"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

Les cinq vues erronées - Partie 2

Guendune Rinpoché

Fin de l'enseignement de Guendune Rinpoché basé sur l'"0céan du Sens Ultime",
ouvrage composé par le IXe Karmapa, et dont la première partie est parue dans le
Tendrel n∞16. Y sont détaillées les cinq fausses conceptions qui, lorsqu 'elles sont pré-
sentes en l'esprit du méditant, entravent celui-ci dans sa réalisation du Mahamoudra.


Nous en venons maintenant à la quatrième vue erronée qui
doit être dissipée. Elle concerne cette fois-ci notre état
naturel.

Selon les enseignements, qu'ils proviennent des Soûtras ou
des Tantras, l'état naturel de tous les êtres est identique à celui
des dieux et des déesses, des divinités, dans la mesure où, dans
leur pureté essentielle, tous nos skandas et tous nos processus
de perception correspondent depuis toujours aux aspects
masculins et féminins des Bouddhas. A cause de l'ignorance,
nous avons développé l'idée d'aspirer à un type particulier de
bouddhéité en dehors de notre propre esprit, du fait que nous
n'avons pas réalisé que l'état de Bouddha était déjà là, présent
en notre esprit. Nous pensons ainsi qu'il est impossible de
trouver l'état parfaitement pur de la bouddhéité à l'intérieur
des êtres, que l'on considère comme impurs. Pourtant, si on se
réfère à ce qui est dit dans les écritures associées au chemin
tantrique, la bouddhéité n'est pas quelque chose qu'il faut
considérer comme étranger ou extérieur à soi, que l'on doit
accomplir ou atteindre en suivant un processus de purification.
Au contraire, la bouddhéité est simplement l'essence de l'état
naturel de notre propre esprit. Si on ne réalise pas cela, il est
impossible d'y parvenir. Celui qui pense que la bouddhéité est
extérieure à lui a une fausse idée des enseignements du
Bouddha. Cet enseignement lié au Vajrayana révèle que nous
sommes déjà éveillés et que l'Eveil ne saurait être trouvé en
dehors de nous. On le dit semblable à un nectar authentique
capable d'apporter la joie et de libérer l'être de la souffrance. II
est également décrit comme un joyau accomplissant tous les
désirs. Certains entendent de tels énoncés si profonds qu'ils en
sont effrayés et développent à leur égard une attitude
quasiment opposée : ils pensent que ce nectar est semblable à
un poison ou à un abÓme vertigineux.

Cette attitude que nous avons vis-à-vis de notre propre
nature déjà éveillée peut être comparée à celle d'un homme
pauvre qui possède, dans son terrain, une mine d'or.
Comme il ne sait pas que ce trésor est à lui et lui appartient
déjà, il passe son temps à chercher ailleurs. On doit avoir la
profonde conviction que toutes ces qualités des Bouddhas ó
les qualités du Dharmakaya associées à la libération et celles
des Kayas formels (Samboghakaya et Nirmanakaya) associées
au mûrissement ó demeurent en notre propre corps et sont la
spontanéité de notre propre esprit. Dans cette certitude, on
découvre le secret authentique et on n'essaie plus désormais de
chercher la bouddhéité en dehors de son propre esprit. Il est
dit : "En dehors de notre propre esprit, qui est comme un
précieux joyau, il n'y a ni Bouddhas ni êtres vivants." Une
citation de Sambuti : "Le Bouddha demeure en notre propre
corps et il n'existe aucun Bouddha qui puisse résider ailleurs
qu'en nous-même. Si nous sommes dans un état d'ignorance
confuse, ne reconnaissant pas cela, nous souhaiterons alors,
du fait de cette confusion, trouver l'Eveil en dehors de notre
propre corps."
Notre esprit même est parfaitement éveillé et, quel que soit
le temps passé à chercher dans tout l'univers, on ne trouvera
l'Eveil nulle part ailleurs. Une citation d'un texte nommé "La
Flèche de (la) Sagesse" : "Si on réalise son propre esprit
comme étant Bouddha, alors on ne va pas chercher la
bouddhéité en dehors de soi. Ayant pleinement intégré le sens
de ce qui précède, on doit méditer dans cette conscience. C'est
la réalisation ou la non-réalisation de cela qui crée la
distinction entre les Bouddhas et les êtres ordinaires. En fait, il
n'y a aucune différence réelle de qualité entre les Bouddhas et
les êtres sensibles."
Si nous réalisons maintenant la vraie nature de notre
esprit, nous sommes maintenant des Bouddhas. Si nous
réalisons la vraie nature de notre esprit dans le futur, alors il
nous faudra attendre pour devenir des Bouddhas. La seule
différence entre un Bouddha et un être ordinaire est le fait
d'avoir ou de ne pas avoir réalisé la nature de son propre esprit.
Les gens sont portés à se demander : "Qu'est-ce exactement
qu'un Bouddha et qu'est-ce au juste qu'un être sensible ?" Il
nous faut comprendre qu'en réalité il n'existe aucune
différence, si petite soit-elle, entre eux. La seule distinction
possible tient à ce que l'un réalise sa vraie nature comme étant
Bouddha alors que l'autre ó l'être ordinaire ó ne réalise pas
ce qu'il est réellement. Le chemin du Mahamoudra est la voie
directe vers l'Eveil : c'est à travers les enseignements et la
pratique du Mahamoudra que l'on peut reconnaÓtre sa vraie
nature telle qu'elle esl. Bn un instant de réalisation, on perçoit
base, chemin et fruit comme totalement indifférenciés.
Lorsque l'on reconnaÓt que tous les phénomènes manifestés ne
sont lien d'autre que l'esprit lui-même, réalisant au même
instant l'essence de l'esprit et la vraie nature des phénomènes,
ceci correspond à ce que l'on appelle : "connaissant l'un, on
connaÓt tout"

Tel est donc le point essentiel qu'il faut comprendre et
réaliser ; il n'y a pas à chercher d'autre moyen en dehors de


La cinquième vue erronée est en rapport avec la sagesse
intellectuelle.

Si on aspire à la réalisation de la réalité ultime, de l'état
ultime de notre propre esprit ó la sagesse auto-connaissante
qui perçoit toutes choses en leur individualité ó, il faut alors
pratiquer, ayant réuni les conditions indispensables : la
puissance de notre propre méditation, la bénédiction du lama,
la persévérance et l'énergie nécessaires pour mettre les
instructions de celui-ci en pratique, la foi et la confiance, ainsi
qu'un bon karma, résultat du rassemblement préalable des
accumulations.

Si on pense cependant pouvoir atteindre ce type de réalisa-
tion en s'appuyant sur un excès d'étude, de réflexion, d'analyse
et de critique, en utilisant un intellect puissant et aiguisé et en
s'engageant dans des discussions passionnées et des débats, il
faut alors reconnaÓtre que c'est là une vue erronée : on ne
pourra jamais atteindre la réalisation du Mahamoudra par ce
type d'approche. Une citation d'un Soûtra appelé "Etablir le
tronc de l'arbre des Enseignements" : "Les enseignements
parfaits du Bouddha ne peuvent être réalisés par l'écoute et
l'étude" ; cela signifie que, bien que l'on doive beaucoup
étudier et connaÓtre de nombreux enseignements dans tous
leurs détails, si on ne met pas ces enseignements en pratique, on
terminera cette vie avec un cadavre ordinaire et rien de plus.
Même si on accumule un grand nombre de connaissances
théoriques, sans la mise en pratique on ne peut progresser vers
l'Eveil.

Par analogie, un rocher gisant au fond de l'océan depuis
des centaines de milliers d'années, devient, du fait de sa nature
imperméable, sec dès l'instant où il est sorti de l'eau et mis sur
le rivage. Tous les enseignements que nous entendons et
étudions sont ce que nous avons à mettre en pratique ; ils ont
pour but de trancher la racine de la saisie égocentrique, de sorte
que la sagesse-du-non-ego puisse se manifester en nous. Cette
sagesse n'est pas quelque chose qui peut être atteint en en
parlant, mais uniquement à travers la pratique.
Par exemple, si une personne assoiffée se trouve dans une
vallée irriguée mais ne-fait pourtant aucun effort pour se désal-
térer et demeure complètement passive, elle mourra de soif au
bord de la rivière. De la même manière, si nous ne faisons pas
l'effort de mettre le Dharma en pratique, nous mourrons alors
sans le Dharma. Si nous sommes au milieu d'un marché, en
présence d'une grande variété de denrées et d'objets de valeur,
aucune de ces choses ne pourra nous être acquise simplement
en la regardant, sans faire d'effort pour l'obtenir. De même, si
on ne pratique pas le Dharma, celui-ci demeure juste une chose
agréable à regarder. Ce qu'il nous faut obtenir, c'est le
contrÙle, la maÓtrise de notre propre esprit ; et ceci découle de
la mise en pratique du Dharma. La nécessité de ce contrÙle
intervient au moment de la mort, lorsque s'abolit la séparation
entre Dharmakaya extérieur et intérieur : pour réaliser le
Dharmakaya à ce point, on doit avoir déjà cultivé cette
réalisation durant sa vie et si on a pratiqué le Dharma, on sera
alors à même d'obtenir cette réatisation.

L'espace à l'intérieur d'une coupe et l'espace à l'extérieur
sont absolument identiques ; il n'y a aucune différence entre
eux : ils partagent les mêmes qualités et la même perfection. De
la même façon, entre le Dharmakaya en nous ó notre vraie
nature propre ó et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout, il n'existe
pas de différence réelle ni de séparation quant à leur nature
ultime. Cependant, comme la coupe sépare l'espace extérieur
de l'espace intérieur, notre saisie de l'idée que nous avons une
l'orme et un corps vraiment existants fait la séparation entre
notre Dharmakaya interne et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout.
Mais cette saisie de la réalité de notre corps sera suspendue un
court instant au moment de la mort et, si nous sommes suffi-
samment conscient pour appréhender cet instant de façon
claire, nous pourrons réaliser et fondre complètement le
Dharmakaya intérieur et le Dharmakaya-qui-pénètre-tout,
juste comme si la coupe était brisée : l'espace intérieur et
l'espace extérieur fusionneront sans obstacle. Le processus de
fusion n'est pas quelque chose que nous devons essayer
d'accomplir, il survient naturellement. Au moment de la mort,
quand notre saisie est éblouie pour un instant, spontanément et
sans effort notre propre réalisation du Dharmakaya et le
Dharmakaya-qui-pénètre-tout deviennent un.

Voici une citation de Shang Rinpoché : "L'élévation de la
sagesse primordiale de la réalisation ne se produira pas si on
désire qu'elle s'élève. Elle n'adviendra pas pour celui qui est
habile en analyse, ni pour ceux qui sont doués dans les études
ou experts en débats. Elle ne sera pas expérimentée par ceux
qui aspirent à elle très fortement ou qui n'y font pas attention,
par ceux qui sont très habiles dans l'examen et ceux qui y sont
peu doués, ni par ceux qui ont beaucoup étudié et ceux qui n'ont
que peu étudié. L'épanouissement de cette sagesse ne sera pas
réalisé par les individus extrêmement intelligents ni par ceux
qui sont stupides ; il ne sera pas non plus réalisé par ceux qui
ont une bonne pratique ou dont la pratique est médiocre, ni par
ceux qui cherchent cette sagesse avec ardeur ou sans enthou-
siasme. On doit comprendre que l'épanouissement de cette
sagesse sera le fruit des bénédictions communiquées par le
lama à travers ses enseignements et du pouvoir de notre propre
mérite accumulé par le corps, la parole et l'esprit. En ce qui
concerne le lama, il doit s'agir de quelqu'un qui possède lui-
même la réalisation ; quant à notre propre accumulation de
mérite, cela signifie qu'ayant déjà pratiqué la méditation en
des vies précédentes et commencé à épuiser notre karma par la
purification des impuretés, quelles que soient les expériences,
réalisations et qualités alors développées, ces mêmes qualités
s'élèveront assez naturellement dans la vie présente. De là, on
continue de progresser en s'établissant fermement sur le
chemin de la bénédiction, ce qui signifie que l'on doit pratiquer
avec assiduité et énergie le Gourou-yoga qui développe
confiance et foi en le lama, afin de faire mûrir en nous le
courant de ses bénédictions. Celui qui, ayant développé grande
foi et respect profond, pratique avec effort et zèle, obtiendra la
réalisation qui sera dès lors sa sphère d'activité. Le beau
parleur habile en rhétorique ne pourra pas atteindre cette
réalisation à travers son esprit intellectuel. La réalisation non-
duelle s'élèvera pour celui possédant une grande intelligence et
un bon karma. Gr‚ce aux bénédictions du lama authentique,
du cúur même de la réalisation se révélera le Dharmakaya et
du cúur de l'essence de notre esprit transparaÓtra la non-
dualité. Du cúur des émotions perturbatrices jaillira la sagesse
et du cúur de la pratique s'élèveront les expériences et la réali-
sation."

Des citations telles que celles des Soûtras et des Tantras et
la parole des détenteurs de la lignée Kagyupa sont en harmonie
avec les citations qui ont déjà été expliquées.

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