"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

LES LIGNEES D’ INCARNATIONS DANS LA LIGNEE KAGYU

 Khenpo Tcheudrak Rinpoché 

Je souhaite à tous la bienvenue à cette Conférence Internationale Karma Kagyu. je souhaite également la bienvenue aux Rinpochés, ainsi qu'aux représentants des différents monastères, des différents centres du dharma, et aux associations dont les membres sont dévoués au Karmapa. je remercie chaleureusement chacun d'être venu ici.

L’origine des lignées d'incarnations

Le phénomène d'une lignée d'incarnations est basé sur le principe bouddhiste de réincarnation. Ce principe est accepté par tous les bouddhistes sans exception, dans la mesure où c'est l'un des principes fondamentaux du bouddhisme. D'un autre côté, le phénomène des lignées d'incarnations détentrices de lignée n'a eu lieu qu'au Tibet parmi tous les pays bouddhistes.

 

Si l'on regarde de près le processus, on se rend compte qu'un lama donné se réincarnera automatiquement au sein d'une lignée, ou d'un groupe de disciples du précédent lama qui s'occuperont de son incarnation et l'éduqueront. Et au fur et à mesure que cette incarnation grandira et mûrira, elle guidera ces étudiants.

 

Si l'on se pose la question de savoir si le phénomène des incarnations existe depuis le début du bouddhisme tibétain, la réponse est "non". Le bouddhisme est arrivé au Tibet au septième siècle, et à cette époque là il n'y avait pas encore de lignée de ce type.

 

En fait, cette tradition a émergé au douzième siècle et commença avec le premier Karmapa. Elle s'est largement répandue au Tibet, au travers des siècles, à tel point qu'aujourd'hui on peut parler de près de mille lignées d'incarnations.

Le processus de recherche et d'identification d'une incarnation peut se faire de trois manières. Par la première, le lama laisse des instructions derrière lui qui permettront de rechercher son incarnation et de la retrouver. La seconde façon est différente: c'est un autre lama qui, ayant atteint un haut niveau de réalisation, identifie l'incarnation étant donné sa propre réalisation, il a la capacité de le faire. Enfin, il y a la troisième approche selon laquelle on invoque les protecteurs du dharma, grâce à qui on peut identifier l’incarnation.

 

Si nous considérons la lignée des Karmapa, la plupart d'entre eux ont laissé des instructions permettant de retrouver et d'identifier leur incarnation. Toutefois, dans certai ns cas, i I n 'y a pas eu d' i nstructions laissées.

 

La reconnaissance des Karmapa

 

je voudrais à présent passer brièvement en revue les différentes incarnations du Karmapa, qu'il y ait eu ou non des instructions laissées. Les informations que je vais vous délivrer sont basées sur un te):te écrit par le huitième Sitoupa, Tcheukyi jungné, et par son disciple, Belo Tséwang Kunkyab. Ce texte s'intitule : "La couronne d'eau de lune cristalline".

 

Les instructions laissées par les Karmapa sont aussi bien orales qu'écrites. Dans certains cas, ces instructions orales ou écrites sont laissées à un disciple ou à un groupe de disciples. Considérant les seize Karmapa, nous pouvons nous rendre compte que sept d'entre eux laissèrent des instructions écrites, quatre des instructions orales, et cinq n'en laissèrent aucune.

 

Le premier Karmapa, Dusoum Khyenpa, laissa des instructions orales concernant le deuxième Karmapa, Karma Pakshi. Il laissa ces instructions auprès d'un groupe de disciples; le disciple principal était un individu nommé Gyaltse Pontragpa. Le premier Karmapa, Dusoum Khyenpa, informa oralement ce groupe de disciples qu1il renaîtrait près de la rivière Drichu au Kham, une province à l’est du Tibet.

Le second Karmapa, Karma Pakshi, laissa, des instructions écrites et orales qui permirent de chercher et d'identifier le troisième Karmapa, Rangjung Dordjé.

Le troisième Karmapa laissa des instruçtions orales grâce auxquelles le quatrième Karmapa, Reulpé Dordjé, put être découvert. Il mourut en Chiné et laissa ces instructions à son secrétaire général.. Avant de mourir, il lui demanda de rapidement retourner au Tibet, dans la province appelée Gongpo, pour y trouver son incarnation. Là, naîtrait un enfant dont la naissance serait entourée de signes auspicieus et, de ce fait, il apparaîtrait évident aux yeux du secrétaire général qu’il s’agirait de la réincarnation du troisième Karmapa.

Le quatrième Karmapa Reulpé Dordjé, laissa derrière lui des instructions écrites à partir desquelles le cinquième Karmapa, Deshin Sbegpa, put être identifié.

Malheureusement, nous n'aurons pas le temps d'entrer dans le détail de chacune de ces incarnations. Le neuvième Karmapa, quant à lui, ne laissa aucune instruction qui aurait permis de trouver et de reconnaître le dixième Karmapa.

Toutefois, celui-ci put être identifié grâce au sixième Shamarpa.

De même, le onzième Karmapa  fut identifié par le septième Shamarpa, Yéshé Nyingpo. 

Dans le cas du treizième Karmapa Dudul Dordjé, il n'y eut aucune instruction laissée, et il fut reconnu par le neuvième Drukchen.

 


Lorsqu'un lama ou un maître bouddhjste identifie l'incarnation d'un autre maître bouddhiste, cette capacité leur vient de leur pratique du bouddhisme, de leur accomplissement, ce qui fait du processus d'identification d'une incarnation une pratique spirituelle.

 

Celui qui est capable d'identifier une réincarnation a donc obtenu cette capacité grâce à sa mise en pratique des enseignements du bouddha. Cela suppose d'autre part que la personne en question a pratiqué de manière authentique et sincère ces enseignements; il en résulte alors l'acquisition des qualités nécessaires à l'identification d'une incarnation. Encore une fois, le processus de

 

recherche et d'identification d'une réincarnation est une pratique spirituelle en tant que telle. Ce n’est jamais un processus selon lequel on agirait suivant un schéma pré-établi, ou selon un plan d'action ordinaire.

 

Détenteur de lignée et accomplissements

 

Les hiérarchies religieuses dans le bouddhisme tibétain d'un côté et les détenteurs de lignée de l'autre sont deux choses complètement distinctes. Il y a un grand maître bouddhiste et érudit qui s'appelle Golo Shon Pal que j'ai choisi de citer, afin d'expliquer ce que signifie une lignée détenue et préservée par des maîtres sur la base de leur haut niveau de réalisation. Ce maître bouddhiste dit qu'une personne devient détentrice de lignée à partir du moment où, ayant pratiqué la voie du dharma, elle atteint un haut niveau de réalisation.

Dans la lignée Karma Kagyu, le maître du troisième Karmapa, Khédrub Urgyenpa, n'avait pas un statut religieux élevé au sein de la hiérarchie du bouddhisme tibétain; il devint le lama du troisième Karmapa parce qu'il avait atteint la réalisation. Khédrub Urgyenpa était l'un des principaux disciples du deuxième Karmapa, Karma Pakshi. Celui-ci l'a amené à la reconnaissance de la vraie nature de la réalité, et il transmit à son tour ces instructions au troisième Karmapa.

Pour comprendre la hiérarchie religieuse au sein du bouddhisme tibétain et les différentes positions qu'elle implique, il faut revenir au temps de l'empire Mongol, car c'est à cette époque quia été établie cette hiérarchie. Un maître comme Milarépa n'avait aucune position spécifique en termes de hiérarchie religieuse. Malgré cela, il est l'un des détenteurs de la lignée Kagyu. 'Toutefois, il existe toujours au sein de la lignée Kagyu une hiérarchie religieuse avec les différentes positions qu'elle entraîne. On n'octroie pas une place au sein de la hiérarchie religieuse en fonction du haut niveau de réalisation de quelqu'un, ni en raison de sa pratique ou de son étude du bouddhisme.

 

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