalité de tous
les phénomènes   , c'est la réalité naturelle, libre de tout arti-
fice, de toute interférence et de toute fabrication, spontanée et
ultimement toujours la même. Cet état ultime est unique :
qu'un parfait Bouddha apparaisse ou non sur terre, la réalité
ultime est toujours présente. Pour la réaliser, il faut pouvoir
demeurer à l'aise en méditation dans cet état même. C'est ce
qu'explique la partie suivante du chant : on doit demeurer
détendu dans l'état naturel, totalement libre de toute fabrica-
tion mentale ou de toute saisie ; et si l'on détend ses muscles, il
ne l'ait aucun doute qu'on se libérera.


     Le chant donne ensuite un exemple expliquant comment se
détendre : si l'on regarde l'étendue ouverte du ciel, le regard se
perd et la vue s'arrête ; de même si l'on utilise l'esprit pour
regarder directement l'esprit, toutes les pensées s'arrêtent et on
atteint  l'Eveil  insurpassable.  Cela  signifie  que  notre  état
d'esprit ordinaire est bridé par la présence des émotions
perturbatrices,  colère,  attachement  et  ignorance  agissant
comme des cha nes qui lient notre esprit. Dans la méditation,
on apprend à se détendre et ainsi à se délivrer de ces émotions ;
les cha nes tombent alors et l'esprit est libre. La présence de
ces cha nes en nous rend très difficile la cessation de toute souf-
france. Nous sommes prisonniers de nos désirs, de notre haine
et de notre état d'ignorance, et de ce fait nous nous efforçons
sans rel‚che de rejeter ou d'accomplir quelque chose. Sans ces
émotions à l'intérieur de notre esprit, nous ne chercherions pas
à accomplir ou rejeter quoi que ce soit, et l'esprit serait tout à
l'ail  libre  et  détendu,  sans  aucune  souffrance.  Notre 'esprit,
notre parole et notre corps sont encha nés par ces trois poisons
  attachement, colère et ignorance   qui ne viennent pas de
l'extérieur, mais se trouvent en nous ; et c'est depuis l'intérieur
de notre esprit que nous nous délivrerons de ces entraves. La
liberté vient de l'intérieur.

     S'il na t beaucoup de tensions en notre esprit lorsque nous
méditons, cela peut avoir pour effet de bloquer les canaux et
énergies subtils dans le corps ; il est alors possible que l'esprit
connaisse une certaine stabilité (car le blocage des énergies a
pour effet immédiat de calmer l'esprit) et que s'élèvent diverses
expériences nous conduisant à juger bonne notre méditation.
Mais l'origine de cette méditation est la forte saisie que nous
exerçons depuis le début, et cette manière de tenter de calmer
l'esprit par la saisie et l'attachement est une impasse, car son
seul résultat est la souffrance de l'esprit. Cela ressemble un peu
à boire de l'alcool : au début, on se sent très bien, très
détendu ; mais plus on boit, plus expériences et visions se déve-
loppent et le lendemain matin il n'en résulte que de la souffran-
ce !

     Comme nous nous efforçons parfois d'atteindre dans
 notre méditation un état de paix et de bonheur ici et mainte-
 nant, nous élaborons le concept que la méditation est un état
d'esprit sans idée ni pensée, et nous essayons désespérément de
parvenir à cet état d'esprit particulier. Si, au prix d'une grande
tension,  nous y parvenons, nous ne faisons que devenir
semblable à un morceau de bois : une table, par exemple, n'a
pas de pensées et pourtant on ne peut pas dire qu'elle médite !
 Pourquoi chercher à devenir semblable à une table ? En fait,
lorsqu'on médite on est amené à reconna tre qu'il est de la
 nature de l'esprit d'avoir des pensées. Dans la méditation on
 n'essaye pas de supprimer les pensées, on les laisse simplement
appara tre sans s'y attacher ; parler de non-conceptualitè ne
 signifie pas absence de pensées mais non-attachement aux
 pensées  qui  apparaissent.  Méditer  n'a  pas  pour  but
 d'emprisonner ou de limiter nos corps, parole et esprit, mais
 bien plutôt de les libérer.
      Il est important de reconna tre que méditer ne signifie pas
 parvenir à un état libre de pensées et de mouvement mental,
mais consiste bien au contraire à laisser les pensées aller et venir
sans s'y attacher. On ne cherche pas à atteindre un état particu-
lier de méditation qui soit définissable, blanc ou jaune par
exemple ; on laisse l'esprit s'exprimer naturellement et sans
attachement. C'est ce chemin qui nous mènera à l'illumination.

La lignée de transmission

       La lignée Karma Kagyu compte de nombreux êtres qui ont
  atteint la réalisation et les accomplissements par leur pratique
  des enseignements de la lignée. Il est dit qu'il est très important
  qu'un lama qualifié rencontre un disciple qualifié ; si tous deux
  sont réunis, a lieu une transmission dans laquelle le disciple
  s'améliore à chaque fois, de sorte que le disciple à venir surpasse
  toujours en réalisation le lama précédent. La preuve en est
  donnée par les membres de la lignée Karma Kagyu : Naropa
  était plus avancé que son lama Tilopa ; puis Marpa fut encore
  meilleur, apportant de nombreuses améliorations à sa pratique ;
  Milarépa eut une plus grande réalisation que Marpa ; Gampopa
  eut à son tour davantage de réalisation que Milarépa ; et Tusoum
  Khyempa,  le  premier  Karmapa,  dépassa  Gampopa  en
  réalisation. Ceci montre que lorsqu'un disciple qualifié rencon-
 tre un lama qualifié, une amélioration constante peut avoir lieu.
      Le nom du premier Karmapa, Tusoum Khyempa, signifie
 "Celui qui conna t les trois temps" : puisque sa Réalisation est
 celle   d'un   parfait   Bouddha,   il   était   capable   de   voir
 celle d'un parfait Bouddha, il était capable de voir simultané-
 ment les trois temps   passé, présent et futur   et savait donc
 tout ce qui survenait dans ces trois temps.
      L'origine de la lignée Karma Kagyu se situe dans le
 Bouddha Dordjé Tchang, qui représente le rayonnement naturel
 de la compassion du Bouddha primordial Kuntou Zangpo (Skrit.
 Samantabhadra). Il n'existe aucune différence entre Dordjé
 Tchang et Samantabhadra, si ce n'est que Dordjé Tchang est
l'expression de la compassion de Samantabhadra. La transmis-
 sion de la lignée Karma Kagyu s'est faite jusqu'à nos jours à
 travers les seize Karmapa. Elle ne fut pas une seule fois interrom-
 pue ou brisée et les samayas (ou engagements sacrés) entre lama
 et disciple furent toujours gardés très purs, n'étant en aucune
 façon endommagés. Cette lignée forme donc un fil d'or continu,
 jamais brisé, reliant tous les membres de la lignée entre eux ;
 à chaque transmission, tous les enseignements et toutes les réali-
 sations furent légués intacts, comme on verse de l'eau d'un vase
 dans un autre sans qu'une seule goutte soit perdue.
     Afin que la transmission dans une lignée se déroule idéale-
ment, le lama doit être capable de transmettre bénédiction et réa-
                                                             15
      lisation, le disciple doit savoir recevoir cette bénédiction et, à
      travers elle, développer sa propre réalisation. Lorsqu'on prie le
      lama, il faut avoir la ferme conviction qu'il est indissociable de
      Dordjé Tchang ; si le disciple a foi en cette réalité, il recevra en
      même temps que la bénédiction du lama les bénédictions de la
      lignée toute entière. Lorsqu'il en est ainsi, le lama peut produire
      une impression sur le disciple, de sorte que celui-ci s'imprègne de
      sa réalisation : comme dans une photocopie, le disciple devient
      exactement à l'image du lama quand la transmission s'accomplit
      parfaitement.
           Si nous souhaitons recevoir une transmission authentique et
      complète, il faut que notre lama-racine soit membre de cette
      lignée pure, c'est-à-dire qu'il ait lui-même reçu tous les enseigne-
      ments et transmissions sans aucune interruption dans la conti-
      nuité de la lignée, et il faut également qu'il ait gardé les samayas
      entièrement purs. Si nous ne rencontrons pas un tel lama, s'il est
      membre d'une lignée interrompue ou si ses samayas sont
      impurs, nous ne recevrons aucune réalisation dans notre prati-
      que. Dans une rangée de lumières électriques, quand le fil les
      connectant n'est ni cassé, ni endommagé, toutes les ampoules
      électriques s'allument en une longue rangée et chaque ampoule
      à la même luminosité que la précédente ; mais si la ligne est
      cassée quelque part, les ampoules suivantes ne s'allument pas.
      Cela se passe de la même façon dans la transmission spirituelle :
      si elle est interrompue ou endommagée, la transmission de la
      réalisation ne peut avoir lieu. Notre lama doit être comme une
      porte par laquelle nous accédons à toutes les bénédictions de la
      lignée.

Lama et disciple
            Le lama et le disciple doivent tous deux être qualifiés. Ceci
       est très important sur le chemin du Mahamoudra. Si nous
       cherchons un lama qualifié, il nous faut rencontrer quelqu'un
       dont le corps, la parole et l'esprit sont parfaitement en
       harmonie avec les enseignements du Bouddha. Un lama au-
       thentique ne présente aucune différence entre son comporte-
       ment extérieur et son état d'esprit, entre ses pensées et son atti-
       tude. Il ne peut être quelqu'un qui, intérieurement, est peut-
       être réalisé et a une grande compréhension du Dharma, mais,
       extérieurement, se conduit mal et accomplit des actions qui
       semblent négatives. Nous ne devons pas avoir un lama de cette
       sorte, comme nous ne pouvons pas non plus accepter un lama
       qui se conduit d'une façon tout à fait bonne et sainte en appa-
       rence, mais qui possède un état d'esprit négatif et empli
       d'émotions. Le parfait lama est au-dedans comme au-dehors
       entièrement pur et bon. Le parfait lama est quelqu'un dont les
       actions, qu'elles soient du corps, de la parole ou de l'esprit, ne
vont jamais à rencontre de l'enseignement du Bouddha. Si le
lama n'agit pas en observance de cet enseignement, c'est le
signe qu'il n'est, pas entièrement convaincu par cet enseigne-
ment ; il ne sera donc pas un bon lama. Le lama idéal est
entièrement pur, parfait, sans aucune impureté ni souillure.

        Le disciple qualifié, lorsqu'il rencontre le lama, est plein
   de respect à son égard et ne lui montre aucun dédain. Il doit
   être quelqu'un contrôlant bien ses émotions, qui n'est pas sujet
   à une forte colère ni à un puissant désir ; il ne doit pas être
   indiscipliné ni échapper à toute autorité ; il doit avoir l'esprit
  stable et ne pas sans cesse changer d'avis ; enfin, il lui faut se
  montrer capable d'accepter les instructions du lama.
       Le disciple qualifié est très souple dans sa manière d'être :
  son corps est détendu et sa parole franche ; il développe amour
  et compassion  et porte une grande attention aux autres êtres ;
  il  sait  accepter  la  souffrance et  les difficultés  du  chemin  ;  et,
  surtout, il est constant et ne revient pas perpétuellement sur ses
  décisions.
       Le disciple qualifié possède une grande foi en le lama,
  aime à pratiquer le Dharma et se réjouit chaque fois qu'il reçoit
  un enseignement ; il sait se montrer persévérant dans sa
 pratique et ne pas se décourager lorsqu'il rencontre des obsta-
 cles.
      Lorsque lama et disciple sont tous deux qualifiés, leur
 relation conduit le disciple à devenir exactement semblable au
 lama, et pour que cette transmission ait lieu correctement, tous
 deux doivent être parfaits. Quand on fait des tsa-tsa, on
 commence par fabriquer un moule ; si la forme de ce moule est
 parfaite, bien nette avec des contours bien dessinés, la forme
 des isa-tsa sera également nette et parfaite ; mais si la forme du
 moule original est incertaine, si des traits manquent ou si le
 moule est cassé de quelque façon, les tsa-tsa reproduiront les
 mêmes défauts. Voilà pourquoi il faut de la même façon
s'assurer que lama et disciple sont tous deux qualifiés, afin que
ce dernier puisse devenir exactement semblable au lama.

     Il devrait  nous appara tre très clairement à l'esprit que le
lama n'est pas un simple être humain fait de chair et de sang ,ei
qu'il représente les bénédictions de l'esprit pur du Bouddha
Dordjé Tchang. Si le disciple a foi en cette réalité, il pourra
associer son esprit à celui du lama de façon que les deux esprits
soient  indifférenciés,  et  réaliser  ainsi  le  Mahamoudra  :
 il  obtiendra la même réalisation que le lama.
     Même si le disciple est assez fortuné pour demeurer cons-
 tamment aux côtés de son lama, s'il n'a pas confiance en celui-
ci, c'est comme si le lama n'était jamais là. Par contre, si un
disciple est séparé physiquement de son lama mais qu'il a foi et
confiance en lui, alors lama et disciple sont toujours ensemble,
peu importe la distance qui les sépare. Milarépa dit que,
quelle que soit la souffrance éprouvée et quel que soit l'éloigne-
ment entre lui et son lama, il n'est jamais séparé de celui-ci
néanmoins.

     Le disciple qui ne voit en le lama qu'un être ordinaire
recevra simplement la bénédiction d'un ami spirituel quand il
lui adressera sa prière ; mais le disciple totalement convaincu
que son lama est un bouddha n'en sera jamais séparé, du fait
du respect et de la foi qu'il lui témoigne ; l'esprit du disciple et
celui du lama seront indifférenciés et le disciple pourra réaliser
que son propre esprit est Bouddha. Nous devons nous rendre
compte que l'esprit du lama, notre propre esprit et le Dharma-
kaya sont trois aspects parfaitement indissociables. Si le
disciple a foi en cette réalité et prie afin de pouvoir la réaliser, il
aura tout d'abord une impression (ou une sensation) de cette
réalité. Graduellement, cette impression deviendra une expé-
rience réelle qui au fur et à mesure s'approfondira, jusqu'à ce
que vienne le jour oô le disciple reconna tra qu'il est vrai, de
toute évidence, qu'entre son propre esprit, le Dharmakaya et
l'esprit du lama aucune différence ne peut être faite. A partir
du montent oô le disciple reconna t cette réalité, il a vu l'essence
de son esprit.

     Sur le chemin du Mahamoudra, il nous faut être sûr et cer-
tain que le lama est Bouddha ; quand on prie le lama il faut
toujours le faire dans cet état d'esprit. Et il faut commencer sa
méditation en s'efforçant de considérer son esprit, l'esprit du
lama et le Dharmakaya comme inséparables, et demeurer en
méditation dans l'union indissociable de ces trois aspects. En
s'entra nant à penser et méditer ainsi, peu à peu tous les doutes
concernant cette réalité seront extirpés. Quand on commence à
méditer, on peut comprendre intellectuellement comment il
pourrait être possible que l'esprit du lama, notre esprit et le
Bouddha soient inséparables, mais cette compréhension reste
conceptuelle car nous n'y sommes pas accoutumés. Cependant,
lorsqu'on cultive cette compréhension dans la méditation, peu
à peu tous les doutes sont complètement écartés et on parvient
à développer une confiance naturelle et spontanée en cette
réalité.

           (à suivre)

                           Traduit de l'anglais par Claudine Ledroit

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