"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

Instructions Orales - 2

Guendune Rinpoché

 

L'attitude juste

 

Si, lorsque nous rencontrons des personnes heureuses d'une chose qu'elles ont développée en elles, notre premier mouvement est de nous réjouir pour elles, c'est le signe que nous avons développé l'attitude d'Eveil correcte. Par contre, si en les rencontrant nous nous en trouvons énervés, c'est le signe que notre motivation profonde est toujours l'attachement à notre ego.

Et si nous considérons les autres comme des sources de difficultés, c'est le signe d'un très fort attachement à l'ego et la preuve que nous n'avons même pas commencé à développer l'attitude éveillée correcte. Mais si nous percevons les difficultés rencontrées comme des occasions de nous entraîner à développer des qualités telles que la patience, c'est le signe que nous avons développé une attitude d'Eveil correcte.

Lorsqu'on met en pratique les enseignements du Bouddha, il importe de le faire avec un état d'esprit libre de toute préférence, libre de toute considération qu certaines personnes sont des amies et d'autres des ennemies, libre de l'attachement et de la haine qui sont le produit de ces relations.

Il est évident que, lorsqu'on regarde certaines personnes comme des amies, de suite survient l'idée que les autres sont des ennemis: nous développons haine et colère envers ceux qui porte atteinte à nos amitiés et les tenons pour des ennemis, et nous accomplissons ainsi, beaucoup d'actes négatifs pour protéger nos amis et nous débarrasser de nos ennemis. Si l'on ne tombe pas dans cet attachement spécifique, on peut alors développer l'équanimité et apprendre à considérer tous les êtres comme ayant la même importance.

Il faut prendre conscience que regarder certaines personnes comme des ennemies parce qu'elles nous créent des obstacles ne nous permettra jamais d'accéder au parfait éveil. Nous avons besoin d'ennemis, besoin rencontrer des obstacles et des difficultés sur le chemin vers l'éveil. Sinon nous n'avons jamais l'occasion de pratiquer la patience, et sans patience notre expérience de la méditation ne peut pas s'accroître.

Du point de vue spirituel, ceux que l'on considère comme nos ennemis, les sources de difficultés et les obstacles, sont nos meilleurs amis. Considérer que tous les êtres ont la même importance permet de développer la véritable patience, grâce à laquelle on peut demeurer dans un état de complète équanimité, un état d'aise et de félicité, simplement parce que l'esprit n'est plus perturbé par l'attachement ou la haine. Une fois que l'on est dans cet état d'égalité, on peut dire qu'on a vraiment développé une authentique attitude d'Eveil.

 

L'attitude éveillée

 

Si l'on souhaite développer la bodhicitta authentique, la première des choses à faire est de se libérer de toute disposition d'esprit malveillante, sinon on s'abuse soi-même: on peut penser qu'on essaye d'aider autrui, mais en fait on est simplement imbu de soi. Au début, on prend la ferme résolution de ne jamais nuire à qui que ce soit, en quelque circonstance que ce soit, et de faire tout ce que l'on peut pour porter aide et assistance à tous les êtres.

Cette ferme intention est la base de l'attitude éveillée; on doit abandonner tous les actes négatifs et n'entreprendre que des actions vertueuses et positives.

Et même si l'on n'est pas dans une situation permettant de venir efficacement en aide à quelqu'un, parce que l'aptitude à le faire nous manque ou parce que les circonstances ne le permettent pas, on ne développe ni colère ni déception, mais on émet au contraire le souhait de pouvoir, dans le futur, venir en aide à cette personne et la libérer de sa souffrance.

On développe aussi le souhait que cette personne puisse un jour rencontrer les enseignements du Bouddha et accéder au parfait Eveil. 

Nous répétons cette double prière de multiples fois. Conserver ce souhait présent , permet de cultiver une tendance qui transforme l'attitude ordinaire. Il est nécessaire, lorsqu'on veut développer la bodhicitta, d'être très attentif à l'état d’esprit dans lequel on se trouve et tout à fait conscient de ce que l'on fait.

Grâce à cette vigilance, on transforme peu à peu l'attitude de tous les jours en une attitude d’Eveil. Notre corps, notre parole, notre esprit, et tous les actes accomplis à travers eux s'imprègnent progressivement de cette nouvelle attitude positive. Peu à peu,  l’attitude éveillée correcte se fait plus présente en nous: quoi que nous fassions, que nous soyons assis, que nous travaillions, que nous dormions, que nous agissions, désormais tous les actes de notre vie font partie du chemin vers l'Eveil.

 

Une bodhicitta authentique

 

Développer la bodhicitta revient à transformer fondamentalement son mode de pensée. D'ordinaire, on peut croire que l'on agit réellement pour le bien d'autrui, mais si l'on regarde au plus profond de soi, secrètement et subtilement, on agit pour soi-même. Nos actions soit-disant bénéfiques, qu'elles soient calmes ou plus violentes, sont en fait motivées par l'idée que nous avons de nous-mêmes, par notre propre ego: nous voulons continuer à être entourés d'amis et à éloigner les ennemis.

Il faut inverser cette tendance pour développer une bodhicitta 'authentique. Développer la bodhicitta revient à échanger soi et autrui. Normalement, on se préoccupe d'abord de soi et ensuite des autres; avec la bodhicitta, c'est le contraire: on fait passer le bien d'autrui avant le sien. dont on ne se préoccupe plus.

Si nous parvenons à modifier ainsi notre comportement, nous semons la cause qui nous permettra de devenir des bodhisattvas. l'échange avec autrui signifie que toutes les situations agréables, tous les succès, toutes les victoires, ne sont pas gardés pour soi mais donnés aux autres pour qu'ils en profitent, et qu'on expérimente toutes les difficultés et les défaites sans les rejeter vers autrui.

Si nous parvenons à donner la victoire à autrui et à prendre la défaite pour nous-mêmes, c'est l'assurance que notre attachement à l'ego a fortement diminué.

L'attitude altruiste peut sembler particulièrement difficile parce que très éloignée de notre manière d'agir habituelle. On s'imagine qu'il faut fournir de grands efforts pour changer nos comportements. Dans un sens, ce n'est pas difficile du tout, car il faut simplement changer d'attitude intérieure; tout notre comportement s'en trouve alors automatiquement transformé.

D'ordinaire nous considérons que nous sommes très importants et développons par réaction beaucoup de haine et d'attitudes malveillantes à l'égard d'autrui. Si nous réussissons à nous défaire de l'idée de notre propre importance, toute notre vie change.

Dès qu'on cesse de se considérer comme le centre du monde, il n 'y a plus de raison d'être méchant : les actes sont automatiquement animés par le souhait de venir en aide à autrui ce moment-là, la bodhicitta est présente et il n'est pas nécessaire de produire d'énormes efforts, de pratiquer de grandes méditations ou d'employer, nombreuses techniques pour instaurer coûte que coûte cette bodhicitta à l'intérieur de soi. La seule chose à faire, c'est de laisser de côté l'idée de sa propre importance. En ce sens, développer la bodhicitta n'est pas aussi difficile qu'on peut le croire.

 

La vision juste

 

Notre attention est constamment dirigée vers l'extérieur et vers autrui. Nous avons développé l'habitude de regarder dans cette direction et perdu complètement celle de tourner notre regard vers nous-mêmes. Il nous manque cet œil de sagesse, dirigé vers l'intérieur, qui permet de se voir tel que l'on est vraiment.

Nous pensons être quelqu'un de bien, d'habile, de lucide, nous pensons posséder de nombreuses qualités que nous n'avons pas. Nous sommes persuadés de les avoir mais nous n'avons jamais regardé à l'intérieur de nous. Quand nous regardons à l'extérieur, les fautes qui sont en nous troublent notre vision.

Nous "projetons" ces fautes vers les autres en qui nous n'avons pas confiance: nous considérons qu'ils n'agissent pas de façon correcte, qu'ils pensent mal, qu'ils sont remplis de défauts.

Cela suscite en nous de la colère, de la haine et de la jalousie à leur égard. Au bout du compte, notre esprit est complètement emporté par ces émotions intérieures.

Tout cela provient de ce que nous ne nous voyons pas et regardons les autres travers à nos propres fautes. Nous sommes souvent dans des états d'esprit dont nous n'avons pas conscience. Lorsque la jalousie imprègne notre esprit, par exemple, nous n'en sommes pas nécessairement conscients, de même que nous ne percevons pas les autres émotions telles que l'orgueil ou la colère qui influent sur notre manière de voir.

Poursuivons avec l'exemple de la jalousie: nous ne la voyons pas l'intérieur de nous, mais nous la projetons sur le monde extérieur et sur les autres. Cela signifie que nous interprétons leur comportement: nous sommes persuadés qu'ils pensent de telle manière, qu'ils agissent pour telle ou telle raison; et nous développons colère et rejet à l'égard de leur manière d'agir.

Cela est encore compliqué par notre orgueil: nous pensons que nous agissons toujours correctement et que toute faute dans une situation est due aux autres. Notre esprit est sans cesse secoué par la colère, la haine et la critique, et il en résulte une incessante souffrance.

Ce processus est dû au fait que nous ne voyons pas notre esprit tel qu'il est. Il faut développer le regard intérieur, l'œil de sagesse, afin d'avoir peu à peu une vision plus claire de nous-mêmes, de voir nos émotions et de nous rendre compte que les fautes attribuées jusqu'ici aux situations et aux autres ne sont que des projections de nos états d'esprit négatifs.

Si nous prenons conscience des impuretés qui nous habitent et que nous les acceptons, la très haute opinion que nous avons de nous-mêmes décroît. Une fois calmé cet orgueil de base, toutes les autres émotions s'apaisent également. L'esprit se trouve alors très à l'aise et se détend puisqu'il n'est plus perturbé par les émotions.

 

La pureté authentique

 

Cette disposition très paisible de l'esprit, dans laquelle les émotions ne sont plus agissantes, est l'état auquel on parvient par la pratique du calme mental. Cette pratique consiste à apaiser les émotions de l'esprit et à s'établir dans cet état de façon stable. Si l'on perçoit en soi beaucoup de qualités et des fautes chez les autres, c'est le signe que l'on est toujours sous l'influence de l'attachement égocentrique.

Si l'on voit des qualités partout à l'extérieur, c'est le signe que notre vision est très pure. Voir ses propres fautes est très positif, car c'est le moyen qui permet de les dissiper et de les purifier, mais si l'on n'en a pas conscience, il est impossible de s'en débarrasser.

Nous devons avoir pour but de développer une prise de conscience de plus en plus précise des défauts de notre esprit, et de mener à bien les pratiques qui permettent de transformer et de purifier ces défauts. On devient ainsi un être vraiment pur: il ne s'agit pas d'une pureté fictive basée sur l'orgueil ou l'ignorance, mais de la pureté authentique de celui qui a l'esprit clair et sans faute. 

C'est l'Eveil, qui n'est pas un état spécial qu'il faudrait produire, mais simplement un état de l'esprit dans lequel toutes les impuretés intérieures ont été dissipées.

 

La connaissance authentique

 

La différence entre connaissance et ignorance est la capacité, ou l'absence de capacité, à se voir tel qu'on est. La meilleure manière d'illustrer cette méconnaissance du véritable état de notre esprit et des conséquences qui en résultent est l'exemple de la personne qui se promène dans la rue avec le visage taché.

Puisqu'elle ne voit pas la tache sur sa figure, elle est persuadée d'être séduisante; par contre les autres voient facilement la tâche. Ce n'est que lorsqu'elle passe devant un miroir qu'elle peut se rendre compte de sa situation. La même chose se produit avec notre esprit intérieur: lorsqu'on se voit tel qu'on est vraiment, on peut très facilement distinguer ses imperfections, s'en débarrasser et devenir quelqu'un de parfaitement pur.

Rinpoché explique qu'il ne faut pas le considérer comme quelqu'un qui serait complètement dépourvu de fautes et nous expliquerait ce qu'il faut faire avec les nôtres. Cette interprétation n'est pas correcte. Rinpoché nous explique cela, car lui-même a suivi cette démarche. Il faut donc faire preuve d'une grande vigilance à chaque instant de la vie et regarder son esprit pendant l'activité, afin de voir par soi-même si ce que dit Rinpoché est vrai ou non.

Et cela afin de discerner les moments où l'on est motivé par son propre bienfait ou celui d'autrui. Cette introspection nous permet de voir nosémotions de les dissiper, mettant ainsi en évidence les qualités inhérentes à notre potentiel de bouddha. Le premier point de toute cette démarche consiste donc à développer une prise de conscience, un regard intérieur afin de s'examiner soi-même de façon tout à fait lucide.

 

Tonglen

 

Pour développer une telle attitude, il est nécessaire d'avoir une pratique. Rinpoché nous propose de faire la pratique de l'échange de soi avec autrui, la pratique prendre et donner.

Nous laissons tout d'abord l'esprit se détendre entièrement, s'établir dans un état de calme complet. sans nous attacher à quoi que ce soit. Nous sommes certains que tout ce qui se manifeste est notre propre esprit et nous ne percevons plus la manifestation comme distincte de nous-mêmes. Nous demeurons ainsi l'esprit parfaitement calme et paisible.

Nous prenons conscience du mouvement de notre respiration, de façon naturelle et sans nous efforcer à quoi que ce soit. Nous imaginons qu'à chaque expiration les mérites et les vertus, que nous avons accumulés depuis la nuit des temps et qui sont présents dans notre courant conscience, sortent de nous et se dissolvent en tous les êtres de l'univers. Ces mérites et ces vertus ont la capacité de faire disparaître les souffrances, les maladies et les obstacles des êtres qui emplissent l'univers, de la même manière que le brouillard se dissipe lorsque le soleil commence à briller.

Tous ces êtres ressentent un sentiment de grande pureté et de grande joie. On imagine ensuite qu'au moment de l'inspiration tous les obstacles, les difficultés et les souffrances de tous les êtres vivants viennent se fondre en nous et qu'ainsi nous libérons ces êtres de le souffrance. On imagine que, ce faisant, ils ne connaîtront plus aucune raison de souffrir dans le futur; et l'on se réjouit d'être capable d'agir ainsi.

Au terme de cette méditation, on s'établit dans un état de vacuité où l'on ne plus de distinction entre soi et autrui. Demeurer ainsi dans la vacuité sans point de référence est important. sinon on risque de s'accrocher à l'idée que l'on a vraiment pris sur soi la souffrance des autres et que l'on va en souffrir. C'est pour dissiper cette manière de penser que nous nous établissons dans la vacuité au terme de notre lion.

Si la pratique qui vient d'être décrite s'accompagne d'une motivation correcte, peu à peu apparaît la capacité de l'appliquer à la vie ordinaire. Au fur et à mesure que nous pratiquons cette méditation, nous développons une tendance qui transparaît dans tous les actes de notre corps, de notre parole et de notre esprit.

Nous sommes beaucoup plus disposés à accepter nos difficultés, à aider les autres à se libérer des leurs, et à offrir nos qualités et nos actions vertueuses à tous les êtres afin qu'ils en expérimentent le résultat positif. Quand une telle attitude anime tous les aspects de la vie quotidienne. elle peut nous conduire au parfait Eveil.

Si nous ne développons pas une attitude pure, nous nous trouverons peut-être dans des situations où nous penserons être à même d'aider les autres et où nous essayerons de le faire, mais la personne ne reconnaîtra pas notre action, refusera notre aide et se mettra en colère contre nous. Ce qui nous conduira à également développer la colère: si elle ne veut pas de notre aide, nous ne la lui donnerons pas ! Notre engagement d'aider autrui est alors endommagé. Pour éviter cela, on doit avoir une attitude parfaitement pure, immuable quelle que soit la réaction d’autrui.

 

 

 

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