"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

LE GYALWA KARMAPA, CELUI QUI DETIENT L'ACTIVITE DES BOUDDHAS

 Entretien avec Kunzik Shamar Rinpoché Dhagpo Kagyu Ling - Septembre 1999 

Question : Rinpoché, pouvez-vous nous parler de la venue du 16e Gyalwa Karmapa ?

 

Kunzik Shamar Rinpoché : Le 16e Karmapa, Rangjoung Rigpéi Dordjé, a émis le souhait d'établir son siège principal à Dhagpo Kagyu Ling, en Dordogne. Il aspirait à répandre le dharma dans le monde entier. C'est dans ce but qu'il a envoyé lama Guendune Rinpoché et lama Jigmé Rinpoché en France. Ils ont créé ce lieu et mis en <xuvre toUS les projets du Karmapa. A ce jour, tous ses souhaits ont été réalisés. Le temps est venu pour le Gyalwa Karmapa de venir en Dordogne. La raison en est que son activité peut aujourd'hui s'étendre d'ici vers l'Europe et d'autres pays occidentaux, jusqu'en Amérique. La situation étant mûre, les circonstances de sa venue en Europe se déploient tout naturellement et sans effort. Nous sommes à l'aube de l'an 2000. C'est un moment très auspicieux. C'est un nouveau millénaire qui commence. Cela signifie que les centaines d'années à venir se dérouleront avec succès.

Dhagpo Kagyu Ling est un centre international d'importance. A ce jour, c'est un lieu qui a été très utile aux Occidentaux, notamment ceux qui souhaitent étudier le dharma. Lenseignement donné à Dhagpo Kagyu Ling est de qualité. Lactivité s'y déroule harmonieusement. De nombreux enseignements sont transmis. C'est l'essentiel, car ce centre est ouvert à un large public.

 

Question; Rinpoché, pourriez-vous nous parler un peu plus de lactivité du Gyalwa Karmapa ?

 

Kunzik Shamar Rinpoché : L'activité du 17e Gyalwa Karmapa, Thayé Dordjé, est entièrement tournée vers la transmission de l'enseignement du Bouddha sur le plan international. Il ne sera limité par rien. Son activité sera dévolue au monde, ainsi que l'avait souhaité le précédent Karmapa. Il est libre. Totalement dégagé de toute restriction. Il n'est obstrué ni par les nations, ni par les races, ni par les appartenances religieuses. Il est complètement indépendant et au-delà de toute frontière. Il ne dépend de personne. De plus, il n'est relié à aucun gouvernement ou rang. Il est libre de toute contrainte hiérarchique. Il n'y a personne au-dessus de lui. Tout cela se déploie naturellement, ce n'est pas le résultat d'une volonté.

Il est le chef spirituel de la lignée Karma Kagyu et de tous les centres. Il enseignera partout et pas uniquement dans les centres rattachés à la lignée Karma Kagyu. Il transmettra le dharma du Bouddha. N'appartenant à aucun groupuscule, il n'est limité par aucun sectarisme L'activité du Karmapa, est un ensemble: Karma signifie l'activité du Bouddha; Karmapa signifie celui qui détient l'activité des Bouddhs. Les Karmapa sont de grands bodhisattvas*. Au Tibet, leur fonction était limitée. Aujourd'hui, le Karmapa est libre, disponible pour le monde. C'est comme s'il avait des ailes, il peut voler partout, librement. Il n'est entravé par aucune tradition. Nous sommes donc devant un Karmapa, au sens propre du terme, c'est-à-dire devant Celui qui détient l'activité des bouddhas.

 

 Question: Pouvez-vous expliquer le but d'un centre du dharma ?

 

Kunzik Shamar Rinpoché : Le but d'un centre du dharma est de déployer l'activité du bodhisattva. Il est de donner aux gens les moyens d' étudier le dharma de façon très pure. Cela signifie aider les êtres en leur donnant des indications sur la façon de renoncer aux difficultés du samsara. Le but d'un centre du dharma est de préserver les enseignements du Bouddha et de les transmettre. C'est aussi de détenir et de protéger ces enseignements. Cela implique également de ne pas les utiliser à mauvais escient, de ne pas les détériorer, ni de les interpréter de façon erronée. Cela suppose de les diffuser. C'est le même principe qu'avec un réservoir d'eau pure.

 

 Question: Nous avons le projet de 11nstitut Dhagpo Kagyu Ling. Nous lavons symbolisé avec un lotus. A chaque pétale un secteur: la bibliothèque, l'étude, la méditation et Echanges et Action, le secteur de rencontre avec d'autres disciplines. Pouvez-vous, Rinpoché, nous dire un mot sur chaque secteur ? Pourquoi étudier ? Pourquoi une bibliothèque ? Pourquoi méditer et rencontrer dautres disciplines ? En quoi est-ce important ?

 

Kunzik Shamar Rinpoché : Tout cela est important afin de préserver et de déployer le dharma. La bibliothèque est le lieu où l'on recueille tous les enseignements du Bouddha. Elle est un témoin. A l'époque où le bouddhisme était très répandu en Inde, et plus tard au Tibet, personne ne pouvait écrire arbitrairement. Il y avait en effet de nombreux érudits prêts à critiquer tout écrit ayant trait à l'enseignement du Bouddha. N'importe quel livre ne pouvait donc pas être publié. Tout cela avait pour but de préserver le dharma et sa qualité, ainsi que d'éviter la confusion dans l'esprit des lecteurs. A l'époque, écrire un livre était chose difficile. Ceux qui le faisaient avaient les compétences et la précision requises. Voilà pourquoi il est si important de préserver ces livres ici, au sein d'une bibliothèque. Une bibliothèque digne de ce nom possède tous les ouvrages du Kangyour* et du Tengyour* écrits par les lamas tibétains. Si les érudits ne peuvent émettre de critique sur un livre, cela signifie qu'il a atteint la perfection. Lorsque nous construirons la bibliothèque, les livres tibétains qu'elle contiendra seront de cette qualité-là. Nous n'y mettrons aucun livre de moindre valeur. En Occident, vous avez une ttadition : si quelqu'un écrit un ouvrage, personne n'en dira rien. Nous ne savons pas comment vérifier la qualité des livres anglais et français. La bibliothèque pourra donc acquérir toutes sortes d'ocuvres écrites dans ces diverses langues.

l'étude et la méditation: Si vous étudiez convenablement, vous êtes capable de faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Sans l' étude, vous ne pouvez développer cette capacité, vous ne pouvez pas savoir dans quel sens vous diriger. Si vous avez un guide de qualité, tel Milarépa, vous pouvez suivre l'enseignement du Bouddha les yeux fermés, car il vous guidera de façon juste. Mais dans le cas contraire il est essentiel d'étudier

Il ne s'agit pas d'en rester à l'étude uniquement. Pourquoi étudie-t-on le dharma ? Pour atteindre l'Eveil. Si l'on ne médite pas en parallèle, en quoi étudier est-il utile ? Il existe de nombreux sujets à apprendre. Si vous étudiez, c'est parce que vous avez un but dans la vie, ou bien que vous souhaitez créer quelque chose. C'est le cas des scientifiques. Ils créent des engins et d'autres objets merveilleux. Des ordinateurs, par exemple, et d'autres machines brillantes et fort utiles. Etudier, c'est par exemple se plonger dans la recherche en biologie afin de devenir médecin ou d'inventer des médicaments. Mais en quoi est-ce utile d'apprendre le dharma, si on ne le met pas en pratique ? Méditation et étude vont de pair. C'est pourquoi il est nécessaire de méditer, si l'on veut atteindre l' éveil. L'étude donne une direction juste à la pratique, elle permet d'en connaître les moindres détails. On est alors moins désorienté dans la méditation. On sait comment suivre le chemin de façon correcte. La méditation est la véritable pratique, c'est le chemin menant à l'Eveil. Il existe de nombreuses directions justes et erronées. Etudier permet de les connaître. L'étude est la direction, la méditation est la traversée, le voyage.

 l'activité des bodhisattvas : Parmi les six paramitas*, il y a la paramita de la générosité. Dans l'enseignement du Bouddha, il est dit que pour accomplir le chemin des bodhisattvas, il faut pratiquer la générosité pour le bien de tous les êtres. En parcourant ce chemin, on atteint divers niveaux de réalisation. Du premier niveau, l'on passe au deuxième, puis au troisième, et ainsi de suite, jusqu'à atteindre l'état de Bouddha. A chaque étape, on développe des qualités permettant d'aider les êtres de mieux en mieux. Tout dépend des causes que l'on a créées. Plus il y a de générosité dans nos actions et plus l'activité du bodhisattva se déploie. Echanges et Action fait partie de l'activité des bodhisattvas. Il s'agit de parcourir ce chemin en suivant les indications des maîtres tels que Shantidéva, Atisha et Gampopa. Ils nous ont enseigné comment aider les autres. C'est donc une activité pour le bienfait de tous les êtres.

Ainsi tous les aspects, bibliothèque, étude et méditation, Echanges et Action, sont complètement reliés les uns aux autres.

 

Question : Nous sommes en passe de construire un bâtiment afin dltbriter toutes ces activités. A une époque, vous aviez dit, Rinpoché, qu'une grande salle centrale était suffisante.

 

Kunzik Shamar Rinpoché : Oui, car la façon de procéder des lamas, des enseignants tibétains, fait partie des mreurs tibétaines. Où qu'ils aillent, ils s'imaginent qu'il leur faut enseigner la pratique du dharma à la façon tibétaine. En fait, ce n'est qu'une habitude orthodoxe. Les érudits ne se comportent pas de la même façon. C'est une tendance des vieux lamas. Ils suivent leur tradition de façon très naturelle. J'ai pu observer que dans tous les pays il en va de même. Ce n'est pas propre au Tibet. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'importer ses habitudes dans les différents pays. Tout doit être fait beaucoup plus en tenant compte des raisons pratiques. Parfois, il peut être utile d'introduire la tradition tibétaine. Si cela facilite un fonctionnement, pourquoi pas ? Il faut s'adapter aux besoins et les prendre en compte. Vouloir à tout prix copier l'architecture d'un monastère tibétain, ainsi que tout son fonctionnement, n'est pas nécessaire. Ceux qui agissent ainsi importent leurs habitudes. C'est par exemple le cas des habitants de Hong Kong qui se retrouvent à Vancouver et qui apposent un écriteau en chinois sur le devant de leur porte. En agissant ainsi, ils perpétuent une habitude. C'est seulement quand le gouvernement leur demande d'écrire en deux langues pour tenir compte de leur environnement qu'ils réalisent où ils sont et qu'il leur faut adapter leur langue. Au Bost, par exemple, il y a un temple traditionnel. Mais il y a des raisons pratiques pour ce faire et, en cela, c'est juste.

 

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