"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

Bouddhisme et médias

Entretien avec le XVIIème Karmapa Trinlé Thayé Dordjé

Lama Dorjé Drolma

Dhagpo Kundreul Ling

Lama Dordjé Drolma : Nous avons cru comprendre que vous étiez un fervent utilisateur du Net. Qu’aimez-vous particulièrement dans ce mode de communication ?

Le Karmapa : Il y a beaucoup d'aspects positifs dans Internet. L'aspect prédominant est de pouvoir obtenir  n'importe quelle information dans l'instant. Le renseignement arrive sous forme de documents écrits ou de photos, et à ce jour, on peut même obtenir des réponses vocales. Mais je vois aussi dans ce mode de communication quelques points faibles. Par exemple, avec une vidéo, en temps habituel, on peut observer tous les détails qui entourent la personne filmée, sur Internet on n'obtient pas cette précision. Je pense donc que c'est un outil fort utile mais contenant encore des points faibles.

Lama Dordjé Drolma : Utilisez-vous fréquemment l'e-mail ?

Le Karmapa : Non, il m'arrive bien sûr d'envoyer un mail de temps à autre, mais n'ayant pas de boîte aux lettres personnelle, les gens ne peuvent pas m'écrire directement, donc je n'en vois pas l'utilité pour ce qui me concerne.

Lama Dordjé Drolma : Quels sont les sites que vous consultez le plus souvent ?

Le Karmapa : Ce sont les pages sportives qui m'intéressent le plus. J'aime aussi beaucoup les galeries de photos comprenant des prises de vues sur la vie naturelle; par exemple, sur la végétation et les animaux. Je ne surfe pas tant que cela sur Internet, en fait, j'y vais quand je dispose d'un peu de temps libre.

Lama Dordjé Drolma : On peut avoir accès à tous les domaines sur Internet. A votre avis, cela fait-il une grande différence de lire l'un de vos enseignements, ou de suivre une initiation donnée par vous par le biais de ce média, ou sur vidéo ? Pensez-vous que le contact direct est irremplaçable ? Si tel est le cas, pourquoi ?

Le Karmapa : Je pense que cela dépend de chacun et de ce qu'on souhaite. Il est évident qu'un contact direct est très important. Mais il est certain aussi qu en ce qui concerne la bénédiction, si vous avez de la dévotion, la distance importe peu. Dans ce sens, on peut dire qu'internet peut être fort utile.

Il n'en demeure pas moins qu'un contact direct est important, car alors, le lama et le disciple peuvent tous deux avoir une relation personnelle, un face à face, qui leur permette de mieux se comprendre mutuellement. Le lama peut de ce fait percevoir ce dont le disciple a réellement besoin, ou ce qu'il souhaite obtenir, et sentir comment lui répondre au mieux. Je pense donc qu'une relation directe a une fonction vitale.

 

Lama Dordjé Drolma : Pensez vous que l'existence virtuelle d'un monastère permette d’avancer sur le chemin* spirituel ?

 

Le Karmapa : Je ne pense pas que ce soit un moyen essentiel pour y parvenir, par contre, je pense que ce peut être très amusant.

 

Lama Dordjé Drolma : Certains pratiquants, après vous avoir rencontré, se sont demandé quelle était votre perception des individus en Europe, depuis que vous avez commencé à voyager ?

 

Le Karmapa : J'ai eu l'occasion d'expérimenter des situations tout à fait nouvelles. Certaines étaient positives et d'autres l'étaient moins. Mais la découverte principale que j'ai pu faire concerne la différence culturelle. Chaque pays d'Europe possède sa langue, sa façon de communiquer et d'entrer en relation. Chaque dimension de la vie quotidienne comporte des différences. Cet aspect m'a beaucoup intéressé.

De plus, j'ai vraiment apprécié la dévotion tout à fait authentique que les êtres ont envers le dharma. En tant qu’enseignant, c est ce que je recherche. Beaucoup sont sincèrement intéressés par les enseignements et pratiquent du fond du cœur. C'est l'expérience que j'ai la plus appréciée ! 

Lama Dordjé Drolma : Cette année, vous recevez une partie de votre future éducation à Dhagpo Kundreul Ling, aux monastères du Bost et de Laussedat. Parlez-nous du temps que vous avez déjà passé ici. Qu'y faites-vous et comment vous y sentez-vous ?

Le Karmapa : J'observe à quel point le dharma se développe dans les pays occidentaux. Les pratiquants sont de qualité et j'ai été étonné de voir leur nombre. De plus, j'ai été surpris par la quantité de pratiques qu'ils ont et le niveau d'expérience atteint par certains! C'est important pour eux bien sûr, mais il est aussi important que je sache qu'il y a de tels pratiquants ici. Comme vous le savez probablement, j'ai reçu des initiations durant ce dernier mois. Pour l'avenir, c'est quelque chose d'absolument vital. De surcroît, c'est un grand pas que je viens de franchir et qui m'a permis de prendre conscience qu'il me faudra à mon tour faire ce qu'a fait Trichen Rinpoché, qu'il me faudra transmettre toutes ces initiations.

Lama Dordjé Drolma : Pour revenir à Internet et aux nouveaux médias, en quoi les pensez-vous utiles ?

Le Karmapa : Pour transmettre une information sur les actualités. Même en ce qui concerne les activités bouddhistes, je pense que c'est un outil d'importance. Etant donné que nous enseignons, ces enseignements peuvent être couchés sur papier et mis sur le Net. Ainsi, grâce à ce média les enseignements peuvent toucher un nombre considérable d'individus.

Il faut être attentif aux jeunes, ils sont particulièrement branchés sur Internet, cet outil est celui de leur époque. Savez-vous qu'ils apprécient vraiment de l'utiliser ? Si nous utilisons Internet pour donner plus d'informations sur le dharma, nous permettons à des jeunes d'entrer en contact avec les enseignements du Bouddha.

 

Lama Dordjé Drolma : Comment utiliser ces outils de façon habile en connexion avec le dharma ? Certains se font du souci devant ces nouveaux moyens de communication. Ils se demandent s’il n’y a pas de risques à les utiliser , notamment au niveau du temps qu’ils y consacrent. 

 

Le Karmapa : Internet doit rester un moyen de donner de l’information, rien de plus. Ensuite, il est préférable d’entrer en relation et de se rencontrer les uns les autres.

Lama Dordjé Drolma : A notre époque il y a pléthore d’informations au travers de livres, de la télévision, des vidéos, de l’informatique, etc . Comment garder une visée qui soit juste et faire des choix appropriés ? Même en ce qui concerne le bouddhisme, toutes sortes d’informations sont disponibles. Tout cela peut créer de la confusion dans l’esprit des usagers, comment choisir et agir ?

 

Le Karmapa : A chacun de faire ses choix ! Tout dépend de ce qui motive chacun.

 

Lama Dordjé Drolma : Lorsque des individus viennent nous parler, c’est ce qu’ils nous disent. Ils semblent submergés d’informations, ils ont souvent le sentiment d’être emportés par une vague et ils ressentent  un malaise et de la confusion quant à l’attitude à adopter face à tous ces médias.

Le Karmapa : Je pense que tout ceci est naturel. Ce n'est pas dû à Internet, ce sont des réactions qui ont existé de tout temps. Croire que ces phénomènes sont nouveaux, c'est entretenir l'idée que tout était parfait dans le passé, ce n'est pas le cas !

Lama Dordjé Drolma : Vous voulez dire que les individus ont toujours eu des choix à faire ?

 

Le Karmapa : Bien sûr! Nous devons toujours faire des choix et discriminer entre ce qui nous paraît juste et erroné. Cela se produit à partir du moment où l'on s'applique à regarder ce qui est juste autour de nous. Sinon, n'importe qui peut déclarer savoir ce qui est juste à notre place! Il en a toujours été ainsi. Si le fait de recevoir des informations venant de la télévision ou des magazines rend les individus malades, qu'ils arrêtent de lire ou de regarder leur petit écran. (rires) . En fait, chacun est libre de choisir !

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