"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

Trésors bouddhistes - Eté 1998

Khempo Chödrak

 

Cette année, plus que jamais, les Cours d'Été ont été intenses et riches en rencontres. En effet, les prémisses de l'Institut Dhagpo Kagyu ont largement été débattues avec Jigmé Rinpoché, Khempo Chodrak et les traducteurs du Kibi présents sur Dhagpo pendant trois semaines.Nous avons voulu vous donner un aperçu de la richesse d'un lieu où étude et méditation * peuvent se combiner harmonieusement. Nous vous donnons quelques extraits du cours d'introduction à cette cinquième année des Cours d'Été fait par Khempo Chodrak et des interviews d'étudiants ayant suivi ces cours.

 

«Cette année est la cinquième de ces Cours d'Été. Ces cours ont pour fonction de transmettre les enseignements du bouddha* de façon à ce que nous devenions des pratiquants authentiques.Dans le texte intitulé Abhidharmakosha Vasubhandu, un des maîtres bouddhistes indiens, dit qu'un pratiquant authentique est quelqu'un qui a quatre qualités:

. une éthique* juste,

. une bonne écoute du dharma*,

. une bonne réflexion quant au sens de ce qui a été entendu,

.une mise en pratique de ce qui a été entendu.

 

Au Tibet, les enseignements du bouddha ont été préservés durant mille huit cent ans. Comment une telle préservation a-t-elle été possible durant dix huit siècles ? Parce que ces quatre qualités qui permettent de pratiquer de façon authentique l'enseignement du bouddha ont été préservées sans aucune détérioration. De quelle façon cela a-t-il été accompli au Tibet ?

 

Il y a avait des monastères où une éthique* juste était préservée. Il y avait également des institutions pour étudier, des Shédras, des universités. C'est là que l'on pouvait étudier l'enseignement, qu'on pouvait y réfléchir, contempler le sens exprimé. Il y avait des lieux de retraites, dans lesquels on pouvait méditer les instructions reçues. C'est ainsi que cet entraînement de l'enseignement du bouddha a été sauvegardé dans tous ses aspects.

 

 l'éthique juste

 

Qu'est-ce que cela signifie de garder une éthique juste ? Cela n'a rien à voir avec les vêtements que l'on porte ou avec la nourriture que l'on mange. Ce n'est pas là que se trouve l'essentiel de la discipline. Selon Vasubhandu, l'éthique juste consiste à abandonner les actions négatives, c'est-à-dire des semdjoung ou facteurs mentaux tels qu'être sans respect de soi et être sans honte. Qu'est-ce que cela signifie, être sans respect de soi ? Cela concerne l'attitude d' esprit que l'on a intérieurement vis-à-vis de soi. Par exemple, extérieurement on peut avoir une bonne conduite et donc sembler juste dans les apparences. Mais en fait, dans le même temps on peut commettre des actes* erronés, cachés. Il se peut que personne ne s'en aperçoive et n'en sache jamais rien. En fait, que les autres le sachent ou non n'a aucune importance. Être sans respect de soi consiste donc à accomplir des actions négatives sans que les autres le sachent et que cela ne nous embarrassent pas. L'autre aspect, l'action négative dite être sans honte, signifie que l'on n'est pas attentif au fait d'accomplir ou non des actions négatives. Dans ce cas là, ce qui nous importe c'est d'agir pour notre propre bienfait. Et ce, même si c'est à l'encontre de l'enseignement du bouddha, voire à l'encontre des conventions courantes, plus ordinaires. Une conduite juste en essence implique d'être sans ces défauts, dûs aux mouvements mentaux.

En relation avec ces deux états d'esprit négatifs, dont nous devons nous débarrasser, le bouddha a donné des enseignements sur l'éthique juste. Quelle est l'éthique juste à préserver, dans le cadre des différents véhicules* : celui des Shravakas, des bodhisattva* et celui des Tantras ? Il y a différentes conduites qui correspondent à ces différents véhicules. Elles doivent être conservées en accord avec le chemin* que l'on parcourt. Lorsqu'on reçoit des enseignements et qu'on les met en pratique, on apprend comment agir et comment être en relation correcte avec le dharma. C'est cela garder une conduite juste, préserver une discipline correcte. On va le faire en fonction du véhicule que l'on suit et de la pratique que l'on a, afin d'être en accord avec ce véhicule et sa mise en pratique.

 

Une bonne écoute du dharma

 

Écouter l'enseignement de façon juste est une attitude qui se développe en même temps que les études que l'on

 

poursuit en tant que bouddhiste authentique. Il nous faut apprendre ce que le bouddha a enseigné. C'est un entraînement qui nous est nécessaire pour la pratique. Le bouddha a enseigné pendant quarante-deux ans et tous les mots qui ont été prononcés sont dans le Kangyour. Tous les commentaires sont dans le Tengyour. Lorsque l'on veut étudier le Bouddhisme, nous devons étudier ces paroles. Ces enseignements sont des instructions qui décrivent et donnent les méthodes des différents chemins et véhicules.

Toutes ces instructions peuvent être rassemblées en trois véhicules: le véhicule des Shravakas ou Auditeurs, celui des boddhisattva et du vajrayana*. Elles ont été données par le bouddha et ses disciples. Parmi les principaux disciples qui suivaient le chemin des Shravaka, on trouve des personnes comme Kasyapa ou Ananda. Parmi les boddhisattvas, il y a Manjoushri, T chenrézi* ou Avalokiteshvara. Les disciples du chemin des Tantras, sont des disciples tels que Vajrapani et Indrabodhi. Quels que soient les véhicules auxquels ils appartiennent, tous les enseignements transmis par le bouddha à ses disciples sont le reflet fidèle des mots prononcés par le bouddha. Ils sont le véritable enseignement du bouddha. Par la suite d'autres grands maîtres ont expliqué ces enseignements. Ces maîtres sont appelés les six ornements et les deux suprêmes. Ce sont les principaux maîtres bouddhistes en Inde qui ont commenté et élucidé ces instructions qui ont été données par le bouddha lui-même. Tout notre processus d'étude est basé là-dessus. 

 

Réflexion et mise en pratique

 

Si nous nous limitons simplement à l'étude ce n'est bien sûr pas évident, parce que par l'étude seule, nous ne pouvons pas éliminer les émotions* perturbatrices. Par la réflexion sur les ense1gnements, nous ne pouvons pas non plus purifier, pacifier ou dissiper nos émotions perturbatrices*. Pour ce faire, nous avons besoin de la méditation*. Mais la méditation, sans une connaissance de départ, va rapidement devenir une méditation stupide, qui ne donnera aucun résultat juste. Sakyapandita a dit que méditer le Mahamoudra* sans connaissance, a pour résultat de nous amener à renaître comme animal ou dans le monde sans forme. Dans cet état on reste en profonde méditation, mais appartenant toujours au monde conditionné, cela n'est pas juste. Ce dont nous avons besoin c'est de combiner la méditation avec l'étude afin d'acquérir une vue juste.

 

Nous aurons une certitude juste sur cette vue. À partir de la confiance acquise par la réflexion, nous avons une base juste pour la méditation. Le fruit* de tout cela sera de pouvoir dissiper complètement les émotions perturbatrices et notre ignorance*. Nous avons besoin de ces trois facteurs : l'écoute ou l'étude, la réflexion et la méditation. Il nous faut les combiner afin d'acquérir une confiance et une compréhension justes. Par la méditation, nous aurons le fruit juste. Vasubhandu dit que ces quatre qualités: l'éthique juste, l'écoute, la réflexion, et la méditation sur les enseignements du bouddha, sont les quatre qualités qui font de nous un pratiquant authentique des enseignements du bouddha.

Ici, à Dhagpo Kagyu Ling avec Jigmé Rinpoché, il y a tout ce qu'il faut pour parcourir complètement le chemin du bouddha, en accord avec ces quatre qualités. Tout ceci est en accord avec les souhaits du seizième Gyalwa Karmapa, Rangjoung Rigpey Dordjé. Il y a quelques années, alors qu'il visitait l'Europe et les États-Unis, il a donné des instructions qui nous ont amené à établir des monastères, des lieux d'étude, des centres de retraite, des bibliothèques, ainsi que des possibilités de traduire les différents textes d'enseignements. Ces cinq aspects qui viennent d'être cités sont les souhaits de coeur du seizième Karmapa.

Jigmé Rinpoché est établi à Dhagpo Kagyu Ling et il demande d'accomplir les souhaits de Gyalwa Karmapa. Parmi tous ces souhaits, ceux qui sont maintenant complètement établis sont: des centres de retraite au Bost ; comparés à ce qu'il y avait au Tibet, ils sont ce qu'il y a de meilleur en temps et en qualité. Également, de nombreux centres ont été fondés. La bibliothèque est en cours de réalisation.

En ce qui concerne l'aspect de l'étude, cela a été commencé par le Khempo Tsultrim Gyamtso, qui a établi la Kagyu Ling center, Kagyu Dechen. Le premier enseignement donné dans le cadre de ce centre a eu lieu à Dhagpo. Il s'agissait de se consacrer plusieurs mois de l'année à l'étude. Ensuite, cette activité s'est arrêtée pendant un temps. Puis, l'aspect de l'étude a été perpétué à l'époque où les enseignements du Kibi ont eu lieu. Ce qui s'appelait il y a encore peu l'Université d'Été, a été mis au point et organisé dans le cadre de Dhagpo Kagyu Ling, trois semaines par an, sur un cycle de cinq ans. L'objectif était de permettre d'approfondir cet aspect de l'étude. Tout le programme prévu a été réalisé et les enseignements ont été transmis. La façon dont cela a été intégré et compris dépend de chacun. Néanmoins ces enseignements ont été donnés de façon juste».

 

Interviews d'étudiants suivant les cours d'été sur le bouddhisme à Dhagpo Kagyu Ling

 

 Tendrel: Qu'est ce que vous faites dans la vie de tous les jours ?

 Étudiant: Je vis au Danemark, à Copenhague et je travaille à l'université. Je suis directeur d'un département uniVersitaire, c est un petit département.

Tendrel : Vous venez à Dhagpo Kagyu Ling pour les cours d'été depuis combien de temps ?

Etudiant: C'est ma cinquième année ici et donc la dernière.

Tendrel: Pourquoi avez-vous décidé de venir étudier ici en Dordogne ? 

Étudiant: J'ai toujours voulu suivre des études sur le bouddhisme et c'était difficile de trouver l'endroit pour réaliser ce souhait. La seule solution était d'aller au Kibi. Puis Shamarpa est venu à Copenhague, il nous a parlé de Dhagpo et du Khempo qui préparait un cycle d'étude sur cinq années, et c'est comme cela que je suis venu jusqu'ici. Il y avait un temps à Copenhague où les gens n'étudiaient pas beaucoup et lorsque Shamarpa est venu expliquer l'importance de l'étude c'est quelque chose qui m'a vraiment motivé à venir étudier ici.

Tendrel: Qu'est ce que cela vous a apporté d'avoir fait cinq ans d'étude sur le bouddhisme ?

Étudiant: Tout cela se passe à un niveau subtil et il est donc difficile de reconnaître les conséquences de ces études. Ce qui est sûr c'est que ces temps d'étude me permettent ensuite de mieux comprendre le sens de la pratique. C'est quelque chose d'essentiel car je pratique les préliminaires et je comprends mieux ce que je traverse et ce que j'ai à pratiquer ensuite. Cela me permet vraiment d'avoir une compréhension plus profonde de la pratIque.

Tendrel: Étudier est donc très lié à la pratique ?

Etudiant: Il est clair qu'il faut les deux, ne faire que pratiquer ou ne faire qu'étudier n' est pas valable. Pour moi étudier a été une nécessité. 

Tendrel: Et ensuite ?

Etudiant: Et bien il me restera à pratiquer. D'ailleurs cela tombe très bien car Shamarpa voyage partout en ce moment en expliquant combien il est important de pratiquer, cela tombe très bien! J'ai décidé de venir ici pendant cinq ans, c'est chose faite et maintenant j'étudie le tibétain à l'université de Copenhague et je vais développer l'aspect de la pratique. Je vais probablement faire de courtes retraites au Danemark ou au Bost.

Tendrel : Andréa, que fais-tu dans la vie ?

Etudiante: Je suis assistante commerciale en Allemagne. Je m'occupe de médicaments et de cosmétiques.

Tendrel: Tu viens ici depuis longtemps ?

Etudiante: C'est la première fois. Mais j'ai des amis qui ont fait des retraites à Laussédat, et en octobre je suis venu à Dhagpo Kagyu Ling, j'ai aimé l'endroit et je me suis dit qu'il serait bon de venir suivre les cours d’été.

Tendrel: Pourquoi ici, et pourquoi ce type d'études ?

Etudiante: Cela fait six ans que je suis dans le dharma*, j'ai suivi plusieurs enseignements en Bavière où les lamas* du Bost viennent. Je me sens connecté à Guendune Rinpoché et à ses étudiants, c'est pour cela que je suis ici.

Tendrel: Et la pratique formelle ? Étudiante: J'ai du mal à cultiver l'habitude de la pratique. Dans les derniers mois j'ai été très occupée et j'ai essayé de m'asseoir un peu mais je n'ai pas dégagé de temps.

Tendrel : Tu veux suivre les cinq années d'étude ?

Etudiante: Oui, et je pense que d'être dans le dharma a changé ma personnalité. Au départ j'avais beaucoup plus de voiles* et d'émotions perturbatrices. Aujourd'hui j'ai le sentiment d'être plus stable, plus tranquille. J'ai plus de foi et de confiance, je saisis moins et je lâche plus prise sur les événements. Cet endroit est fantastique et Je tiens a remercier toute l’équipe de Dhagpo pour tout le travail qui est fait ici.

 

 

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