"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

CONSEILS AUX PRATIQUANTS

 Tobga Rinpoché

 

Attitude d'esprit

 

J'aimerais dire quelques mots aux étudiants de l'Institut Karmapa et à tous ceux avec qui j'ai un lien basé sur l'étude du bouddhisme.

Il faut s'efforcer d'étudier le bouddhisme afin de comprendre de quoi il est question. Le but est de dompter son esprit. Pour cela, il n'est absolument pas nécessaire de regarder en direction des autres ni de parler de leurs qualités ou de leurs défauts. Hier, le débat portait Sur les difficultés créées par la situation actuelle, les mauvais traitements physiques, les poursuites judiciaires, le meurtre, etc.

C'est la situation actuelle qui, en provoquant ce débat, est responsable du fait qu'il n'a pas été possible de parler de dharma, mais qu'il a fallu parler de poursuites judiciaires, de mauvais traitements physiques, etc. C'est évidemment très regrettable. Mais il est nécessaire de discuter de ces événements, d'en parler, car si l'on ne prend pas conscience des défauts, on ne pourra pas développer les qualités.

Une fois que l'on a pris conscience de ce qui est négatif, Sur le plan de ce que l'on doit faire, il suffit de l'éviter soi-même. Comme l'esprit n'a pas été dompté, les relations entre les pratiquants du dharma, entre les lamas, etc. sont devenues difficiles. Les étudiants de l'Institut Karmapa et ceux déjà diplômés essaieront certainement de communiquer un peu de ce qu'ils ont appris aux autres.

Aucun parmi ces étudiants n'est probablement capable de conduire sa vie comme Milarépa a mené la sienne. Même ainsi, nous PoUVons améliorer notre conduite, notre attitude, nos intentions, etc. de façon à ce que notre manière de vivre et de cOmmuniquer ce que nous avons appris du bouddhisme fasse une bonne impression sur les autres.

Dans le monde, une bonne conduite a des effets positifs, une mauvaise conduite a des effets diamétralement oPposés, négatifs. Si l'on fait des efforts afin d'adopter une bonne conduite et de se garder du contraire, cela aura des effets positifs.

 

Enseignants tibétains, enseignants occidentaux

 

Beaucoup d'étrangers enseignent le bouddhisme, de même que beaucoup de lamas ou de khenpo tibétains. Il est très important qu'il n'y ait pas de malentendus entre ces deux groupes. Et pour qu'il n'y en ait pas, il faut dompter son propre esprit.

Dire, par exemple, que les lamas occidentaux ou ceux qui ne sont pas tibétains ne peuvent pas développer les mêmes qualités que les lamas tibétains n'est pas vrai. Le bouddha historique, de ce point de vue, était un étranger: il était indien.

D'un autre côté, certains étrangers déclarent que les lamas tibétains ne possèdent absolument aucune qualité. Cela non plus n'est pas vrai. Il y a des lamas tibétains qui ont des qualités et il y a des lamas tibétains qui n'en ont pas. Cela dépend de leurs antécédents, de leur éducation, de leur pratique, etc., mais affirmer catégoriquement que les lamas tibétains n'ont pas de qualités est faux. Il s'agit de suivre les lamas tibétains qui ont des qualités et de simplement éviter ceux qui n'en ont pas. Il n'est pas nécessaire d'insulter les lamas qui ne possèdent pas certaines qualités. On peut les éviter tout simplement.

Quand je regarde toutes les personnes rassemblées ici, je vois beaucoup de Tibétains; il y a des lamas, des khenpo, des rinpoché, etc. Je vois aussi beaucoup d'étrangers, parmi lesquels certains enseignent le dharma; il est très important que de bonnes relations s'établissent entre ces groupes.

Il est extrêmement difficile de trouver une personne ne possédant aucun défaut. Il s'agit de déceler les bonnes qualités de chacun. Si l'on parle sans cesse des mauvaises qualités des autres, si l'on ne voit que cela, c'est probablement parce que l'on a une intention spécifique en agissant ainsi.

En tant que bouddhiste, cela ne sert pas à grand-chose de parler d'une manière de vivre non-violente. Il faut adopter un mode de vie non-violent. On pourrait s'attendre à ce qu'une conférence bouddhiste telle que celle-ci traite de l'adoption d'un mode de vie non-violent et de l'obtention d'un état de bien-être dans le but de pratiquer le saint dharma, etc.

 

Pour en revenir aux études à l'Institut Karmapa, les enseignements y sont donnés par différents professeurs et les étudiants ont ainsi la possibilité d'apprendre le bouddhisme. Quand vous communiquerez par la suite cette connaissance aux autres, il est important de ne pas dépasser vos propres limites. Cela signifie qu'il ne faut pas chercher à parler de choses que l'on n'a pas parfaitement comprises.

Il faut essayer de transmettre ce que l'on a compris. Il est impossible à une personne de comprendre l'ensemble de l'enseignement du bouddha, tout simplement parce que la sagesse du bouddha est inconcevable. Par conséquent, quand il y a quelque chose que l'on n'a pas la capacité d'aborder, on ne doit pas tenter de le faire. Il vaut mieux essayer progressivement d'accroître ses propres connaissances et d'améliorer sa pratique, et l'on découvrira alors que ce processus est sans fin.

La nature de la réalité est inconcevable. Lorsqu'on étudie la nature de la réalité selon la philosophie bouddhiste, on peut avoir l'impression qu'il existe des contradictions. A certains moments, les enseignements parlent de vacuité, à d'autres de l'existence de la sagesse, etc. Ces différents aspects peuvent sembler contradictoires, pourtant ce n'est pas le cas. Ce sont simplement différents aspects de ce qui, en réalité, est inconcevable et ne peut être exprimé par de.:" mots. Gardez cela présent à l'esprit.

 

Dharma et politique

 

En ce qui concerne l'avenir, le Karmapa Thayé Dordjé a été découvert et identifié par Kunzig Shamar Rinpoché. Il faut réunir nos efforts afin que le Karmapa Thayé Dordjé ne se retrouve pas placé dans une situation politique. Au Tibet, les Tibétains considéraient que la politique et le bouddhisme marchaient main dans la main. En réalité, la politique et la religion, qu'il s'agisse du bouddhisme ou de toute autre religion, ne vont pas ensemble. Si l'on examine la politique tibétaine et qu'on essaye de l'identifier, ce sera très difficile.

Il existe beaucoup de systèmes politiques différents dans le monde: le capitalisme, le communisme, nous connaissons le système féodal, etc. Au Tibet, l'étude de la science politique n'existait pas. Les gens n'avaient aucune connaissance des différents systèmes pol- itiques existant dans le monde. Cependant, on parlait sans cesse d'associer la vie politique et la religion du pays. Cela avait pour but de faciliter le travail des politiciens du Tibet.

Mais je ne vais pas m'étendre là-dessus. Je vais plutôt parler du dharma. Qu'est-ce que le dharma ( C'est la réalisation et l'étude des textes sacrés. Le bouddhadharma recouvre les différents niveaux de réalisation auxquels peut parvenir un individu, en résultat de sa pratique du bouddhisme et de son étude des textes sacrés. Si l'on compare cela au système politique dans l'ancien Tibet, qui était un système féodal, y a-t-il la moindre relation entre les deux ( Existe-t-il un rapport essentiel entre le bouddhisme et un système politique féodal ( Déclarer que ce système politique était allié, en ce cas, au bouddhisme, c'est comme déclarer que l'on a réuni l'eau et le feu.

Si lion regarde la politique tibétaine, elle revenait en réalité à développer de bonnes relations avec les bienfaiteurs des monastères et avec les politiciens des milieux dirigeants tibétains. Telle était l'essence de la politique dans l'ancien Tibet. La manière dont le bouddhadharma et la vie politique était reliés n'avait rien à voir ni avec le bouddhisme ni avec la politique en tant que telle.

On dit souvent que le bouddhisme tibétain associe le bouddhisme et la vie politique du pays. De nouveau, on fait erreur car la politique nia rien en commun avec le bouddhisme. Pour les Tibétains en général, le pouvoir politique tibétain s'identifiait au bouddhisme.

Il est donc très important pour le Karmapa Thayé Dordjé que ne se reproduise pas une situation dans laquelle religion et politique seraient associées, mais que lui soit donnée l'occasion de préserver et de diffuser le bouddhisme.

 

Quand on parle de diffuser le bouddhisme, cela signifie qu'il faut enseigner le bouddhisme; on présente le bouddhisme aux gens de sorte qu'il devient partie intégrante de leur esprit. Diffuser le bouddhisme sur un large territoire COuvrant une grande partie de la surface de la terre n'est pas ce que l'on veut dire par diffuser le bouddhisme, dans le vrai sens du mot.

 

Il est important d'avoir l'esprit large plutôt qu'étroit. Avoir un esprit large signifie qu'on accédera à un état d'esprit paisible, ce que l'on tente de faire par la pratique du bouddhisme. Il faut aborder ce processus en étudiant le bouddhisme et en domptant son propre esprit, ce qui a pour résultat l'obtention d'un état paisible.

 

Conclusion

 

Revenons-en au Karmapa Thayé Dordjé, il est très important qu'il ait la possibilité d'étudier et de pratiquer comme il le souhaite. Cependant, jusqu'à ce que son éducation soit terminée, il a besoin d'être guidé et il est donc très important qu'il soit guidé de la bonne façon. Une fois qu'il aura atteint l'âge adulte, il sera capable de prendre lui-même les décisions, mais avant cela il a besoin d'être conseillé dans son éducation.

Si l'on prend un petit monastère au Tibet, par exemple, avec juste un lama à sa tête, ce lama n'a pas besoin de beaucoup de conseillers. Il a juste besoin de quelques personnes pour l'aider et ses seuls conseils porteront sur la manière de bien traiter les adeptes du monastère; l'administration de ce monastère ne représente pas un très grand travail. Si d'un autre côté on prend l'exemple d'un grand monastère, il faudra évidemment beaucoup plus de conseillers et l'administration de ce monastère demandera beaucoup plus de travail.

Si l'on va encore plus loin dans la politique, toute la situation s'élargit; un plus grand nombre de conseillers et un travail plus important sont nécessaires, et on se retrouve impliqué à la fois dans de bons et de mauvais projets. Si une réincarnation ou un lama est placé dans une situation de cette sorte, l'être réincarné se retrouve dans la situation malheureuse où, à partir du moment où il se réveille le matin, il est obligé de penser de cette manière: "Ces gens sont bien", par exemple, "ces gens sont mauvais", etc.

 

Nous avons rencontré l'authentique réincarnation et il est important qu'il n1y ait pas d'erreurs qui se mêlent aux conseils et aux soins qui lui seront prodigués au cours de son éducation. Ce doit être l'affaire de tous. Pendant cette conférence, nous avons été confrontés à des problèmes très déplaisants. On peut comparer la situation à l’errance dans une décharge d'ordures. Mais nous espérons que cela a maintenant pris fin et que nous allons pouvoir parler de choses plus agréables.

 

 

 

 

 

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