"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

Les six paramitas - L'ethique

Guendune Rinpoché

Suite de l'enseignement sur les Paramitas donné par Guendune Rimpoché en juillet

85, se basant sur l'ouvrage de Gampopa, le "Joyau Ornement de la Libération".
La deuxième Paramita est ici définie et expliquée : l'éthique ou conduite juste.

Ce n'est pas une vertu qui existe en tant que telle ; en fait,
elle est complètement reliée à la générosité, elle en est le
prolongement. Qu'est-ce que la conduite juste ? C'est
s'abstenir d'intentions et d'actions négatives envers les êtres.
C'est créer une activité vertueuse par tous les moyens. C'est
dédier ses actes, ses pensées, ses actions au bien des êtres.
L'éthique s'exprime à travers la prise de voeux. Les êtres
qui prennent des voeux monastiques à divers degrés créent les
moyens de réaliser l'aspiration au bienfait de tous les êtres.
Ensuite, par le fait de garder et de protéger ces voeux, on réalise
alors le bienfait des êtres car, par la préservation de ces voeux,
on devient un réceptacle à travers lequel les êtres peuvent
accumuler du mérite.
La perfection de la conduite éthique est définie en sept
points qui vont être développés successivement :
- les défauts et les qualités qui naissent de l'absence et de la
pratique d'une conduite juste,
- l'explication de son essence,
- la classification
- les caractéristiques essentielles de chacune de ces classes,
- la façon de l'accroître,
1
Inconvénients dus à l'absence d'éthique

Celui qui pratique la générosité sans avoir d'éthique ne
pourra pas obtenir l'excellence d'un corps supérieur, tel un
corps humain ou un corps divin. "L'entrée au Milieu" dit :
même si un être jouit de toutes sortes de biens et de possessions
liés à la pratique de la générosité, au moment de la mort il chu-
tera dans les mondes inférieurs s'il n'a pas eu de conduite juste,
car sans éthique toute progression spirituelle est entravée et on
ne peut atteindre l'Eveil.
En pratiquant la générosité, qui est une forme de vertu, on
crée quelque chose de positif, mais si l'on n'a pas de conduite
juste on créera des négativités. On doit donc non seulement
pratiquer ce qui est utile, mais aussi abandonner ce qui est
inutile et néfaste, pour parvenir au résultat ultime. Si l'on n'a
pas de conduite éthique, on ne pourra pas réellement
rencontrer le Dharma. De même que si l'on n'a pas d'yeux on
ne pourra pas voir, si l'on n'a pas d'éthique on ne pourra pas
réellement voir le Dharma, en comprendre et en réaliser
l'essence. Si l'on n'a pas d'éthique, on ne peut pas obtenir la
libération des trois sphères du cycle des existences.
Le Bouddha a dit dans un Soûtra : "de la même manière
que si l'on est privé de jambes on ne peut pas se mettre en
chemin, sans éthique on n'obtiendra pas la libération."

Avantages de la conduite juste

Au contraire, celui qui s'appuie sur une conduite éthique
obtiendra tout ce qui est excellent.
Bouddha : "par l'éthique, il n'y aura plus de cause d'expé-
rimentation des états animaux et on jouira au contraire de
toutes les acquisitions positives qui sont celles de la naissance
humaine dépourvue de toutes conditions contraires (c'est-à-
dire les libertés et les conditions spécifiques à une bonne
condition humaine)' '.
Par l'acquisition d'une conduite éthique, on pose les
fondations de tous les bonheurs et de toutes les excellences.
L'éthique est comme la Terre sur laquelle repose tout ce qui se
meut et tout se qui est immobile, et elle est la base d'où s'élè-
vent toutes les qualités. Posséder une conduite juste, c'est être
comme un champ fertile sur lequel tout peut pousser, support
de l'accroissement et du développement de la moisson de toutes
les qualités.
"L'entrée au Milieu" dit : "celui qui cultive son champ de
conduite juste verra le mûrissement de cette activité dans le
développement d'une expérience de jouissance et de bonheur."
La conduite éthique ouvre la porte à de nombreux types
d'absorptions méditatives, à toutes sortes de samadhis.
Bouddha : "l'obtention rapide d'un état d'absorption libre de
toute forme de perturbation mentale est le résultat positif de
l'éthique."
Par l'acquisition d'une conduite juste, tous les souhaits
s'accomplissent. Sûtra de la rencontre du père et du fils :
"par la protection d'une conduite éthique parfaitement pure,
s'accomplissent rapidement tous les souhaits."
Par le fait de garder une conduite pure, l'obtention de
l'Eveil devient aisée. Celui qui possède la conduite juste
rencontre les Bouddhas lorsqu'ils se manifestent ; il est comme
un ornement sublime pour tous les êtres du monde condition-
né ; il demeure dans toutes les formes de réjouissances et est
loué dans tous les mondes.'

II
L'essence de la conduite juste

Cette essence se définit par l'obtention de quatre qualités :
- le fait d'accepter de façon parfaitement pure les autres;
le fait d'avoir une existence basée sur une conduite pure, l'ob-
servance de voeux.
- le fait d'avoir un état d'esprit parfaitement pur.
- la qualité, lorsque l'on a endommagé son éthique, qui
consiste à s'en corriger, à réparer les erreurs.
- le fait, afin de ne pas endommager sa conduite éthique,
de développer respect, dévotion et conscience du comporte-
ment.
En résumé, l'essence de ces quatre qualités peut se définir
comme suit : elle reflète deux aspects, le premier consistant à
prendre des voeux, le second à protéger ces voeux.

III
La classification de l'éthique

(1) L'éthique des voeux, consistant à abandonner les
actions non-vertueuses ; ainsi, on établit solidement son esprit
en l'état de pacification et on n'est plus emporté par ses
émotions.
(2) L'éthique qui rassemble tous les dharmas vertueux,
comme le fait de s'engager en corps, parole et esprit à
l'accomplissement d'actes vertueux ; ainsi on fait mûrir le
courant de son être dans le sens de la pratique et de la
réalisation du Dharma.
(3) L'éthique qui manifeste et qui accomplit le bienfait des
êtres ; on obtient ainsi la capacité de faire mûrir les êtres, c'est-
à-dire de les amener à une maturité spirituelle. Celui qui
respecte les trois Joyaux, celui-là crée des causes de respect
pour lui-même qui sont causes de bonheur.
Par l'accomplissement de ces vertus, en se purifiant du
karma négatif passé, on va devenir une source d'inspiration.
En prenant des voeux, on devient un réceptacle pour les êtres :
c'est le sens véritable des voeux monastiques et de la fonction
de la Sangha.

IV
Les caractéristiques essentielles de chaque classe

1 - L 'ETHIQUE DES VOEUX
A - ASPECT ORDINAIRE

II s'agit de la prise d'un des sept types de voeux de
libération individuelle.
"Le pratiquant qui prend les voeux de bodhisattva devra
fonder son comportement sur les voeux de l'éthique juste, par
la prise parfaitement pure de voeux de libération individuelle."
La prise des voeux de libération individuelle peut se
prendre à différents degrés, à différents niveaux selon ses
aspirations. Sept voeux :

(1) voeux de guélong (moine pleinement ordonné)
(2) voeux de guélongma (moniale pleinement ordonnée)
(3) voeux de guélogma (aspect intermédiaire pour les
femmes)
(4) voeux de guètsul (novice)
(5) voeux de guètsulma (novice)
(6) voeux de guénièn (voeux de conduite éthique pour un
laÔc)
(7) voeux de guéniènma (voeux de conduite éthique pour
une laÔque).

Celui qui, bien qu'ayant pris ces voeux, continue à nuire
aux êtres, développe une attitude contraire à ses engagements.
A l'inverse, s'il accomplit le bienfait d'autrui, il va dans le sens
harmonieux des voeux. "Le bodhisattva est celui qui s'applique
uniquement à ce qui est utile aux êtres."
La première étape des voeux consiste à abandonner les états
d'esprit négatifs envers les autres et, ensuite, à développer des
états d'esprit positifs. Tant que l'on a des intentions négatives,
il est impossible de créer quoi que ce soit de positif en relation
avec les autres, parce qu'à travers ce que l'on fait on cherche
toujours un résultat et un bienfait personnels.

On ne prend pas et on ne garde pas des voeux de conduite
éthique comme on observerait une loi du monde parce qu'un roi
ou un gouvernement en aurait décidé ainsi. On ne prend pas et
on ne garde pas ces voeux pour acquérir une renaissance supé-
rieure dans le samsara. On n'observe pas ces voeux par peur de
renaître dans les mondes inférieurs (animaux, esprits avides,
enfers), ni même par peur de la mort ou par aucune autre sorte
de peur liée au monde, à l'expérience ordinaire.
Au contraire, on prend les voeux de conduite éthique pour
réaliser son esprit comme étant l'esprit des Bouddhas, pour
développer la même conscience des êtres que les Bouddhas.

B - ASPECT NON-ORDINAIRE

Shantidéva : "il y a dix-huit différents types d'actes qui
font chuter d'une conduite juste : cinq sont essentiels comme
un roi, cinq le sont comme un ministre et huit comme un
débutant."

Parmi les transgressions les plus importantes, qui
détruisent les voeux d'éthique ou l'observation informelle
d'une conduite juste, il y a le fait de voler les biens des trois
Joyaux et le fait d'abandonner le Dharma. Le Bouddha dit :
"même si un moine a chuté en transgressant ses voeux, il serait
impropre de lui retirer ses robes de moine, il serait impropre de
le frapper et de le mettre en prison, ou de le faire déchoir de sa
condition, ou d'appliquer envers lui l'un des cinq actes incom-
mensurables."
Les voeux-racine sont transgressés quand on s'accroche à
des vues erronées et à des théories contraires au Dharma,
quand on terrorise des villes, des populations, quand on met en
oeuvre les cinq actes incommensurables (tuer son père, sa mère,
un Arhat, diviser la Sangha, faire couler le sang d'un
bodhisattva). On brise ses voeux si l'on enseigne la vacuité à des
êtres qui ne sont pas suffisamment préparés ou purifiés et qui
ne peuvent donc pas encore recevoir ces enseignements ;
également si on leur enseigne que leur chemin va les détourner
de l'Eveil ou qu'il ne sert à rien de le pratiquer, et qu'ils doivent
au contraire s'en remettre simplement à la compréhension de la
vacuité du Mahayana. Si l'on agit ainsi, on agit en fait de façon
contraire aux voeux mêmes du Mahayana et à la pratique du
bodhisattva, parce que l'on va inciter ces êtres à aller contre
leurs engagements, à aller contre le véhicule de leur développe-
ment spirituel. On évitera donc d'inciter à changer d'attitude
ceux qui suivent le chemin de l'éthique.

Les autres formes de transgression consistent à vanter ses
propres qualités dans le but d'obtenir des biens, des richesses,
dès honneurs ; à dénigrer les autres par des paroles négatives,
ou à parler avec beaucoup d'emphase de ses réalisations en
disant : "oh, combien grande est ma patience, ma tolérance,
etc.", à avoir toutes sortes de paroles contraireset fausses. Il
est également impropre d'inciter quelqu'un à ch‚tier un moine

11
novice qui a enfreint sa discipline. Il est impropre d'accepter
des offrandes ou de donner à quelqu'un d'autre des offrandes
qui ont été faites aux trois Joyaux. Il est impropre de faire
perdre à quelqu'un sa méditation, de troubler sa stabilité
mentale ou de déranger sa retraite.
Serlingpa explique la conduite du bodhisattva.
Il montre qu'il y a quatre formes de transgressions très
importantes des voeux de bodhisattva. Il y a également
quarante-six autres formes de négativités.
- Les quatre formes de transgressions
(1) Par attachement à des possessions ou à un état de
bonheur, se louer soi-même et dénigrer les autres.
(2) Par avarice, par petitesse, par attachement aux choses
matérielles, refuser de donner des biens matériels à ceux qui en
sont dépourvus, qui souffrent ou qui sont sans protection.
(3) Refuser d'écouter quelqu'un qui s'excuse et qui
reconnaît ses fautes envers nous, et, emporté par la colère, lui
rendre le bl‚me et la critique.
(4) Prendre l'apparence d'un pratiquant du Dharma tout
en ayant abandonné l'attitude Mahayaniste.

- Les deux premières formes de négativités parmi les
quarante-six autres
(1) Ne plus considérer les trois Joyaux comme dignes
d'offrandes et ne plus développer une pratique en relation avec
les trois Joyaux.
(2) Suivre tous ses désirs, toutes les perturbations qui
apparaissent dans son esprit.

2 - L'APPLICATION A LA VERTU

Celui qui a pris les voeux de bodhisattva doit mettre en
oeuvre l'éthique par le corps et la parole, de toutes les façons
qui conviennent à l'accomplissement de l'Eveil. C'est la
définition même de l'éthique qui rassemble tous les Dharmas.
Quelle est, en détails, cette conduite ?
Le bodhisattva qui s'appuie sur l'éthique doit ensuite
s'appliquer avec zèle à l'écoute et à la méditation sur les ensei-
gnements. Il doit trouver sa joie uniquement dans le fait de
pratiquer et approfondir sa connaissance du Dharma.
Il doit s'appliquer à honorer et servir le lama, et à lui faire
des offrandes.
Il doit se préoccuper de ceux qui sont sans protection, de
ceux qui sont malades, en les servant et en s'occupant d'eux.
Il doit pratiquer de façon excellente la générosité envers les
êtres.
Il doit se faire l'écho de toutes les qualités des êtres et
vanter leurs bienfaits. Il doit se réjouir complètement de toutes
les formes de mérites et d'actes positifs créées par les autres.
Il doit pratiquer la tolérance et la patience envers les êtres
qui essaient de lui nuire.
Lorsqu'il s'applique à la vertu, il la dédie aux bienfaits de
tous les êtres et fait pour eux des souhaits de réalisation.
Il doit encore s'exercer avec beaucoup de zèle à la pratique
d'offrande et de célébration envers les trois Joyaux.
Il doit pratiquer la tempérance par le corps, la parole et
l'esprit. Il doit s'exercer à la vigilance et à la conscience atten-
tive et, de cette manière, protéger les voeux de bodhisattva en
gardant ses organes sensoriels par l'attention et la vigilance.
Entre autres, il doit faire preuve de mesure lorsqu'il mange et
ne doit pas être glouton.
Le bodhisattva est celui qui ne dort pas pendant la
première et la dernière veille de la nuit. A ces moments-là, il
s'exerce par le corps, la parole et l'esprit aux différents yogas et
aux différentes pratiques spirituelles.
Il est celui qui s'en remet à des êtres saints ou à des amis
spirituels.
Il est celui qui observe et analyse sa confusion et ses
errances mentales î son attachement î et qui s'en débarrasse.
II est celui qui, de cette manière, accomplit toutes les
formes de pratique en relation avec le Dharma et les maintient,
les faisant s'accroître sans cesse jusqu'à l'Eveil.
L'essence du bodhisattva qui entretient une conduite juste
est de développer une conscience ou vigilance de son corps, de
sa parole et de son esprit, afin qu'à travers la conscience de ses
trois portes il ne crée pas de négativités pour les êtres, mais
qu'au contraire il développe toutes les formes possibles d'actes
bénéfiques.

3 - L'ETHIQUE QUI MANIFESTE LE BIENFAIT DES  TRES

Treize aspects de l'éthique

Le bien des êtres s'accomplit en développant une attitude
correcte, définie sous treize aspects, et en évitant les attitudes
incorrectes du corps, de la parole et de l'esprit.
(1) S'associer à des personnes ayant des activités utiles
qui soient en relation avec le bienfait des êtres.
(2) S'appliquer à une forme d'activité qui soit un moyen
de soulager la souffrance de ceux qui sont dans cette condition.
(3) Montrer par ses capacités le chemin et les méthodes de
libération à ceux qui veulent les suivre.
(4) A partir de ce que l'on fait ou ressent, accomplir
toujours quelque chose d'utile (par exemple, si l'on rencontre
des situations contraires, les transformer en conditions utiles
pour autrui et pour soi-même).
(5) Protéger ceux qui vivent dans la peur, ceux qui sont
menacés, qu'il s'agisse d'une peur physique ou d'une peur
mentale.

(6) Dissiper toute forme et toute expérience de douleur ou
de souffrance.
(7) Donner des moyens d'existence ou des biens matériels
à ceux qui en sont dépourvus.
(8) Rassembler les êtres et leur expliquer le Dharma ;
faire tourner la roue du Dharma de façon excellente et
bénéfique pour les êtres.
(9) Etablir son esprit et celui des êtres dans le chemin de
l'esprit d'Eveil.
(10) S'établir soi-même dans la joie qui manifeste toutes
les qualités parfaitement pures.
(11) Détruire complètement toutes les sortes d'intentions
contraires et négatives qui vont à l'encontre de l'enseignement.
(12) Se méfier de toutes les formes d'expression de
pouvoirs et de miracles pour soi-même. On ne doit pas se
tromper sur les manifestations qui ne sont pas un réel indice
d'obtention spirituelle.
(13) Toujours développer son aspiration pour l'obtention
de l'Eveil, le bien et les activités bénéfiques.

Attitudes au niveau du corps, de la parole et de l'esprit

Quelles que soient les circonstances, le bodhisattva ne doit
pas laisser décroître sa motivation, sa joie intérieure et son élan
enthousiaste vers l'accomplissement du bienfait des êtres. Il
doit être vigilant par rapport à son corps, sa parole et son esprit,
afin de pouvoir rejeter du courant de son être toutes les inten-
tions ou les conceptualisations impures qui peuvent apparaître,
et de s'appuyer fermement sur des intentions pures, de telle
sorte qu'il puisse demeurer un objet de confiance de la part
d'autrui."

A - ATTITUDES DU CORPS

Se mettre à sauter, à courir, avoir sans raison une
expression corporelle agitée, créant une source de trouble et de
perturbation pour les autres, est une attitude incorrecte. Il
faut, au contraire, être pondéré et calme, avoir une attitude
souriante, douce et réconfortante pour les autres.
"En toutes circonstances, on devra rester maître de soi et
exprimer une attitude souriante et avenante. On devra
abandonner toutes formes de courroux qui défigurent l'aspect
physique, et établir au contraire une attitude amicale et ouverte
envers tous les êtres."
C'est en s'appuyant sur les rapports avec les autres que l'on
développe les moyens de l'Eveil. On doit sans cesse être
conscient de cela dans la relation à autrui, ce qui est comme un
rappel pour l'obtention de l'Eveil. Avec cette conscience, on
aborde les autres dans un état d'esprit franc et empli d'amour.
Lorsque l'on est assis, on doit avoir les jambes croisées
(sans les étendre). On n'entrecroise pas les mains ni les bras.
On demeure dans la posture de méditation de façon
extrêmement détendue.
Lorsque l'on mange, on doit éviter de se remplir
complètement la bouche, de faire des bruits en m‚chant ou
d'avoir la bouche béante î toutes sortes d'attitudes impropres.
Cela signifie que l'on doit avoir une attitude correcte, car
celle-ci n'est pas seulement liée au fait que "l'on mange", mais
elle est un reflet de la pratique, un reflet de la voie spirituelle
que l'on suit et développe. Pour les autres c'est important, car
cela leur permet d'une certaine façon de juger la valeur de
l'enseignement. L'attitude que l'on développe à ce moment-là
peut donner confiance ou au contraire interdire toute forme de
confiance en l'enseignement. Si l'on a une attitude positive,
cela pourra amener les êtres vers le Dharma et être pour eux un
facteur d'accumulation positive.
De la même manière, dans l'action, le mouvement, on ne
doit pas avoir une attitude agitée, mais au contraire rester calme.
Dans toute forme d'activité, on appliquera un type de
contrÙle de soi-même.
Au moment de dormir, l'attitude juste est de prendre la
même posture que le Bouddha Sakyamouni à sa mort (posture
du lion) : couché sur le flanc droit, la main gauche sur le flanc
gauche, la main droite sous la joue droite, le pouce pressé en-
dessous de l'oreille et l'auriculaire bouchant la narine droite.
On s'endort ainsi.

B - DEUX ATTITUDES INCORRECTES DE LA PAROLE

(1) Parler beaucoup.
(2) Parler sous l'emprise de l'attachement ou de l'aversion.
Toutes les négativités qui naissent du fait de parler trop ou
à tort et à travers sont expliquées dans un texte du Bouddha :
"Les fous, les gens puérils qui parlent trop endommagent
complètement leur pratique du Dharma, qui se détruit chaque
jour davantage. Le résultat est que leur esprit devient de
moins en moins souple et de plus en plus rigide et grossier. Par
cette attitude, ils s'éloignent des qualités de la méditation,
comme la stabilité mentale ou la vision supérieure."
Telles sont les principales négativités associées aux bavards.
En traitant le lama de manière irrespectueuse, on habitue
son esprit à des conversations impures et on commence à y
prendre plaisir ; parce que l'on demeure dans cette attitude
frivole, on perd toutes les qualités de conscience transcendante
et de compréhension supérieure.

En ce qui concerne les négativités naissant des paroles
incisives et agressives adressées aux autres, même si quelqu'un
nous trouble on ne doit pas considérer son attitude comme
négative en soi, car si l'on réagit par une autre attitude
négative, un type de fruit semblable à celui qui a été créé sera
expérimenté. On doit considérer que celui qui parle ou agit ainsi
est tout simplement sous l'influence de l'ignorance, et dévelop-
per soi-même une attitude consciente sans répondre à l'igno-
rance par la stupidité.

Dans un Sûtra où le Bouddha exprime comment tous les
phénomènes sont dépouvus d'origine, il est dit : "le
bodhisattva à qui l'on cause du tort ne devra pas répondre par
une attitude négative, car ceci l'éloignerait complètement de
l'Eveil. Tant qu'un bodhisattva transgresse l'esprit d'Eveil, il
s'éloigne de l'Illumination."

Même si les autres ont envers nous une attitude impropre
et agressive, cette attitude ne doit pas être la cause d'une
manifestation négative de notre part.

Si l'on doit s'exprimer, on le fait de façon attrayante et
agréable pour les autres et de manière cohérente, c'est-à-dire en
relation avec la situation. On exprime le sens de Jaçon très
claire, significative, dans une attitude libre de toute forme
d'attachement ou d'aversion. On parle de façon douce et
modérée.

C - DEUX ATTITUDES INCORRECTES DE L'ESPRIT

(1) L'attitude basée sur l'attachement et le désir d'acquérir
des biens, de la renommée, du pouvoir.
(2) L'attitude basée sur l'attachement au sommeil ou à
l'indolence et la paresse.
- Les négativités s'élevant de l'attachement aux honneurs
et aux biens
Dans un Sûtra de l'exhortation à la pensée supérieure de
l'Eveil, le Bouddha explique cela en s'adressant à Maitreya :
"Maitreya, le bodhisattva doit examiner son esprit et réaliser
ce qui se passe lorsque s'élève l'attirance pour les biens matériels
ou la renommée... En examinant son esprit, il prendra cons-
cience que, de l'attachement aux biens et aux honneurs,
s'élèvent la haine, la limitation mentale, la tromperie î et
toutes autres formes d'émotions négatives î et il s'apercevra
qu'il est désapprouvé par tous les Bouddhas."
Toutes les vertus sont détruites par cette saisie. S'attachant
aux biens et aux honneurs, le bodhisattva se trompe lui-même ;
ces richesses et cette célébrité sont comme une courtisane perfi-
de. Même s'il parvient à ses fins, possédant des richesses et
étant honoré, il ne se sentira pas satisfait pour autant. "Tout
comme l'eau qui apparaît en mirage ne saurait étancher la soif,
les qualités et obtentions issues du désir ne sauraient apporter
satisfaction."
En réfléchissant à ceci, on réduira ses désirs et on
développera un état de contentement, de modération et de satis-
faction.
- Les négativités provenant du fait de se complaire dans
l'oisiveté ou le sommeil
"Celui qui se complaît dans le sommeil, l'indolence,
l'oisiveté verra sa capacité de conscience éveillée se réduire et
devenir extrêmement faible ; à cause de cela son intellect
s'amenuisera de plus en plus. Même les qualités primordiales
de sagesse de l'esprit s'épuiseront petit à petit."
"Celui qui se réjouit dans le sommeil ou la somnolence
sombre dans la paresse, l'ignorance et l'indifférence ; à cause
de cela, toutes ses capacités de connaissance discriminante
supérieure sont endommagées. En dépendance de cette faibles-
se de l'esprit, il devient la proie de toutes les forces négatives et,
en particulier, des forces non-humaines et invisibles. Etant
devenu un terrain se prêtant à l'attaque des forces négatives, sa
vie est sans arrêt tourmentée et il rencontre des obstacles et des
difficultés."

Pour cette raison, on abandonnera les attitudes impropres de
l'esprit et on développera les attitudes correctes, basées sur la
foi, l'aspiration et la confiance, telles qu'elles ont déjà été
exposées auparavant.


v
La façon d'accroître la conduite juste

Par la sagesse primordiale.
Par la conscience discriminante.
Par la dédicace.


VI
La façon de purifier l'éthique

Par la vacuité.
Par la compassion.
C'est par la compréhension de ces deux aspects que la
conduite éthique est rendue parfaitement pure.

17

VII
Le fruit de la conduite juste

1 - DU POINT DE VUE ULTIME

Par la pratique de l'éthique, on obtient l'insurpassable
Eveil. Dans les "Terres de bodhisattva", il est dit : "Le
bodhisattva qui s'exerce et qui atteint la perfection de vertu
transcendante de la cçnduite juste, obtient manifestement et
complètement l'Eveil insurpassable. Il devient véritablement
un Bouddha."

2 - DU POINT DE VUE RELATIF

Le mûrissement de la conduite juste est l'obtention de
toutes les conditions excellentes dans le monde î bonheur,
bien-être, jouissances et situations favorables î sans que l'on
ait besoin de les rechercher.

Le Bouddha s'adresse à Saripoutra, lui disant : "Saripa, si
un bodhisattva observe une éthique parfaitement pure, de ce
fait il n'est aucune des qualités ni aucune des excellences des
dieux ou des hommes qui ne devienne sienne. Bien qu'il jouisse
de toutes les facilités dans le monde, le bodhisattva ne sera pas
dominé par elles, il aspirera au chemin de l'Eveil et s'y
acheminera sans cesse."

Celui qui possède une éthique parfaitement pure sera
honoré et vénéré par les êtres humains et non-humains.

"Le bodhisattva qui possède parfaitement le corps de
l'éthique sera sans cesse honoré par les dieux, il sera adulé par
tous les mages, loué par tous les gardiens des trésors et sera
l'objet des offrandes et de la vénération des mangeurs d'odeurs
(esprits).

"Dans le monde humain, il sera sans cesse loué et demandé
par des brahmines, par des êtres de condition supérieure, par les
maîtres de maison.

"Il sera également toujours en accord avec tous les
Bouddhas et sans cesse honoré par tous les êtres divins et
mondains."

(A suivre : la Patience)

Dhagpo Kagyu Ling - Landrevie - 24290 Saint-Léon sur Vézère - tél : 05 53 50 70 75 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.