"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

La loi du Karma

Guendune Rinpoché

Il est souvent fait référence au karma, mais que sait-on exactement de cette loi essentielle à la vie spirituelle ? Notre compréhension en est-elle suffisamment profonde pour transformer notre existence entière ? Les conseils pour la vie quotidienne, les techniques pour apprendre la véritable dimension de cette loi universelle et les pièges à éviter,dans la méditation, tout ceci est développé dans cet enseignement que Guendune Rinpoché donna à Dhagpo Kagyu Ling du 8 au 12 mai 1991.

L'ESPRIT D'EVEIL

Lorsqu'on s'engage dans la pratique des enseignements du Bouddha, il est nécessaire de développer une motivation correcte et de pratiquer pour le bienfait des êtres des six royaumes, en ayant conscience qu'à un moment ou à un autre tous ces êtres ont été nos parents. Afin de développer cette attitude parfaitement pure, on commence par cultiver l'aspiration à l'Eveil, que l'on met ensuite en pratique dans tous les actes de la vie quotidienne.

L'aspiration à l'Eveil est l'engagement associé au résultat. On met ensuite cette aspiration en pratique et tout ce que l'on fait devient l'engagement envers la cause qui produira le résultat que nous voulons atteindre.

Quand on forme le souhait d'atteindre l'illumination pour le bienfait d'autrui, la motivation doit être pure et excellente : nous devons avoir l'intention de pratiquer les enseignements du Bouddha non pour nous-mêmes, mais de façon à développer les moyens qui nous rendront capables de libérer tous les êtres vivants de l'océan de souffrance qu'est le cycle des existences, et dans lequel ils sont plongés.
On développe cette ferme intention de libérer tousles êtres sans exception et de les établir en l'état de bouddha, et l'on s'engage à déployer tout moyen d'y parvenir. Telle est l'intention de base que l'on met ensuite en pratique.

Afin de développer une aspiration correcte, nous avons besoin d'une méthode qui nous permette de générer l'attitude juste dans notre esprit. Pour cela, il faut tout d'abord être conscient que l'espace est sans limite et qu'il couvre toute l'étendue de l'univers. Partout où se trouve l'espace, existent des êtres sensibles de différentes sortes. Tous ces êtres sont totalement imprégnés des différentes émotions perturbatrices et soumis aux conséquences de leurs actions passées. De ce fait, leur expérience de vie est caractérisée par des souffrances variées, sans nombre et sans limite dans le temps. C'est pourquoi on parle d'un océan de souffrance dans lequel sont immergés tous les êtres.

Ces êtres ont tous été nos parents au cours d'incarnations précédentes, c'est pourquoi ils sont très proches de nous. Et ceci n'est pas arrivé seulement une fois, mais un nombre incalculable de fois. Lorsqu'ils étaient nos parents, ils nous ont témoigné la même attention et la même affection que nos parents actuels.
Si nous n'analysons pas de près à quel point nos parents, en particulier notre mère, ont été attentionnés à notre égard, nous pouvons penser qu'ils sont responsables de nos souffrances, et nous les blâmons pour toutes celles que nous avons traversées depuis l'enfance.
Mais si nous examinons plus attentivement la réelle bonté de notre mère, nous constatons que même avant notre naissance, au moment de notre incarnation à l'intérieur de son corps, elle a dû affronter beaucoup de souffrances, de difficultés et de douleurs qu'elle a acceptées par amour pour nous. Après la naissance, elle a pris soin d'éloigner de nous la maladie, la mort, de nous protéger de toutes sortes d'accidents tels que tomber, être brûlés, etc. Elle a fait tout cela sans tenir compte ni des difficultés qu'elle pouvait rencontrer, ni de sa fatigue. Maintenant nous sommes adultes, et notre aptitude à nous nourrir, à travailler, à nous déplacer est issue de l'affection de nos parents durant notre enfance. Quand nous sommes venus au monde, nous étions totalement sans défense, les mains vides, sans nourriture, sans vêtement, sans argent. Nous ne connaissions personne ; nous n'avions pas d'ami qui puisse s'occuper de nous, honnis notre mère.

Nous devons prendre conscience que tous les êtres vivants ont été nos parents à un moment ou un autre du passé. Ils nous ont alors témoigné la même attention et la même bonté que notre mère nous a prodiguées dans cette vie.
Tous ces êtres sont prisonniers de l'océan de souffrance qu'est le cycle des existences. Tous veulent être heureux et essaient d'éviter la souffrance, mais cette recherche échoue par ignorance. L'individu ignore que, pour être heureux, il faut accomplir des actes vertueux et que, pour éviter la souffrance, il faut abandonner les actions négatives. Du fait de leur ignorance, les êtres s'autorisent à agir sous l'influence des poisons de l'esprit - les émotions perturbatrices - qui deviennent les bases de leurs actions. Les résultats s'accumulent et ne sont que souffrance. L'ensemble de ces résultats additionnés les uns aux autres constitue le cycle des existences, l'océan de souffrance sans fin et sans limite. Notre intention, au cours de cette réflexion, est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour libérer ces êtres de leur souffrance et les faire accéder à l'état de bouddha. Avec cette intention première, nous rassemblons les moyens qui nous permettront de réaliser ce souhait.
Tout d'abord, nous écoutons les enseignements du Bouddha pour recevoir des instructions. Nous réfléchissons ensuite sur ces enseignements afin de dissiper les doutes, les confusions et les hésitations.
Nous les mettons enfin en pratique dans la méditation, avec pour motivation de réunir les moyens d'établir tous les êtres dans l'état de bouddha. Pratiquer l'étude, la réflexion et la méditation est un engagement que l'on prend envers chaque être vivant.
Une fois développée l'attitude d'esprit éveillée, il faut l'étendre à tous les êtres de tous les univers sans exception et sans favoritisme.
Cette aspiration altruiste n'est pas générée à l'égard d'une seule personne ni à l'égard de la population d'un seul pays ou d'un seul univers, mais inclut avec équanimité tous les êtres des royaumes d'existence et toutes les formes de vie. On ne doit pas considérer certaines personnes comme étant nos amis et agir en premier lieu pour elles, pas plus qu'on ne doit considérer d'autres êtres comme étant nos ennemis ou constituant des obstacles à notre égard, et vouloir les rejeter. Toutes nos activités et nos intentions sont tournées de façon impartiale vers tous les êtres qui emplissent l'espace. Souhaitant tous les établir en Fêtât de bouddha, nous promettons d'utiliser nos corps, parole et esprit pour mettre en pratique les enseignements du Bouddha. Cette intention ne doit pas être un engagement superficiel, ni une simple idée. Nous la mettons en pratique dans la vie quotidienne : c'est quelque chose de profond qui se manifeste de façon efficace dans toutes nos activités.
Quand on parle des enseignements, et des méthodes utilisées pour les mettre en pratique, on les divise souvent en trois véhicules ou trois yanas, ce qui ne signifie pas qu'il y ait trois voies différentes ; seule diffère la manière dont chacun suit le chemin, selon l'ouverture d'esprit dans la pratique.
Quand on parle d'un pratiquant du petit véhicule, on fait référence à un individu qui pratique les enseignements du Bouddha de façon très limitée et qui est essentiellement concerné par son propre intérêt.
Une telle personne est effrayée par les expériences de souffrance rencontrées dans sa vie. Elle est consciente que cela continuera si elle ne met pas en pratique les enseignements du Bouddha. Refusant la souffrance, elle aspire à la félicité de l'état de bouddha qui devient donc son but. Elle ne se préoccupe pas d'aider autrui, parce qu'elle pense ne pas en être capable. Une telle personne pratique de façon égocentrique, en voulant se libérer de l'océan de souffrance. C'est l'attitude spirituelle de celui qui pratique dans l'esprit du petit véhicule.

La personne qui suit le véhicule intermédiaire pense tout autant à elle-même qu'à autrui. Elle reconnaît qu'elle-même et tous les êtres de l'univers partagent la même aspiration, recherchant la libération de toute souffrance et l'établissement dans un bonheur permanent et éternel. Une telle personne s'engage à mettre en pratique les enseignements du Bouddha pour son propre bénéfice et pour celui de tous les êtres de l'univers. C'est l'aspiration qui motive sa pratique vers l'Eveil. Tel est l'état d'esprit qui caractérise celui qui suit le véhicule intermédiaire.

La personne qui emprunte le grand véhicule n'est pas concernée par elle-même et ne prend pas en considération ses propres besoins ou ses propres aspirations. Elle se dévoue complètement à ceux de tous les êtres de l'univers, qu'elle reconnaît avoir été ses parents dans des vies antérieures. Elle consacre totalement ses corps, parole et esprit, sans aucune retenue, aux besoins de tous les êtres. Une telle attitude implique que toute l'énergie est consacrée à établir les êtres en l'état de bouddha, pour les libérer de la souffrance. Cette attitude nécessite un grand courage et un dévouement infaillible pour le bien d'autrui ; si le courage n'est pas suffisamment fort et constant, on ne peut pas suivre la voie du grand véhicule.
Nos activités quotidiennes, basées sur les cinq émotions perturbatrices, ne servent qu'à perpétuer le cycle des existences, car nous sommes uniquement préoccupés de nous-mêmes. Nous nous accrochons à l'idée d'un moi et tout ce que nous entreprenons a pour but de le satisfaire : nous essayons d'être plus grands, d'avoir une réputation plus importante, d'être plus riches. Avec une telle attitude d'esprit, le résultat est tôt ou tard la souffrance.

Si nous souhaitons sincèrement aider les êtres vivants, nous devons créer les causes qui généreront quelque chose de positif pour eux. Ceci mettra un terme à leur souffrance et les rendra heureux. Ces causes résident dans la pratique d'actions vertueuses, qui mûrissent en le fruit de la libération de tous les êtres, les établissant dans un état de joie. Pratiquer les enseignements du Bouddha est la voie qui permet d'aider les êtres.

Le Bouddha a traversé la vie en recherchant le bien d'autrui et atteint le parfait Eveil ; les êtres ordinaires traversent la vie à la recherche de leur propre intérêt, obtenant pour seul résultat de tourner sans fin dans le cycle des existences.

Le Bouddha n'était concerné que par l'accomplissement du bien des êtres ; il a ainsi pu atteindre le parfait état ultime. Il a délaissé ses propres intérêts pour se consacrer exclusivement à ceux des autres. Il a accepté comme siennes toutes les difficultés, les fautes, les défaites auxquelles il s'est heurté. Quand il a rencontré des succès ou des victoires, il les a offerts à autrui, n'étant pas effrayé de prendre sur lui les difficultés. Ses corps, parole et esprit étaient totalement dévoués au bien des êtres : il avait abandonné toute action nuisible, n'était jamais concerné par lui-même et s'appliquait à accomplir le bien d'autrui en toute occasion. C'est ainsi que le Bouddha a atteint le parfait Eveil.

Un être ignorant agit exactement à l'opposé. Il traverse la vie uniquement concerné par son propre intérêt, totalement fermé aux besoins d'autrui et à leur bienfait. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer une position dominante et être le plus riche, et dans ses efforts pour atteindre de tels buts, il garde pour lui-même tous les succès et les qualités positives, rejetant sur autrui les difficultés et les défaites, contrairement à l'attitude du Bouddha. De par son ignorance, cet être insensé accumule sans cesse des causes pour tourner dans le cycle des existences. Combien même il prétendrait vouloir agir pour le bien des êtres, combien même il se vanterait de ses préoccupations à l'égard d'autrui, si son attitude d'esprit profonde est de vouloir obtenir toujours plus pour lui-même, il crée constamment des causes d'enracinement dans le cycle des existences. Lorsqu'on développe une attitude d'esprit tournée vers autrui, un esprit d'Eveil très pur et excellent, il arrive qu'on hésite ou qu'on ait peur en pensant aux difficultés liées à cette attitude exclusivement altruiste. Il ne faut pas tomber dans ce travers, mais simplement reconnaître et se souvenir que l'esprit d'Eveil se développe au fur et à mesure de la pratique : peu à peu l'esprit s'habitue à se tourner vers autrui, et progressivement cette attitude d'Eveil s'établit et mûrit dans le courant de notre être.

Cela peut sembler difficile, mais si l'on regarde de façon attentive en quoi consiste le développement de l'esprit d'Eveil, c'est très simple. On tourne l'esprit intérieurement, sans rien faire d'autre, sans aucune activité extérieure. La seule chose à faire est d'inverser l'état d'esprit dans lequel on se trouve actuellement. Ce qui nous préoccupe d'ordinaire - notre propre bienfait - doit être retourné vers autrui et il convient de retourner vers nous-mêmes le manque de préoccupation que nous manifestons à l'égard d'autrui. Il faut absolument procéder à cet échange si l'on souhaite développer l'état d'esprit de l'Eveil. Que signifie inverser le processus qui nous anime habituellement ? Essayer en toutes circonstances d'inverser ce qui nous pousse à agir. Nous nous considérons généralement comme des gens très bien, dotés de beaucoup de qualités ; par contre, les autres ont de nombreux défauts que nous avons tendance à critiquer. Même si nous sommes très polis extérieurement ou très gentils en apparence vis-à-vis d'autrui, avec un peu de sincérité nous nous rendons compte que notre attitude est dans le fond plutôt négative. Passant notre temps à observer les fautes d'autrui, nous nous considérons comme meilleurs qu'eux ; avec une telle vision des choses, nous prenons toutes les victoires et toutes les qualités pour nous-mêmes et rejetons les difficultés et les faiblesses sur autrui. C'est l'attitude ordinairement présente dans notre esprit. Développer le parfait esprit d'Eveil consiste à inverser ce processus et à apprendre à se montrer critique vis-à-vis de soi-même, à observer que les faiblesses, les fautes et les aspects négatifs sont à l'intérieur de nous, tout en tournant un regard bienveillant vers l'extérieur pour essayer de reconnaître les qualités des autres. Si l'on développe une attitude pure à l'égard d'autrui, colère, malveillance et jalousie disparaissent de notre courant de conscience. Notre esprit est beaucoup plus calme, n'étant plus perturbé par toutes ces émotions. Ceci est le signe que nous sommes sur le chemin de l'attitude d'Eveil.
L'action que l'on s'apprête à entreprendre est positive ou négative en fonction de l'attitude qui habite l'esprit. Si nous avons une attitude d'esprit positive, quelle que soit l'action entreprise au niveau du corps, de la parole ou de l'esprit, c'est une action vertueuse dont le résultat est le bonheur. Par contre, si l'on entreprend une action ducorps, de la parole ou de l'esprit avec une intention négative, on accomplit alors une action non vertueuse qui mûrit tôt ou tard sous forme de souffrance, de maladie, d'obstacle ou d'adversité. Ceci est la loi du karma, de la correspondance étroite et infaillible qui existe entre une action et son résultat. Une action négative a pour seuln résultat la souffrance. Une action positive a un résultat positif et heureux. Pour cette raison, le Bouddha a expliqué que, si l'on a une attitude d'esprit vertueuse, quelle que soit l'action entreprise celle-ci devient vertueuse et que, par contre, si notre attitude d'esprit est négative, toute action entreprise est en fait négative. Il convient de suivre l'enseignement du Bouddha et de faire tout notre possible pour développer la juste motivation de l'esprit d'Eveil dans tous nos actes.

Développer le pur esprit d'Eveil signifie être libre des pensées qui manifestent une volonté d'accomplir des actes susceptibles de nuire aux autres, et faire au contraire tout son possible pour apporter soulagement et bienfait à autrui. Actuellement, nos capacités ne sont sans doute pas suffisantes pour que nous soyons utiles aux autres comme nous le souhaiterions. C'est pourquoi il importe de développer le souhait d'aller au-delà de nos présentes capacités, d'aller constamment dans le sens de l'esprit d'Eveil. Il convient de formuler ce souhait sans relâche.

Evitons de penser que nous sommes trop occupés à travailler, voyager ou faire toutes sortes de choses, pour avoir le temps deméditer et de développer cette attitude d'Eveil, car développer l'attitude d'Eveil peut se faire partout et en toutes circonstances. Il n'est pas nécessaire de s'asseoir et de méditer dessus. Notre travail par exemple, qui nous met en contact avec d'autres personnes, nous offre de nombreuses opportunités de développer l'attitude d'Eveil, car la rencontre avec d'autres êtres implique forcément d'être confronté à des situations dans lesquelles on perçoit leur souffrance et leur insatisfaction. Cette souffrance qui se manifeste est une opportunité de développer la compassion. Une situation où apparaissent la haine et la colère est également une occasion de développer la compassion envers ceux qui sont emportés par ces poisons. Si cette haine est dirigée vers nous, cela nous donne la possibilité de pratiquer la patience.
Au lieu de constamment réagir, nous découvrons que la vie quotidienne présente un nombre incalculable de situations dans lesquelles on peut pratiquer et méditer l'attitude d'Eveil. Lorsque nous rencontrons des situations adverses, la possibilité nous est offerte de reconnaître qu'elles sont le mûrissement d'une dette karmique, d'une action entreprise dans le passé. Si quelqu'un se met en colère contre nous, sa colère est le résultat d'une action négative antérieurement accomplie par nous-mêmes ; plutôt que de nous mettre à notre tour en colère et de réagir, nous devrions nous réjouir, car à travers cette colère exprimée, nous constatons le terme d'une dette karmique. On apprend ainsi à regarder les personnes autour de soi et les situations que l'on rencontre comme des opportunités de pratiquer la méditation sur l'attitude d'Eveil. C'est un entraînement à effectuer sans relâche, absolument nécessaire pour tous. car cette attitude d'Eveil n'est pas actuellement très présente en nous.
Il faut purifier les voiles de l'esprit et le tourner vers quelque chose, de pur et lumineux. Pour développer cette attitude d'Eveil et poursuivre l'entraînement de l'esprit, il faut une grande persévérance afin de dépasser les attitudes négatives et de se diriger définitivement vers l'Eveil.
Méditer sur l'esprit de l'Eveil veut dire "cultiver" une attitude tournée vers l'Eveil ; cela ne signifie pas avoir des sensations particulières telles que voir des choses ou des couleurs, etc. L'attitude d'Eveil consiste simplement à mettre un frein à la saisie égocentrique, On s'entraîne à être de plus en plus enclins à des pensées altruistes, et à tomber de moins en moins dans les travers de la saisie égocentrique. Pour cela, il faut développer la vigilance dans toutes nos activités. Actuellement, nous agissons sans être attentifs à ce qui nous anime et nous pousse à agir, préoccupés par l'effet que nous provoquons autour de nous. Il faut restreindre ce type de comportement et s'intéresser davantage de ce qui se passe à l'intérieur de nous-mêmes. Quelle que soit l'action entreprise, nous essayons de voir en notre for intérieur si cette action n'est que le fruit de la jalousie et de notre préoccupation égocentrique ou si, au contraire, nous agissons dans le souci d'apporter un certain bienfait autour de nous.
Cette vigilance permet de développer graduellement l'attitude éveillée et de se détourner de l'égocentrisme pour aller vers autrui. Si nous laissons la saisie de l'ego habiter notre esprit, il sera très difficile à l'esprit d'Eveil de prendre racine. Il faut donc prendre conscience de ce qui se passe à l'intérieur de soi, et l'esprit d'Eveil se développera au fur et à mesure, jusqu'à ce que l'on parvienne à un état où toutes les actions entreprises sont positives parce que constamment habitées par cet esprit d'Eveil.

SAMSARA ET NIRVANA

Nous sommes amenés à rencontrer deux types d'expérience
- tout d'abord le cycle des existences ou samsara,
- et l'au-delà de la souffrance ou nirvana.

La nature du cycle existences est vacuité. ce cycle n'a pas uneréalité propre ou inhérente; Cependant une manifestation apparait, celle de la confusion, qui se révèle à travers la forme. La caractéristique du cycle des existences est la souffrance. Dire que la nature du Samsara est vacuité signifie qu'en essence le cycle des existences n'a pas de réalité propre et matérielle : tout n'est qu'apparence et vacuité. Il importe évidemment de reconnaître cette véritable réalité du monde et des choses. La réalisation de cette vacuité permet d'expérimenter le Corps de réalité on Dharmakaya. Dès lors tout ce qui apparaît est une manifestation de ce Dharmakaya et nous réalisons qu'au-delà des apparences se trouve simplement la clarté de cette vacuité. Ainsi, le monde ne nous apparaît plus dans une dimension de souffrance, mais au contraire comme le simple mode d'expression de la vacuité.
Ne dépendant plus de cette illusion et n'étant plus soumis à la souffrance, nous sommes au-delà de ce cycle de l'existence ; nous entrons dans le nirvana. Le terme nirvana signifie transcender la souffrance. Lorsqu'on atteint cette réalisation, on expérimente que toute manifestation, loin d'être source de souffrance, est simplement la manifestation spontanée de la clarté.

Il y a deux types d'approche d'une même expérience : le fait de demeurer dans le cycle des existences,, ou le fait d'être au-delà de la souffrance. Ces deux modes d'approche dépendent de la présence ou de l'absence de l'illusion dans l'esprit, c'est-à-dire de notre mode de
perception. Si celui-ci dominé par la confusion, par l'illusion de la dualité, nous ne sommes pas des êtres éveillés. Par contre, si nous percevons la nature illusoire des choses, si nous avons dissipé les voiles et les impuretés qui nous font tomber dans la dualité, nous sommes alors dans l'état de bouddha : on voit directement l'essence des phénomènes et la valeur égale de toute chose, Dans le cas contraire, nous considérons le monde de façon duelle et restons enchaînés au samsara, victimes de l'illusion de notre type de perception dans lequel nous considérons toute chose comme permanente et stable, existante ou non existante, et donc prisonniers de cette tendance duelle à vouloir tout étiqueter. Si l'on est dans l'illusion, on expérimente le monde comme étant réel et donc souffrance. En dépassant ce mode de perception et de compréhension illusoire, on s'ouvre au parfait Eveil. Pour approcher cette dimension au-delà de la souffrance et de l'illusion, un cheminement existe, qui s'appelle la pratique de la méditation du Mahamoudra.

On entend dire que le cycle des existences a pour cause l'illusion dans laquelle se trouve notre esprit, cette illusion étant l'expression de la confusion qui règne à l'intérieur de notre esprit. On peut s'interroger sur la source et l'origine de tout cela. La réponse est simple: c'est la vacuité, la réalité ultime libre de toute base et de tout fondement. La cause de cette manifestation du cycle des existences est l'ignorance. Elle est' à la source de tout le système illusoire que nous prenons pour réel. L'interdépendance qui existe entre un objet et un autre contribue au maintien de l'illusion. Prenons l'exemple du sommeil et du rêve. Lorsqu'on dort et qu'on rêve, on est absolument convaincu de la réalité de ce rêve : tout ce qui y apparaît est réel. Ce n'est qu'au moment du réveil qu'on réalise que ce n'était qu'une belle illusion, un rêve ni concret ni solide. Au sens ultime, il n'y a absolument rien : le rêve est simplement la manifestation des tendances habituelles de notre esprit ; accumulées dans le passé, ces
tendances créent toutes les illusions. Au réveil, on a souvent le réflexe de vouloir donner un sens à ses rêves en essayant de leur trouver une signification. Par exemple, dans le cas d'un rêve agréable, on l'interprète comme un sig-ne de bon augure et on en est très content ; par contre, si l'on est perturbé par un rêve désagréable ou négatif, on peut penser que l'on rencontrera des circonstances défavorables, et on est alors triste et fort mal à l'aise. Pourquoi ? Parce que l'on veut accrocher un sens au rêve et le considérer comme étant significatif. On oublie qu'il s'agit simplement d'une activité de l'esprit dans son mode de fonctionnement illusoire. Si l'on a conscience de l'aspect illusoire et de l'aspect de manifestation de la confusion du rêve, on peut se souvenir que, dans la vie, il en va exactement de même. Nous ne réalisons pas la véritable dimension, ou réalité, du monde dans lequel nous nous trouvons. Nous saisissons les choses comme parfaitement réelles au sens ultime, et nous expérimentons la souffrance. Par contre, si Fon garde en mémoire cette dimension illusoire, semblable au rêve dans le sommeil, on est à même de comprendre la réalité des choses. Et si l'on se demande quand ce monde illusoire a commencé, on ne peut pas dire qu'il a commencé à tel ou
tel instant : il est absolument impossible de définir le début de ce système.
Quel est l'inconvénient ou le désavantage de se trouver dans l'état de perception illusoire, donc dans le cycle des existences ? C'est la souffrance. Elle caractérise le cycle des existences. Tous les êtres enfermés dans ce mode de fonctionnement doivent expérimenter des
souffrances innombrables, et cela pendant longtemps. Il n'y a pas de limite à la souffrance, ni en durée, ni en quantité, Cela représente évidemment un grand inconvénient ! L'état de Bouddha se situe complètement au-delà de la souffrance, mais tant qu'on ne l'a pas réalisé,
on fait l'expérience de la souffrance. Celle-ci aura un terme quand l'individu atteindra et s'ouvrira au parfait Eveil, à l'insurpassable grande félicité. Il ne faut pas croire que la félicité surviendra comme cela, par surprise, sans rien faire. Si l'on ne fait pas d'efforts et que l'on ne tend pas vers l'Eveil, on continue à errer sans fin dans le samsara. Pour se libérer de la souffrance, il faut s'efforcer d'aller vers l'insurpassable grande félicité et s'en donner les moyens, sinon on tourne sans cesse dans le cycle de la souffrance. C'est la raison pour laquelle on parle de "cycle de l'existence".
Quand on entend parler du mode de fonctionnement illusoire ayant pour caractéristique la souffrance, de l'illusion qui ne se dissipe pas toute seule, et de l'errance dans le samsara, on risque d'être attristé et découragé, d'autant plus que le chemin pour sortir de ce cycle ne parait pas facile à trouver. Il semble que nous soyons incapables d'accéder à l'état de bouddha. On peut aussi croire qu'il s'agit d'un état beaucoup trop lointain pour qu'on puisse y parvenir. Penserainsi n'est ni correct, ni approprié. Il ne faut pas s'inquiéter de la sorte car, à partir du moment où l'on sait comment trouver le chemin qui mène au parfait Eveil, il est possible à tous les êtres d'y accéder. L'état de bouddha est déjà présent en nous, il ne s'agit pas d'un but très lointain m d'un futur très éloigné. Pour peu qu'on suive le chemin, l'état de bouddha est déjà là ; il suffit simplement qu'il se réveille.
Le fait que la nature de bouddha soit présente en nous a été enseigné par le Bouddha lui-même. Il expliqua que les êtres sensibles sont déjà des bouddhas. Cet état de bouddha est simplement obscurci par des voiles et des impuretés éphémères, qui peuvent donc être fa-cilement dissipés. La nature de bouddha potentiellement présente peut alors se révéler, parce que tous les êtres sensibles ont le cœur de bouddha. Comment être certain que chaque être sensible possède la nature de bouddha inhérente à lui-même ? Pour s'en convaincre, il suffit de voir que cette nature de bouddha est l'état universel de la réalité. Puisque cette réalité est présente partout, elle imprègne tout être sensible, et notre esprit est inséparable de la nature de bouddha.
Si tel est le cas, pourquoi la nature de bouddha n'est-elle pas perceptible et ne se révèle-t-elle pas à nous ? Parce qu'elle est recouverte par des voiles et des impuretés. Ces voiles de l'esprit sont le fruit de l'ignorance, et le plus important d'entre eux provient du karma négatif accumulé dans le passé à travers le corps, la parole et l'esprit. Il forme comme une nappe obscure recouvrant la nature de bouddha et empêchant de la réaliser, mais cette nappe peut être dissipée. Une fois chassées les taches éphémères, la nature de bouddha se manifeste : on la perçoit directement puisqu'elle est déjà là. Si nous dissipons maintenant les voiles qui recouvrent la nature de notre esprit, l'état de bouddha est pour maintenant, car nous nous ouvrons immédiatement à cette dimension d'Eveil. Si nous attendons et dissipons ces voiles dans le futur, l'état de bouddha se révélera dans le futur. Il faut bien se rendre compte que l'état de bouddha peut se manifester à tout moment.
Si l'on a conscience que notre propre nature est la nature de bouddha, on développe le souhait de la réaliser. Mais si on ne connaît pas le chemin qui mène à la dissipation des voiles ou si, bien que le connaissant et l'ayant entrepris, on ne persévère pas sur ce chemin, l'état de bouddha inhérent à nous-mêmes ne peut se révéler dans toute sa splendeur. Par contre, si nous connaissons le chemin et le poursuivons jusqu'à son terme, il est certain que notre propre na-
ture se révélera. Puisque cette nature de bouddha est déjà là, il n'y a pas besoin de créer quoi que ce soit : ce n'est pas quelque chose à fabriquer, ce n'est pas quelque chose à aller chercher quelque part ; c'est simplement être là et laisser se révéler notre véritable nature. A partir du moment où l'on connaît, suit et poursuit le chemin, on se dirige vers un but auquel il est relativement facile d'accéder.Prenons l'exemple du beurre et du lait. Le beurre est potentielle-
ment présent dans le lait ; nous possédons cette connaissance théorique. Nous pouvons aussi apprendre la technique correspondante. En faisant ensuite les efforts nécessaires, il n'y a aucun doute quant au résultat : nous obtiendrons très rapidement du beurre. C'est exacte-
ment la même chose en ce qui concerne le chemin spirituel. Le potentiel est là, la nature de bouddha est présente en nous ; il suffit de connaître les moyens qui permettent de révéler ce potentiel, et de les mettre en pratique afin d'actualiser notre nature de bouddha et de nous ouvrir à la pleine dimension de l'Eveil. Si l'on ignore ces moyens et qu'on ne les met pas en pratique, il ne se passera rien. Bien que le lait contienne potentiellement le beurre, si l'on ne fait pas d'effort il est évident que le beurre restera à un état potentiel et ne pourra pas se manifester. Il est donc important de prendre conscience de notre véritable nature qui ne demande qu'à se révéler pourvu qu'on utilise les méthodes appropriées. Une fois qu'on est
convaincu de la présence de la nature de bouddha en nous, il est facile de la laisser apparaître car, finalement, elle est très proche de nous.

L'ACCUMULATION D'ACTES NEGATIFS ET LEUR PURIFICATION

Les voiles qui recouvrent la nature de bouddha et l'empêchent de se révéler sont la résultante d'une accumulation de karma négatif dans le passé, due à des actes motivés par l'émotion d'ignorance. Ces actes ont été commis à trois niveaux : corps, parole et esprit. Tous
les actes entrepris le sont à travers le corps, la parole ou l'esprit ; il n'y à pas d'autres moyens d'action. Les voiles karmiques qui résultent de ces actes sont donc en relation avec les corps, parole etesprit, et si l'on souhaite cheminer vers l'état de bouddha, on utilise les moyens d'action du corps, de la parole et de l'esprit, de façon à dissiper les voiles nés d'une mauvaise utilisation antérieure de ces moyens d'action.
Il s'agit, en ce qui concerne le corps, de toutes les actions physiues négatives qu'on a entreprises et qui ont nui à autrui. Ce sont des actions qui se sont situées dans un contexte de confusion, car nous avions une perception du elle de la situation. Il y avait moi et
l'autre, moi étant le sujet et l'autre, l'objet. Des actes découlèrent de cette relatio-n duelle : dans notre état d'ignorance, peut-être avons-nous tué, volé, trompé, eu une conduite sexuelle inappropriée, effrayé les gens, essayé d'être le meilleur, intimidé à travers le comportement du corps. Ces types d'actions sont des actes dont le résultat est de recouvrir la nature de bouddha. Ce sont des voiles créés par l'activité du corps.
Lorsqu'on agit de façon négative, que ce soit à travers le corps, la parole ou l'esprit, il est important de reconnaître l'aspect négatif de ce que l'on fait. Il faut ensuite purifier cette négativité qui risque de souiller l'esprit, et se libérer de cette action nuisible. Si l'on ne fait pas attention, on peut penser qu'on se comporte convenablement et croire qu'on a des qualités ; on développe de l'orgueil et on n'a aucune raison de confesser ou de regretter quoi que ce soit.
Ne pas avoir conscience des négativités qu'on crée, donc ne pas être enclin au regret et à la purification, entraîne une accumulation de karma négatif qui peut nous pousser à renaître dans l'un des trois royaumes inférieurs caractérisés par de très grandes souffrances. Si l'on agit de façon négative, il faut le reconnaître et le regretter. Dès lors qu'il y a prise de conscience et regret, dès lors qu'on confesse ses erreurs, le karma négatif se purifie et on écarte le résultat de
souffrance. On se dit souvent que la pensée de tous les actes négatifs qu'on a commis depuis fort longtemps nous procurera une grande souffrance et que, vue leur quantité, on risque d'être complètement déprimé. On serait plutôt tenter de se voiler la face et d'y penser le moins possible ! Mais cette attitude n’est pas correcte. Il faut écarter un tel comportement et se rendre compte que, sa,s une prise de conscience des erreurs commises, on ne peut pas les purifier. Même si l’on préfère demeurer dans l’ignorance, les actes négatifsmûrissent ! I l faut mieux s’efforcer d’y penser, afin d’être à même de les dissiper,, sinon lorsque la mort arrivera, nous serons confrontés à un bagage d’actes négatifs qui nous escortera. En effet la seule choses qui accompagne l’esprit lors de la mort, ce sont les traces et les conséquences des actes négatifs, qui mûrissent tôt ou tard en souffrance. Si l’on a commis beaucoup d’actes négatifs et qu’ils n’ont pas été purifiés, on peut renaître dans l’un des 3 royaumes inférieurs. Il est donc très important d’essayer de se souvenir du maximum d’actes négatifs qu’on a commis et prendre conscience de leur degré de gravité et d'intensité, car il est alors possible e les purifier. Purifier signifie : être conscient de ses actes, les regretter et éviter de les commettre à nouveau. Si l'on agit ainsi, le fruit qui devait mûrir sous forme de souffrance peut se dissiper. Et plus on dissipe le mûrissement du karma négatif, plus les voiles se dissipent, jusqu'au moment où l'on réalise l'état de bouddha.
Il faut prendre conscience de tous les actes négatifs accumulés dans cette vie et les garder en mémoire. On s'aperçoit que c'est grâce à la bonté des Trois Joyaux et des lamas que nous avons cette capacité de remémoration. Si les Trois Joyaux ne nous donnaient pas cette opportunité d'avoir conscience de nos actes négatifs, de les regretter et de les confesser, ceux-ci mûriraient tôt ou tard en souffrance. Cette reconnaissance s'accompagne de la certitude qu'il est possible de purifier les actions négatives. C'est absolument nécessaire pour que la purification soit effective.
On purifie les actes négatifs commis par le corps en accomplissant des actes positifs avec le corps, telles les prosternations qui constituent un exercice de très grande valeur et dissipent le mûrissement de toutes les actions commises dans le passé sous l'influence de l'orgueil. Nous nous sommes souvent comportés de façon négative avec le corps par orgueil, ce qui risque de mûrir sous forme de souffrance. Se prosterner dissipe les voiles et le mûrissement des actes erronés, parce qu'on se prosterne devant quelque chose d'authentique et de meilleur que nous-mêmes, et c'est cela qui dissipe les conséquences de l'orgueil. On ne se prosterne pas pour faire plaisir au lama ou au Bouddha ; simplement, les prosternations sont une manière de purifier les voiles de l'esprit. Une autre action positive du corps consiste à circumambuler des objets saints comme les stoupas, les temples, etc. Une dernière manière de purifier les voiles des actions négatives entreprises à travers le corps est de pratiquer les méditations où l'on visualise son corps comme étant la divinité. Notre dimension ordinaire est alors complètement dissipée, balayée par cette méditation sur la pureté du corps de la divinité. Il se présente de nombreuses possibilités d'accomplir des actes négatifs par la parole. Les pires consistent à mal parler du dharma, à déprécier les lamas et la sangha. Toutes les paroles négatives qui
peuvent être proférées vis-à-vis du dhanna ou de la sangha sont des actes d'une très grande portée. Il y a aussi les actes négatifs commis à travers la parole sous l'influence de l'orgueil. Lorsque cette émotion imprègne l'esprit, on pense qu'on est l'être le plus important, on
regarde les autres de haut et on finit par leur faire comprendre qu'ils nous sont inférieurs. Peut-être va-t-on mal leur parler, les insulter ou, sous l'influence de la colère, leur dire des choses tout à fait négatives. La jalousie, également, peut nous inciter à prononcer des paroles qui sont source de tension et de conflit, car lorsqu'on est influencé par la jalousie, on se réjouit de créer des difficultés chez les autres. Ce sont évidemment des actes négatifs. On peut égale-
ment commettre des actes négatifs par la parole quand on est en bonne compagnie et que l'on bavarde sans raison, utilisant sa parole pour dire des choses qui n'ont pas véritablement de valeur ou de sens. Le dernier point de l'activité négative par la parole se situe lorsqu'on négocie. Si on désire acheter quelque chose par exemple, on discute tout en essayant de manipuler la personne en face de soi pour obtenir ce qu'on souhaite ou lui faire faire ce qu'on veut. Cela crée une accumulation de karma négatif à travers la parole. Les actes commis par le corps ou la parole dépendent directement de l'état d'esprit dans lequel on se trouve lors de cette action. Si nous sommes dans un état d'esprit positif, l'acte commis par le corps ou la parole sera positif, et inversement. L'esprit est le chef, le corps et la parole ne sont que les serviteurs de l'esprit. Toutes les actions que nous entreprenons dépendent de notre état d'esprit.
Quant à la portée d'une action et à l'importance de son résultat, on distingue plusieurs types d'actions. Certains actes sont très négatifs et leur résultat est une renaissance dans un état infernal de grande souffrance. D'autres actes négatifs sont de portée moyenne ; ils font reprendre naissance dans les royaumes des esprits avides. Si l'acte négatif est plus léger, il a pour conséquence la renaissance dans un état animât. Si l'acte négatif est très léger, on peut reprendre naissance comme être humain, mais on rencontre des difficultés correspondant directement au type d'action entrepris dans le passé. Par exemple, si on a commis beaucoup d'actes négatifs à travers la parole tels que mentir ou tromper, on peut renaître dans le monde
humain, mais on a toujours un problème de crédibilité, car on est sans cesse associé au mensonge, à la tromperie, et jamais pris au sérieux. L'orgueil est la base de nombreuses actions négatives commises au niveau de l'esprit : lorsqu'on est orgueilleux, on se considère
comme le meilleur, comme possédant beaucoup de qualités et étant dépourvu de fautes. Avec cette haute idée de nous-mêmes, nous nous tournons vers l'extérieur et apercevons chez les autres beaucoup de défauts ; quantité d'actions négatives au niveau de l'esprit découlent de cela. Très forts de nos qualités, nous ignorons nos défauts et portons une forte attention critique vers l'extérieur. Y percevant de nombreuses imperfections, nous n'avons pas confiance en l'autre. A partir de ce manque de confiance, apparaissent les émotions comme la jalousie, la colère, l'agression, qui perturbent constamment notre esprit. Nous ne sommes donc pas heureux. Ces perturbations intérieures rendent le calme mental impossible, et à travers la confusion due à l'orgueil, nous accumulons beaucoup de souffrance et d'actes négatifs
au niveau de l'esprit.
Si l'on regarde ce qui se manifeste à l'intérieur de l'esprit, on s'aperçoit de la difficulté à aller dans ce sens. Quand on est sous l'influence de l'orgueil par exemple, on ne s'en rend pas compte ; mais les autres à l'extérieur le remarquent aisément. L'esprit est beaucoup trop proche de nous pour qu'il lui soit facile de regarder à l'intérieur de lui-même. Il est plus aisé de regarder au loin, comme pour l'œil physique. Plus les choses sont proches, plus il est difficile de les voir: il est quasiment impossible de voir ce qui est directement sur notre
œil, mais il est facile de regarder ce qui est distant. Il faut donc développer la faculté de la vision intérieure'ou vision de sagesse, qui nous permet de prendre conscience des émotions qui teintent notre esprit. Si l'on est influencé par l'orgueil, grâce à cette vision de sagesse, on s'en rend compte, comme on se rend compte de toute l'activité qui découle de cet orgueil, du processus qui fait que nous dirigeons des pensées et des actions négatives vers l'extérieur. Nous nous apercevons enfin que cet orgueil induit des émotions telles que la jalousie, la colère, etc. Cette prise de conscience fait naître en nous le regret, et nous permet de voir toute la négativité de ce que nous étions sur le point d'entreprendre. Elle calme peu à peu l'or-
gueil, et les émotions qui en découlent directement s'apaisent. L'esprit se libère progressivement des influences émotionnelles, et l'on s'ouvre à un état d'apaisement et de détente.
Pour dissiper les effets nuisibles des états d'esprits négatifs, il faut pratiquer la méditation, que ce soit celle du calme mental ou celle du Mahamoudra. Ces deux types de méditation contribuent à dissiper toute l'activité mentale basée sur une notion de dualité : la notion du sujet et de l'objet, de moi et de l'autre. La pratique de la méditation permet donc de dissiper les voiles négatifs, mûrissement des actes entrepris antérieurement.
Une autre manière de cultiver les qualités dé l'esprit consiste à développer la qualité de la compassion. Par exemple, lorsqu'une personne soumise à l’ignorance et à la confusion commet un acte négatif, plutôt que de la juger et de dire qu’elle agit mal ; on essaye de développer de la compassion à son égard, en comprenant qu’elle est sous l’influence de quelque chose qu’elle ignore et qu’à travers cet acte elle devra endurer une certaine souffrance. Si l’on rencontre de la colère, on développe une qualité de l’esprit appelée patience. Si l’ on rencontre la jalousie, on développe le très ferme souhait que la personne jalouse puisse le plus tôt possible s’en libérer et parvenir à un état de joie et de félicité. Nous apprenons ainsi à travers les situations de la vie à cultiver les qualités de l'esprit . C'est une manière très efficace d'entreprendre des actions positives avec l'esprit.
Tous les actes entrepris à travers le corps, la parole et l'esprit mûrissent tôt ou tard. S'ils sont extrêmement négatifs, leur mûrissement conduit à renaître dans les états infernaux ; si ces actes sont moins négatifs, la renaissance a lieu dans le royaume des esprits avides ; des actes im peu moins négatifs encore nous amènent à renaître dans l'état animal. Même si les actes négatifs entrepris à travers l'esprit, la parole et le corps sont assez légers pour qu'on puisse
reprendre une naissance humaine, ils mûrissent de toutes façons sous forme de difficultés : notre vie humaine est teintée de toutes ces impuretés, et les activités négatives du passé mûrissent sous la forme de difficultés correspondant au type d'activité antérieure,
II s'agit de purifier les actes négatifs commis au niveau de la parole. Cela se fait par l'emploi juste et correct de la parole, par exemple la récitation de mantras, acte très positif. On peut réciter différents mantras : celui de la compassion ou le mantra de Cent Syllabes de Dordjé Sempa. Cette activité positive de la parole a pour effet de dissiper les voiles et le mûrissement potentiel des activités négatives dues au mauvais emploi antérieur de la parole.
Lorsqu'on a complètement purifié ses corps, parole et esprit, on se retrouve avec un corps, une parole et un état d'esprit parfaitement purs ; en l'état de bouddha. Le corps devient le Corps de manifestation ou nirmanakaya ; la parole devient le Corps de jouissance ou Sambhogakaya ; et l'esprit devient le Corps de réalité ultime ou dharmakaya. Une fois purifiés tous les voiles et réalisé le parfait « Eveil» on est à même de manifester une activité de bouddha au-delà de l'activité ordinaire.
Quand on regarde toutes les personnes ici présentes, elles semblent très bien extérieurement. Mais si l'on regarde ce qui se passe en chacune d'elles, on se rend compte que l'esprit est un peu plus souillé que les apparences, qu'il est teinté d'émotions. Nous passons notre temps à agir sous l'influence d'une émotion on d'une autre. Si nous souhaitons vraiment devenir purs extérieurement et intérieurement, il convient que nous nous préoccupions également des impuretés qui sont à l'intérieur de nous-mêmes, pour les dissiper et accéder à une pureté aussi bien intérieure qu'extérieure, et réaliser l'état de parfait bouddha.
A chaque type d'action correspond directement un résultat. C'est la loi infaillible entre la cause et l'effet, qu'il convient de comprendre très largement. Tout ce qu'on entreprend de positif a tôt ou tard le bonheur pour résultat. Toute action négative implique à plus ou moins brève échéance l'expérience de la souffrance. Cette relation très étroite et inéluctable entre l'action et le résultat, entre la cause et l'effet, peut être comparée au mûrissement d'une graine d'arbre. Si l'on plante une graine de citronnier, l'arbre qui poussera sera un citronnier. Les fruits qui apparaîtront sur cet arbre seront des citrons. Si l'on plante la graine d'un oranger, l'arbre qui apparaîtra sera un oranger et ses fruits seront des oranges. Goûtant au citron, on le
trouvera peut-être un peu amer ou acide, voire déplaisant. Nous dirigeant vers l'oranger et goûtant une orange, celle-ci nous semblera beaucoup plus douce et agréable. C'est exactement pareil en ce qui concerne une action et son résultat. Si l'action est positive, le résultat est agréable. S'il s'agit d'une action négative, le résultat est beaucoup plus amer. C'est infaillibilité de la loi du karma. En connaissance de cause, pour échapper à la souffrance, il faut s'abstenir de créer des causes de souffrance, ce qui signifie qu'il convient d'éviter de commettre des actions négatives. Si l'on recherche des états de bonheur, il convient de créer des causes de bonheur et de se diriger vers des actions positives.

L'URGENCE DE PRATIQUER FACE A LA MORT

La pratique du dharma nous est d'un grand profit au moment de la mort. C'est sa plus grande raison d'être. Lorsque survient le processus de la mort, si on a déjà de son vivant développé une certaine pratique des enseignements du Bouddha, on n'a pas peur. L'esprit est confiant, on sait quelle attitude adopter et ce qu'il faut éviter. En effet, au moment de la mort, le résultat de la pratique devient effectif. Si nous nous sommes efforcés de mettre en pratique
les enseignements du Bouddha dans notre vie, nous en recevons les bienfaits à ce moment. Si on attend la dernière minute pour se mettre à pratiquer, il est trop tard, car il n'y a pas la possibilité d'un mûrissement de la pratique. Les effets bénéfiques ne peuvent pas se manifester puisqu'on n'a pas pratiqué auparavant. Il faut aussi être conscient que de grands dangers nous guettent au moment de la mort : les conséquences de tous les actes négatifs accumulés durant cette vie nous suivent comme une ombre dans le processus de la mort, nous obligeant à traverser de grandes souffrances.. Voilà pourquoi il est nécessaire de suivre et de mettre en pratique les enseignements du dbarma dès maintenant, afin de purifier nos actions
négatives durant cette vie, sans attendre le dernier moment.
On peut se dire qu'il est préférable de ne pas du tout penser à la mort, parce que de toutes façons elle arrivera tôt ou tard et qu'à trop y penser, on risque d'être effrayé et déprimé. Cette attitude est complètement insensée. Si l'on ne prend pas conscience de l'imminence de la mort, on n'a pas la capacité d'agir dès maintenant de façon utile pour préparer ce moment. On ne sait absolument pas quand on mourra. Notre mort peut survenir n'importe quand : on peut être
victime d'un accident, emporté par une maladie soudaine, etc. Quoi que l'on fasse, il est absolument impossible d'enrayer ce processus ; ce serait comme vouloir arrêter la course du soleil. Même si l'on est riche et puissant, et qu'on a accumulé beaucoup de biens, cela n'est
d'aucune aide au moment de la mort. Il faut laisser derrière nous les richesses, l'influence et la puissance ; cette accumulation matérielle n'est d'aucun secours pour traverser le processus de la mort ou pour le retarder. Lorsqu'on a passé sa vie à accumuler des biens, à essayer d'être plus puissant, à se faire des amis, à augmenter sa réputation, tout cela a été entrepris sous l'influence des émotions perturbatrices. Afin d'obtenir ces choses agréables, notre esprit a été
constamment perturbé par des émotions conflictuelles. Tous les efforts opérés dans ce sens n'auront finalement servis qu'à accumuler des actes négatifs puisqu'ils auront été inféodés à des émotions perturbatrices. Et, au moment de la mort, ces actes négatifs nous amèneront à renaître dans l'un des trois royaumes inférieurs, c'est-à-dire dans l'un des royaumes où l'on doit traverser et endurer de très nombreuses souffrances.
Si nous faisons partie de ceux qui ont de la difficulté à trouver le temps de pratiquer les enseignements du Bouddha, c'est le signe que nous n'avons pas suffisamment réfléchi à la mort et que nous pensons encore qu'il existe quelque chose de plus important que d'agir dans le sens d'une préparation à ce processus. Nous ne réfléchissons pas aux conséquences qu'a m'a le gaspillage de notre temps dans des actions insensées. Nous sommes en fait beaucoup trop impliqués dans la vie mondaine et dans tous les plaisirs de ce monde. Il nous faudra en affronter les conséquences et renaître dans des conditions difficiles. Par contre, si nous réfléchissons à cette mort inévitable, de cette réflexion même vont émerger des qualités.
La première qualité est la prise de conscience que, la mort arrivant tôt ou tard, il est urgent de s'y préparer et de se détourner des actes négatifs qui nous entraîneraient dans des royaumes de très grande souffrance. Cette prise de conscience de la mort est une forte injonction à agir de façon positive, à écouter les enseignements du Bouddha et à suivre le cheminement rapide vers l'Eveil.
L'ensemble des actions négatives accumulées durant cette vie constitue la chose la plus négative au moment de la mort, parce qu'elles mûrissent alors et nous entraînent vers les royaumes inférieurs. On peut se demander s'il existe un remède à cela, si l'on peut transformer cette souffrance potentielle en quelque chose de positif.
Il est possible d'effectuer cette transformation en pratiquant les enseignements du Bouddha. Les actions positives résultant de l'écoute et de la pratique de ces enseignements transforment les fruits potentiels de souffrance en causes de bonheur. Seul l'enseignement du Bouddha a cette capacité. C'est pourquoi il est utile de le mettre en pratique dès maintenant. Si nous sommes très effrayés au moment de la mort et que nous cherchons une protection, la seule efficace est de se tourner vers Trois Joyaux afin de recevoir leur aide. Il ne s'agit pas de le faire au dernier moment. Il faut s'être entraîné dans cette vie et avoir tourné son esprit vers eux depuis longtemps. Il faut avoir fait de nombreuses prières en ce sens et avoir déjà demandé l'aide du lama et des Trois Joyaux dans cette vie. Ce n'est pas au moment de la mort que nous pourrons le faire, car pendant le processus qui suit la mort, il est trop tard pour s'entraîner à quelque chose d'entièrement nouveau.
Si l'on se tourne vers la pratique et que l'on apprend comment trouver une protection dans le refug'e, si l'on prie les Trois Joyaux, si l'on s'efforce à la pratique du dharma, il est possible, à tout être vivant de transformer ses actes négatifs. A travers la pratique du dharma, les souffrances potentielles provenant des négativités antérieures se transforment en quelque chose de positif. On a également la capacité de transformer les tendances habituelles qui nous
auraient entraînés à commettre d'autres actes nuisibles. Ainsi, on transforme non seulement les actes du passé, mais aussi les tendances à commettre des actes négatifs dans le futiu'. Et si la pratique est vraiment sincère, on développe, par les prières aux Troie Joyaux et la prise de refuge, la capacité de transformer aussi la souffrance et le karma d'autrui. S'engager sur le chemin des enseignements du dharma avec une grande sincérité permet d'entraîner tous les êtres sur le chemin de la libération.

LE CHEMIN DE LA LIBERATION

Pour atteindre la libération, il ne faut pas emprunter le mauvais chemin consistant à effectuer une transformation tournée vers l'extérieur. Si nous voulons changer les conditions dans lesquelles nous nous trouvons, il s'agit de changer notre attitude d'esprit et non pas de vouloir changer le monde en dehors de nous, comme on a trop souvent tendance à le faire. La transformation du monde extérieur passe par la transformation de notre attitude d'esprit ; elle dépend directement de notre vision du monde et de l'attitude que nous adoptons face à lui. Si notre esprit se purifie, notre vision est pure et le monde est pur. Ce n'est pas vers l'extérieur qu'il faut tourner notre attention, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Il ne faut pas rejeter le cycle des existences, mais plutôt essayer de transformer notre attitude à son encontre. Quand on s'engage sur le chemin de l'Eveil, on est rempli d'hésitation. On n'est pas sûr de suivre le bon chemin. On rencontre des situations et on pense qu'il faut agir de telle manière, qui est positive ; en fait, on est peut-être dans l'erreur, car bien qu'écoutant les enseignements on ne sait pas discerner ce qui est correct de ce qui ne l'est pas. Ces hésitations et ces erreurs proviennent du fait que l'esprit, au début, est encore dans la confusion et l'ignorance. C'est un peu comme si l'on s'engageait sur un chemin inconnu alors qu'il fait complètement nuit. Il s'agit évidemment d'aller doucement au début : nous se sommes pas forcément certains que c'est la voie correcte. Petit à petit, avec l'entraînement et la pratique, avec l'expérience qui apparaît, les yeux s'accoutument à l'obscurité et peuvent ainsi voir le chemin qu'il convient de suivre. Le jour se lève peu à peu. On a une idée de plus en plus précise de l'endroit vers lequel
on se dirige. Progressivement, une clarté d'esprit se manifeste et, au fur et à mesure que l'expérience s'accroît, notre marche sur le chemin est plus consciente et plus éclairée, du fait de la connaissance et de la conscience parfaite de ce qu'il convient de faire et de ce qu'il
convient d'éviter. On se dirige dès lors sans aucune hésitation vers le but qu'on s'est fixé : le parfait établissement.
En tant qu'êtres humains, nous sommes amenés à accomplir un mélange d'actes positifs et négatifs, car deux tendances nous habitent. L'une nous entraîne vers l'Eveil, l'autre vers les choses qui nous apportent de la souffrance. Il y a deux directions possibles et nous sommes constamment à la croisée des chemins, Si l'on prend la direction montant vers l'Eveil, cela signifie qu'on entreprend un acte positif. Si l'on est soumis à une force opposée, on accomplit un acte négatif qui nous entraîne vers les profondeurs de la souffrance. C'est un peu comme rouler en voiture sur une route et arriver à un croisement : on a la possibilité d'aller à gauche ou à droite. En nous-mêmes, nous hésitons car nous sommes soumis à deux forces opposées,
l'une voulant aller à gauche, l'autre à droite. Cela perturbe l'esprit qui est constamment soumis à une lutte entre ces deux tendances, l'une voulant diriger le véhicule vers l'Eveil, l'autre voulant le diriger sur le chemin des actes conduisant à la souffrance. C'est pour cette raison que les êtres humains entreprennent tantôt des actes qui vont dans le sens de l'Eveil, et tantôt sont soumis à des pensées et emportés par des forces qui les poussent à commettre des actes négatifs.
Le Bouddha a enseigné que : " Si l'on désire connaître ce qu'on a entrepris dans le passé, il suffit de regarder le corps et les conditions dans lesquelles on se trouve présentement. Et si l'on souhaite avoir une idée du futur, il suffit de regarder ce qu'on fait des conditions actuelles." Pour savoir si l'on a accompli beaucoup d'actes positifs par le passé ou si au contraire on s'est laissé emporter par des actes négatifs, il suffit de regarder notre situation actuelle. Il faut regarder quel est l'équilibre dominant pour nous : s'il s'agit d'un équilibre
agréable, de bonheur et de joie, ou d'un équilibre de souffrance ; si nous sommes enclins à la maladie et aux obstacles ou si, au contraire, les choses de notre vie se déroulent facilement. Il faut observer la ligne conductrice qui nous anime ; de là nous pouvons déduire que nous avons accompli principalement des actes positifs dans le passé, ou l'inverse. On peut également avoir une idée des conditions que l'on trouvera dans un avenir plus ou moins proche en regardant les actions que l'on entreprend maintenant, dans cette vie. Si nous pas-
sons notre temps à commettre des actes négatifs, il est sûr que des souffrances surviendront quand la portée de ces actes arrivera à maturité : mais si l'on suit le sentier des actes positifs dans cette vie, ceux-ci mûriront dans le futur en des conditions favorables et heureuses.
Nous savons que tous les êtres vivants recherchent le bonheur et essaient d'éviter la souffrance. En dépit de cette forte aspiration, personne ne réalise le véritable bonheur de façon durable. Cela signifie que cette aspiration au bonheur et ce désir de se détourner de la
souffrance ne sont pas suffisants. Il faut tenir compte de la loi du karma : les actes entrepi-is dans le passé viennent à maturité tôt ou tard. Quels que soient nos efforts, il est absolument impossible d'arrêter un processus de souffrance si dans le passé on a accumulé des actes négatifs, II est absolument impossible d'accéder à une situation de bonheur maintenant si, dans le passé, on n'a pas créé les causes et les conditions nécessaires au mûrissement actuel de ce bonheur. Peu importe en fait les efforts entrepris pour essayer de modeler la situation actuelle, parce que celle-ci est simplement le résultat du passé et des actes karmiques accumulés. Il convient de se préoccuper plutôt du futur. Si l'on regarde la situation présente, on ne peut rien changer à ce qui survient et qui est conditionné par le passé ; par contre, ce qu'on fait de la situation actuelle influe sur les situations que nous rencontrerons dans le futur. Il faut donc se préoccuper maintenant des causes qui nous aideront à trouver des situations de
bonheur durable.
Chaque fois qu'on rencontre la souffrance, qu'on subit une maladie ou des obstacles, il faut se souvenir que cela dépend des actes accomplis dans le passé. Il ne s'agit pas de se dire que ces obsacles proviennent des autres, car toutes les situations que nous rencontrons dans la vie ne sont que la conséquence des actes que nous avons entrepris dans le passé. Tout est de notre responsabilité. Il ne faut rien imputer à autrui. Les choses nous apparaissent selon l'influence kannique qui teinte notre esprit : notre vision du monde extérieur est une projection de l'esprit et la conséquence de notre karma. Au moment de la mort, le corps physique est détruit et l'es- prit continue, fabriquant un autre corps en correspondance avec notre karma. Ce corps est la résultante des actes passés et tout ce qui lui arrive n'est que le fruit de ces actes. Il n'y a donc pas de raison de projeter nos difficultés sur l'extérieur en accusant autrui de nos malheurs.
Quand on rencontre la souffrance, la maladie ou des obstacles dans cette vie, cela empire si l'on saisit les difficultés. S'accrocher à la souffrance ne résout rien ; bien au contraire, la situation risque de s'aggraver. Mieux vaut considérer la maladie, les obstacles et la souffrance en général comme le simple résultat de ce que nous avons fait dans le passé. Nous en sommes pleinement responsables et nous devons F assumer. En tant qu'êtres humains, nos souffrances sont minimes par rapport aux souffrances qu'expérimentent les êtres vivant dans les royaumes inférieurs. Ayant conscience de la relativité de la souffrance, nous pouvons être heureux de vivre dans l'état humain. Et nous prenons conscience que c'est grâce à l'influence des lamas et des Trois Joyaux que nous sommes dans cette condition, dans laquelle nous endurons des souffrances somme, toute légères. Il importe donc de prendre conscience de cette bénédiction des Trois Joyaux, car toutes les difficultés qui entravent notre existence sont simplement le mûrissement du karma négatif. On se réjouit de ce qu'à travers ces difficultés notre karma négatif s'épuise petit à petit, comme s'épuisent les tendances négatives à l'intérieur de notre esprit. Lorsque nous rencontrons des situations adverses et que nous les regardons de cette manière, cela nous aide à purifier les tendances intérieures qui nous incitent à commettre des actes négatifs.
Nous rencontrons des situations difficiles, et nous nous apercevons que tous les êtres en rencontrent. Nous imaginons que notre souffrance englobe celle de tous ces êtres de l'univers : leurs souffrances se fondent dans celle que nous expérimentons actuellement. Ils s'en trouvent ainsi libérés et s'établissent dans le bonheur et la joie. Au lieu de subir la souffrance, réjouissons-nous car elle est un moyen de venir en aide à tous les êtres. Et un moyen très puis-
sant : au lieu de supporter la souffrance, on la transforme en joie. On devient alors capable de transformer n'importe quel type de souffrance en chemin d'aide. Si on a la capacité de transformer ainsi toute difficulté qui s'élève, il n'y a plus de souffrance : celle-ci devient un moyen d'évolution, une opportunité de cheminer vers l'Eveil. Ce n'est donc plus de la souffrance.
Tout ce qu'on expérimente dépend exclusivement de l'état d'esprit sans lequel on se trouve, et si l'on souhaite transformer une expérience, il suffit simplement de modifier son état d'esprit. Lorsque nous souffrons, nous pensons que nous souffrons. Nous sommes alors dans cet état d'esprit et les choses se déroulent selon cet état d'esprit, dans lequel on se dit : "je souffre". Mais si l'on modifie cet état, si l'on arrive à transformer la souffrance pour en faire quelque chose de positif et d'utile, il n'y a plus de souffrance. La Joie et la souffrance ne dépendent pas des conditions extérieures, mais simplement de la vision et de l'interprétation que l'on a de la situation.
Toute souffrance, manifeste ou intérieure, doit être considérée comme un antidote à la saisie égocentrique. Lorsqu'on souffre, c'est la preuve même que l'on est dans une attitude égoïste. Cette situation de souffrance représente un moyen de relâcher la saisie de l'ego.
Quand nous ne sommes plus centrés sur nous-mêmes, il n'y a plus de souffrance.
Alors que nous serions plutôt enclins à réagir lorsque des êtres développent de la colère à notre égard ou essaient de nous nuire, il faut regarder cette situation comme très positive, car elle nous donne l'occasion de faire un travail sur nous-mêmes. La personne que nous percevons comme un ennemi est la manifestation du lama, dans la mesure où, à travers cette agression que nous pensons recevoir, nousavons la possibilité de développer la patience.
Et plutôt que de considérer la personne comme un ennemi, il faut voir qu'elle nous donne une véritable leçon et la possibilité de travailler sur nous-mêmes. Une situation d'agression est très utile, car sans la rencontre d'une telle situation, nous n'aurions pas l'occasion de véritablement
pratiquer la patience.
Lorsque des personnes développent de la colère à notre égard, nous pouvons également réaliser que cette colère et cette agressivité ne sont pas dues à la personne, mais représentent le mûrissement d'actes négatifs commis antérieurement : dans le passé, nous avons développé de la colère et de l'agressivité envers des êtres, et ces actions passées ont créé des causes qui font que la situation actuelle se retourne contre nous. Avec ce type de vision, on arrive à reconnaître en l'agresseur quelqu'un de très utile et rempli de bonté à notre égard, car il nous permet, en nous agressant, de nous purifier et de nous libérer des conséquences des actes négatifs que nous avons entrepris dans le passé. Avec une telle compréhension des phénomè-
nes, nous éprouvons aussi de la reconnaissance vis-à-vis de cette personne, et nous essayons d'agir de façon positive envers elle, en développant le souhait que le karma négatif qu'elle accumule par sa colère ne soit pas expérimenté par elle-même mais par nous.

L'ACCUMULATION DE MERITE

Nous souhaitons nous ouvrir au parfait Eveil, et pour cela nous avons besoin d'accumuler beaucoup de mérite. Cette accumulation s'opère par la rencontre de circonstances et de situations variées, qui offrent l'opportunité de développer un grand nombre de qualités qui
se révéleront en le parfait Eveil. Si nous ne rencontrions aucune situation d'agression, nous n'aurions jamais la possibilité de pratiquer la qualité de la patience. Si nous ne voyions pas d'êtres plongés dans la souffrance ou les difficultés, nous n'aurions jamais l'occasion de
développer la qualité de la compassion. Si nous ne remarquions personne dans la pauvreté, nous n'aurions jamais l'opportunité de pratiquer la qualité de la générosité. Toutes ces situations sont des occasions de progrès et d'accumulation de mérite. Toutes les person-
nes rencontrées sont des amis spirituels qui nous aident à développer les qualités indispensables pour accéder au parfait Eveil. C'est de cette manière qu'il faut considérer les situations et les êtres que l'on rencontre, afin de voir qu'ils jouent un rôle bénéfique dans notre vie.

Pour l'instant, notre attitude dans la vie consiste à nous assurer du futur en mettant de l'argent de coté ou en le plaçant à la banque. Mais la mort peut survenir à tout moment et nos efforts pour accumuler de l'argent dans une banque ne nous profiteront peut-être jamais. Il en va différemment pour les valeurs spirituelles : le mérite ne se perd pas et demeure dans notre courant de conscience, nous accompagnant après la mort. Il faut faire tout son possible pour que l'accumulation de mérite soit de plus en plus large : on s'entraîne à accomplir des actes positifs qui créeront cette accumulation. Un à un, chaque acte positif fait s'accroître le mérite qui nous accompagnera jusqu'à l'Eveil.
La vie que nous traversons est par nature totalement éphémère. Elle peut nous sembler longue, mais en comparaison de la succession de vies cela revient à s'asseoir quelques minutes sur une chaise pour se reposer ; elle est donc très brève. Toute expérience traversée dans cette vie dépend du karma : elle est le résultat de la convergence d'actes que nous avons commis dans le passé. Ceci est vrai non seulement pour les êtres humains, mais également pour tous les êtres vivants. Quel que soit l'état dans lequel nous nous trouvons, il est le fruit d'actes du passé. Quand un être vivant entrepreud une action dans un certain état d'esprit, cela
crée un résultat potentiel qui mûrit selon la loi du karma. Le résultat consiste à reprendre naissance dans un type ou un autre d'existence, dans lequel ce qu'on expérimente dépend également du karma : toutes les situations rencontrées ne sont que des illusions créées par le karma accumulé antérieurement.
Dans sa sagesse primordiale, le Bouddha avait la capacité de voir tous les êtres de tous les royaumes en même temps. Il expliquait qu'à l'intérieur des six royaumes d'existence, le plus peuplé est le monde des états infernaux. Dans les enfers, la quantité d'êtres est semblable au nombre de grains de poussière qui se trouvent dans un champ, c'est-à-dire qu'elle est presque illimitée. En comparaison, dans les trois royaumes supérieurs où les situations rencontrées sont plus favorables, le nombre d'êtres est relativement limité : il est semblable au nombre de grains de poussière que l'on trouve sur la surface d'un ongle de nos doigts.
Les enfers sont donc les états les plus peuplés ; on trouve ensuite ceux des esprits avides, puis les états animaux. Ces trois royaumes sont vraiment très peuplés: il est fréquents d'y reprendre naissance, alors que renaître dans l'un des trois royaumes supérieurs est beaucoup plus rare. Renaître dans les états infernaux ne signifie pas renaître dans un état unique. il existe différents états infernaux : on en dénombre dix huit expliqués. Huit sont des enfers chauds appelés ainsi car la souffrance y est caractérisée par une chaleur intense. Huit sont des enfers froids, caractérisés par un froid extrême. Il y a enfin deux enfers avoisinants dans
lesquels l'expérience de souffrance est très forte, mais moins extrême que dans les seize autres, et la durée de présence dans ces états intermédiaires est plus courte. Chaque état infernal a une forme de souffrance propre, et la durée de vie diffère selon l'état.
A l'intérieur même du royaume infernal, il y a une grande progression qui est fonction de l'intensité des actes négatifs ayant entraîné la renaissance dans ces états : progression de durée d'établissement et progression d'intensité. La durée et l'intensité sont reliées au karma. Quel que soit l'état infernal dans lequel on reprend naissance, il représente simplement le résultat des tendances négatives de notre esprit et des états d'esprits négatifs du passé qui viennent à maturité. La sensation éprouvée à l'intérieur de ces états est évidemment une grande souffrance, dont l'intensité est en relation directe avec la gravité des actes négatifs entrepris dans le passé, comme l'est la durée d'établissement dans ces états.
Après ces états infernaux, le royaume le plus peuplé est celui des yidags ou esprits avides. Il y a cinq types de royaumes d'esprits avides. Les expériences vécues y sont diverses et dépendent du karma qui a mené à une telle renaissance. Ensuite vient le royaume animal qui se répartit traditionnellement en trois : les animaux sauvages ou libres, les animaux domestiqués et asservis, et les animaux qui volent dans les airs. Le monde animal est accessible aux êtres humains qui se rendent compte de la formidable variété de formes du monde animal, tout en sachant que le fond des océans abrite la plus grande variété d'animaux. Les états infémaux, les royaumes des yidags et le monde animal constituent les trois royaumes inférieurs. Y reprendre naissance est la conséquence d'un manque de vertu. Les êtres y ex-
périmentent simplement le résultat des actes négatifs qu'ils ont largement accumulés dans le passé. Dès qu'un être reprend naissance dans l'un de ces royaumes, son unique expérience est celle de la souffrance, qui est fonction du type de renaissance contracté, ce type de renaissance dépendant lui aussi du karma passé. Et il est presque impossible d'accomplir des actes positifs, car on se situe alors dans un royaume où l'on est sans cesse perturbé par les cinq poisons.
Une fois qu'on a pris naissance dans l'un des six royaumes, il est pratiquement impossible de sortir de ce cycle. C'est pour cela qu'on parle d'une souffrance sans fin. Lorsqu'on est à l'intérieur d'un royaume inférieur, on a tendance à créer davantage de karma négatif : l'esprit, complètement imprégné par les cinq poisons, perpétue de nombreux actes négatifs. Dans le royaume humain, la situation est un peu différente. Les êtres humains possèdent un mélange de karma positif et de karma négatif, de sorte que l'existence humaine se traduit par un mélange de situations favorables et de souffrances,.On peut croire que sur Terre il y a beaucoup d'êtres humains, voire que les hommes sont plus nombreux que les animaux ; mais c'est une vision superficielle. La proportion est inverse. Si l'on prend une très grande ville, on a toujours la possibilité de compter le nombre d'êtres humains. Mais si l'on considère un morceau de terre et qu'on essaie de dénombrer les êtres vivants qui y logent, on se rend rapi-
dement à l'évidence qu'il est impossible de tous les compter tellement il sont nombreux ! La population animale est de loin supérieure à celle des êtres humains.
La situation des êtres humains ne comporte pas de souffrances excessives, généralement. La souffrance que connaissent les hommes vient principalement de la frustration puisqu'ils sont dans l'impossibilité de satisfaire leurs nombreux désirs. Nous recherchons constam-
ment le confort et les choses agréables, et tentons d'éviter toutes les situations difficiles. Comme nous n'y parvenons pas, la frustration fait naître la souffrance. Nous n'avons pas la capacité de construire quelque chose d'agréable, ni même celle d'arrêter les situations adver-
ses ou difficiles, et cela nous fait souffrir. Nous n'avons pas non plus la capacité de préserver éternellement une situation agréable : tôt ou tard, celle-ci vient à terme et on éprouve un sentiment de souffrance, dû à la perte de quelque chose que l'on aime ; tôt ou tard, nous
sommes séparés de nos amis, ou mis en présence de nos ennemis et de difficultés, et cela provoque la souffrance. On rencontre quatre types de souffrance dans l'état humain : la souffrance de la naissance, la souffrance de la maladie, la souffrance de la vieillesse et la
souffrance de la mort.
Après le monde humain, on accède aux états divins. Les êtres qui y prennent naissance rencontrent des situations très favorables dépourvues de toute souffrance. Cela est dû à une grande accumulation de mérite : c'est l'accomplissement de nombreux actes vertueux dans les vies passés qui conduit les êtres à renaître dans les états divins. Les mérites et les actes positifs ne les ont pas menés vers l'Eveil, car ils n'ont eu ni la capacité ni la force de transformer ces actes positifs en une voie d'Eveil véritable ; ils n'ont pas dédié à autrui le mérite qui en résultait, car ces actes positifs n'étaient pas motivés par le souhait de se diriger vers le parfait épanouissement. Les actes positifs de cette sorte demeurent dans le courant de conscience de leur auteur, mais ne mûrissent pas sous la forme de situations favorables à la parfaite illumination. Ils mûrissent en des situations favorables limitées aux états divins du samsara : les êtres qui les ont accomplis connaissent une joie parfaite tout au long de leur vie.
Mais au moment de mourir, c'est-à-dire au moment où le karma posi tif accumulé dans le passé vient à épuisement, ils rencontrent une très grande souffrance, car ils ont conscience que l'état de grand bon heur qu'ils ont connu jusque-là arrive à son terme. Ils ont en effet la possibilité de voir, grâce à leurs capacités divines, dans quel état ils vont se réincarner. Bien souvent, ils reprennent naissance dans des états inférieurs puisqu'ils ont épuisé tout le mérite et le bienfait des actions du passé, et le seul karma qui leur reste est l'expérience de ces états inférieurs. Cette vision d'un bonheur qui s'achève est une grande souffrance et l'esprit en est très perturbé. Avant cet instant, les êtres des états divins n'ont pas dn tout conscience de ce qu'est la souffrance. D'un seul coup, ils se trouvent confrontés à une expérience inéluctable et tombent véritablement du haut de leur bonheur dans un état de très grande souffrance.
II est important de prendre conscience des différents types desouffrances que l'on rencontre dans les états inférieurs ou dans les royaumes dits "supérieurs". Reconnaître leurs causes et leurs conséquences nous est d'une grande aide pour finalement nous détourner des actes négatifs qui ne peuvent que nous entraîner vers des renaissances difficiles, et accomplir des actes positifs dirigés résolument vers l'Eveil. Si on n'a pas conscience de ces souffrances,
on commet des actes tels qu'attraper des Jioissons et les laisser hors de l'eau. Ces poissons meurent dans de grandes souffrances, sans qu'on ait conscience de ce qu'on fait, ni de la souffrance qu'on inflige, ni des conséquences que cet acte produit.

LES TROIS SCEAUX DE LA PRATIQUE

Lorsqu'on s'engage dans la pratique du dharma, que ce soit une pratique assidue on intermittente, il faut qu'elle comporte trois engagements ou trois sceaux qui en font une véritable pratique du dharma. Ces trois sceaux sont ;

- toujours introduire la pratique parla prise de refuge et le développement de l'esprit d'Eveil ;
- toujours achever la phase principale par une méditation libre de toute référence ;
- au terme de la phase principale, dédier tout ce qui a été entrepris.

S'il manque l'une ou l'autre de ces trois phases, ce que l'on fait est simplement un jeu insensé.

La prise de refuge

La prise de refuge en les Trois Joyaux doit être effectuée avec une motivation correcte et une véritable ouverture. On se tourne vers les Trois Joyaux avec la ferme intention de se diriger vers le parfait Eveil, afin de pouvoir venir en aide à tous les êtres sans exception.
Nous prenons refuge pour suivre les instructions que nous donnent ces Trois Joyaux, pour aller vers l'Eveil, pour développer une capacité suffisamment large afin d'être à même de libérer tous les êtres de la souffrance et de pouvoir les amener au parfait Eveil.

La prise de refuge doit s'accompagner d'une motivation sincère, mais ce n'est pas suffisant pour que l'on soit capable de venir efficacement en aide à tous les êtres. L'idée d'aider est excellente, mais insuffisante. Il faut en effet agir, et pour être à même d'agir pour le bien d'autrui, il faut être libre de toute souffrance. Si nous demeurons dans la confusion et la souffrance, nous ne pouvons pas aider les autres ; en voulant agir pour leur bien, nous risquons de faire empirer .la situation. Il est donc indispensable d'être protégé de la
souffrance ; c'est la raison pour laquelle on prend refuge, Si l'on souhaite aider les êtres, il faut se donner les moyens d'apporter cette aide. Le premier de ces moyens est le refuge, Etant protégés, nous pouvons agir ; et pour se protéger, il faut trouver une protection véritablement effective. La seule protection possible contre toutes les souffrances de l'univers est le refuge en le lama et les Trois Joyaux.On développe une grande confiance et une certitude en cette protection ; lorsqu'on prie les Trois Joyaux et qu'on prend refuge en eux, on le fait de tout son cœur au niveau du corps, de la parole et de l'esprit. Dès lors, la protection est efficace et on peut venir en aide à tous les .êtres.


Le corps de la pratique

La prise de refuge et le développement de l'esprit d'Eveil sont une excellente introduction au corps de la pratique du dharma, ou phase principale, qui peut être une méditation ou une activité quelconque. Dans cette phase principale, on développe une double accumulation : de mérite et de sagesse. L'accumulation de mérite se rapporte à ce qui a un point de référence, c'est-à-dire à la notion que nous avons du sujet et de l'objet. L'accumulation de sagesse est complètement au-delà : il n'y a plus de saisie "sujet-objet" dans l'esprit.
Il existe de multiples manières de parvenir à l'accumulation de mérite ; la confession des actes négatifs, leur purification, la prise de conscience de tout ce qu'on a commis dans le passé de cette vie et des vies antérieures. Emportés par l'ego, nous avons entrepris des actions dans la ferme intention de devenir plus important et donc de renforcer notre moi. Il est nécessaire de dissiper les voiles et les impuretés qui résultent de ces actions ; c'est la raison pour laquelle on confesse et purifie ces actes, afin de les empêcher de mûrir en souffrance. Avec le corps par exemple, on peut faire des prosternations et des circumambulations ; il en découle un grand mérite, qui provient du fait qu'on se détourne de l'attachement habituel envers notre corps. De cette manière, on purifie aussi les idées erronées et le manque de respect qu'on a pu manifester dans le passé à l'égard des objets saints ou des lamas. Il est possible également, pendant la phase principale de la pratique, de visualiser son corps comme étant celui de la divinité. Il existe donc beaucoup de manières d'accumuler du mérite.
Pendant cette phase principale de la pratique, nous pouvons encore développer la générosité, quand nous reconnaissons avoir entrepris beaucoup d'actes négatifs dans cette vie et les vies antérieures en nous accrochant à nos richesses et nos qualités. Afin de remédier
à tous ces actes et à toutes ces tendances développées, nous offrons nos richesses, nos biens et notre corps au lama et aux Trois Joyaux.
Il ne s'agit pas de satisfaire le lama par ces offrandes ; cela ne s'entend pas dans ce sens. Cette action doit contribuer à dissiper les notions d'attachement et de saisie vis-à-vis de toutes les choses matérielles et nous permettre d'accroître la confiance envers le lama et les enseignements du Bouddha. Tant qu'on n'a pas dissipé les voiles et les impuretés qui traînent dans l'esprit, ce sont des causes de souffrance. L'accumulation de mérite a pour effet de purifier les actes négatifs antérieurs, et plutôt que d'expérimenter de la souffrance, nous nous dirigeons alors vers des expériences de bonheur. Une fois qu'on a procédé à cette purification, on se débarrasse totalement du karma négatif pour devenir un bouddha ou un bodhisattva,
c'est-à-dire un être qui a un très grand pouvoir de venir en aide à tous les êtres.
Lorsqu'on fait une offrande, il faut bien sûr que cela corresponde à un état d'esprit correct. Au début, l'état d'esprit est limité à l'offrande matérielle exécutée : l'offrande d'une fleur sur l'autel ou l'offrande d'une bougie. Le mente issu d'une offrande limitée est également limité ; mais à travers l'offrande d'une simple fleur ou d'une bougie, on peut accroître considérablement le mérite si l'on suit le chemin tantrique, voie directe vers l'Eveil, dans lequel on utilise les
visualisations. Toute offrande physique est accompagnée d'une offrande mentale qui multiplie par cent l'offrande effectuée. Cette offrande multipliée par cent se multiplie elle-même par milliers, de sorte qu'au moment où l'on offre quelque chose matériellement, cette offrande devient vraiment illimitée : un nombre incalculable de choses offertes emplit tout l'espace. Ce que l'on offre est d'une qualité extrêmement pure et a le goût exquis de la sagesse. Cette offrande pure et illimitée pénètre tous les univers et touche tous les êtres éveillés, nous permettant d'accumuler un mérite très vaste. On peut également visualiser qu'émanent de notre cœur des divinités portant ces offrandes clans tous les univers à tous les êtres éveillés. L'accumulation de mérite qui en résulte est incalculable et dépasse largement le cadre d'un seul objet. Au moyen de la visualisation, chacun à la capacité de faire des offrandes colossales et d'accumuler un mérite immense. Même une personne pauvre peut grâce à ce processus faire
des offrandes infinies.
Lorsque la phase principale de la méditation consiste à se visualiser comme la divinité, cette méditation nécessite une compréhension tout à fait correcte afin de transformer l'orgueil et la haute idée que l'on a de soi, sinon elle risque plutôt de les renforcer. Il est très important de reconnaître le sens intérieur d'une telle pratique. Lorsqu'on visualise une divinité, le but n'est pas de fortifier notre propre identité, car si tel était le cas on renforcerait l'orgueil et l'arrogance.Il s'agit simplement de reconnaître l'esprit demeurant dans sa véritable nature de bouddha. Tout ce qui s'y manifeste alors est très pur et très positif ; c'est une manifestation de l'Eveil. Lorsque nous nous établissons dans notre véritable nature de bouddha, notre corps se
manifeste comme le corps de la divinité avec toua les ornements et tous les symboles de la posture, avec les vêtements, etc. C'est une image mentale qui apparaît dans l'esprit à partir du moment où celui-ci demeure dans sa dimension de pureté, sans que s'accroisse l'orgueil, bien au contraire.
L'habileté à se visualiser en tant que la divinité, dans la posture, avec les ornements et les vêtements, dépend de la pratique développée et de l'accoutumance à cette pratique. Une fois contractée une habitude suffisante, on possède une grande capacité : le corps de la divinité apparaît naturellement dans l'esprit sans qu'il y ait besoin de faire le moindre effort, ni même dy penser. Il s'agit d'une forme semblable à un arc-en-ciel, translucide et sans matière, complètement pure, qu'on laisse émerger de façon naturelle dans l'esprit. Ce processus de visualisation nécessite de l'entraînement. Pour s'en rendre compte, il suffit de penser à la chambre où l'on habite et aux objets qui s'y trouvent ; on visualise aisément ce qui fait notre univers actuel, car cela nous est très familier. Par contre, si l'on essaie de penser à un endroit qui ne nous est pas familier, la visualisation est beaucoup plus difficile et nous demande des efforts, car nous ne nous souvenons pas très bien comment est ce lieu. Pour visualiser le corps de la divinité de façon détendue et presque spontanée, il est nécessaire de s'y accoutumer en se concentrant sur sa forme et ses attributs.
A travers cette pratique, nous accumulons un grand mérite. Au début elle nécessite des efforts, mais ce n'est qu'ainsi qu'il devient possible de la faire de façon spontanée. Passer de quelque chose qui nécessite un effort à quelque chose qui devient naturel et aisé peut être comparé aux accumulations de mérite et de sagesse. L'accumulation de mérite a lieu dans un système duel, avec un point de référence : l'esprit pense à un objet. Mais l'accumulation de sagesse qui en découle est complètement au-delà de cette notion de sujet et d'objet. A travers la méditation sur une divinité, un monde pur se révèle: le monde de la divinité. Nous entraînons délibérément notre esprit dans ce sens. L'aspect pur émerge peu à peu dans l'esprit, purifiant la saisie égocentrique et la vision impure que l'on a du monde, pour la transformer. Nous voyons le monde tel qu'il est, dans sa forme parfaitement pure.
Par le biais de cette méditation, nous nous ouvrons progressivement à la réalisation de notre véritable réalité intérieure, et l'esprit parvient peu à peu à se maintenir dans sa réalité authentique. Tout ce qui apparaît de l'esprit est alors parfaitement pur, et on a la faculté de demeurer dans cette vision pure sans saisie ni attachement. ous nous y accoutumons peu à peu et entraînons notre esprit à développer cette accumulation de sagesse qui se fait au-delà de tout système de référence à un sujet et un objet.


La dédicace

La troisième phase de la pratique, qu'on appelle dédicace, permet l'accomplissement de l'intention de départ : la volonté d'effectuer une pratique du dharma dans le but de venir en aide à autrui. On reconnaît que des vertus ont été réalisées par notre pratique. Nous les
mêlons à toutes les vertus accumulées depuis des temps sans comencement par tous les bouddhas et bodhisattvas grandement réalisés, et les offrons au lama et aux Trois Joyaux. Ceux-ci sont réjouis de l'offrande, ce qui accroît le mérite résultant de notre activité. Cet
accroissement de mérite nous permet d'offlir les conséquences de ces actions vertueuses aux êtres qui emplissent les six royaumes, afin qu'ils soient libérés de leur souffrance et s'ouvrent à la dimension de l'Eveil. Tel est ce qu'on entreprend dans la phase de dédicace, afin d'aider tous les êtres sans exception.
Après la dédicace, nous demeurons dans un état qui est simplement de joie, qui se situe complètement au-delà des notions de sujet, d'objet et d'action, c'est-à-dire au-delà du fait que l'on a entrepris une action dont on a dédié le mérite à d'autres êtres.
Si on effectue de cette manière la dédicace de tout le mérite accumulé, les conséquences favorables de ces vertus sont illimitées. On recueille un bienfait incalculable pour tous les êtres, similaire aux offrandes du bodhisattva Samantabhadra qui étaient inépuisables et remplissaient l'univers entier. Si nous n'effectuons pas cette dédicace, le mérite demeure dans notre courant de conscience et peut être détruit par un instant, de colère. Il est dit qu'un seul instant de colère suffit à détruire les conséquences positives de l'accumulation d'un grand nombre de vertus, dans la mesure où celles-ci n'ont pas été dédiées à tous les êtres. Quand bien même les conséquences de ces actions vertueuses ne seraient pas détruites, si elles ne sont pas dédiées au bienfait de tous les êtres, elles mûrissent de façon incor recte et ne sont pas une aide pour atteindre l'Eveil. Elles nous feront peut-être renaître dans le royaume humain ou dans celui des dieux, ou nous permettront d'obtenir des situations favorables, mais de façon impermanente. A long terme, cela ne servira pas du tout à nous libérer de la souffrance. Bien sûr, en tant qu'être humain ou divin, nous nous réjouirons de certains plaisirs et profiterons des conséquences de ces actions vertueuses, mais cela finira par s'épuiser
et nous retomberons dans des états de souffrance. Sans dédicace, le mérite résultant de nos actions vertueuses est complètement limité ; c'est une sorte de gaspillage. Au contraire, si nous offrons tout le mérite de nos actions à tous les êtres sans exception, il n'y a plus de
risque de destruction par un instant de colère, ou autre.

LA MEDITATION


La méditation nous fait prendre conscience de l'influence constante des cinq émotions perturbatrices, qui apparaissent pour tenter de maintenir la saisie de l'ego et de valider son existence, et empoisonnent l'esprit. Notre ego essaie constamment d'obtenir quelque chose ;
il veut satisfaire ses désirs à travers le jeu des émotions. Bien entendu, ceux-ci ne sont pas constamment exaucés, et l'esprit passe son temps à s'épuiser dans toutes sortes de pensées qui vont et viennent, soumises aux émotions. Pour beaucoup de personnes faisant ce constat, la méditation est un peu le remède. Mais il faut veiller à ne pas tomber dans le travers qui consiste à croire que le but de la méditation est de parachever un état totalement libre de toute activité mentale, où il ne se passe absolument plus rien. Ceci est l'idéal d'une table ! Il faut bien voir que méditer avec cette motivation erronée revient à poursuivre un but entièrement égocentrique, et au lieu de nous libérer, cela tend à renforcer l'ego.
En quoi consiste la véritable méditation ? Tout d'abord à reconnaître que l'esprit est rempli d'attachement et d'insatisfaction et qu'il est constamment ballotté par les trois mouvements principaux que sont la colère, l'attachement et l'ignorance. Notre corps, notre parole et notre esprit sont envahis par ces mouvements qui nous plongent dans la confusion, l'esprit passant son temps à tenter d'obtenir ceci et de refuser cela. Il n'a donc aucune possibilité de se relaxer et de se détendre. Méditer consiste à laisser l'esprit faire l'apprentissage du lâcher prise, pour qu'il se libère de toutes ces restrictions qui l'emprisonnent.
Lorsque la confusion résultant de cette constante notion de dualité est dissipée, l'esprit n'est plus influencé par l'émotion d'attachement et de rejet. Il ne passe plus son temps à chercher à
obtenir quelque chose. Et s'il n'y a plus d'effort ni de frustration, il n'y a plus de souffrance. L'esprit en est complètement libéré. Cela signifie que nous sommes libres du cycle des existences.

Dans la méditation, l'esprit s'affranchit de toute saisie, de toute forme d'attachement ou de rejet, et les voiles qui le recouvraient tombent. A ce moment-là, les émotions n'ont plus la possibilité d'agir, puisqu'il n'y a plus rien à vouloir ni à rejeter. L'esprit ne réagissant plus, elles ne peuvent plus émerger et nous emporter. On entre alors dans un état de calme et de stabilité ; calme parce qu'on a pacifié les cinq émotions perturbatrices, stabilité parce qu'on a la faculté de demeurer dans cet état.
Toute activité mentale est due à une forme d'attachement intérieiir, au fait que nous accordons de l'importance à ce qui se manifeste à l'extérieur de nous. Nous sommes alors emportés et pensons à tout ce qui nous arrive. Le problème ne vient pas de ce qui se ma-
nifeste à l'extérieur de nous, mais de l'importance que nous lui donnons. Pour atteindre le calme mental, il ne s'agit pas de stopper les perceptions de l'extérieur, ni d'enfermer l'esprit, mais simplement de demeurer dans un état exempt de tout attachement. Ainsi, il n'y a plus aucune préoccupation et on est libre de toute souffrance mentale.
Méditer, c'est laisser l'esprit demeurer dans l'instant présent sans fabrication, sans interdit, sans artifice, sans interférence avec la réalité de l'instant. L'esprit s'établit dans le calme car il est dans son état naturel. Rien ne peut l'agiter. La méditation du calme mental est cette relaxation ou détente de l'esprit. Lorsqu'on parle de détente, il ne s'agit pas de laisser le corps s'écrouler, mais de laisser l'esprit se poser et se calmer.
Méditer, c'est laisser l'esprit libre de tout attachement, au-delà de la notion de sujet et d'objet, dans une parfaite détente ; c'est le laisser dans son état naturel. Il demeure alors sans distraction. Cette méthode peut être utilisée par tous ceux qui pratiquent la méditation, que ce soit celle du calme mental, celle du regard intérieur ou vision pénétrante, ou encore la méditation sur la réalité ultime ou méditation du Mahamoudra. Laisser l'esprit entrer dans
l'expérience de lui-même, dans son état naturel, sans aucune distraction, est la meilleure des méthodes.
Pour celui qui pratique la méditation du calme mental, ou Chiné, la méthode qui vient d'être décrite est excellente. L'esprit demeure au-delà de la dualité : il est libre de toute notion de sujet et d'objet. Progressivement, tout apparaît comme étant vide de toute réalité. En même temps que cette vacuité, survient l'expérience de détente et de confort où l'on ne distingue plus le corps de l'esprit. Si l'on poursuit cette méditation, les choses s'éclaircissent et une nouvelle dimension émerge dans l'esprit : la clarté ou lucidité. Peu à peu, ces trois choses sont présentes dans l'instant : la lucidité, l'établissement dans la détente et l'état non conceptuel. On demeure ainsi, sans saisir cette lucidité, cette vacuité ou cet état de détente parfaite. Lorsqu'on acquiert la faculté de demeurer sans aucune saisie, on peut dire que l'on a accédé au véritable état de Chiné : l'état de calme mental stable. Quand on s'ouvre à cet état de clarté, félicité et non conceptualité, et que l'on peut rester ainsi sans distraction, on appelle cela demeurer dans un état d'absorption méditative correspondant à ces expériences de clarté, de félicité et de non conceptualité.
Dans la méditation, il arrive que l'esprit soit parfaitement calme, que ce calme soit très stable et que l'on soit à l'aise dans cette méditation. On va peut-être développer de l'attachement à l'égard de cet état, en espérant qu'il se prolonge. Si cette tendance apparaît pendant la méditation, il faut regarder directement et clairement l'essence de celui qui est assis en train de penser et d'espérer. A l'opposé, si nous nous trouvons dans une méditation agitée et confuse et que nous pensons que notre méditation n'est pas correcte, là encore le remède est de regarder directement et clairement l'essence de celui qui a cette pensée. Tout ce qui survient dans l'esprit, et qui porte un jugement sur ce qui se manifeste au moment de la méditation, nécessite de porter le regard sur l'essence de celui qui a ces pensées et ces jugements. C'est le remède qui coupe court à tout attachement pouvant se manifester.

Si l'on pense bien méditer et si le calme mental obtenu nous paraît correct, nous jugeons notre méditation. Il peut en résulter une forme d'orgueil, à la pensée que nous faisons les choses correctement et que nous sommes de grands méditants. A partir de là, on s'efforce
d'aller toujours plus avant, et ce faisant, on perturbe la méditation.Cet orgueil et ces efforts deviennent finalement des obstacles à la méditation. L'esprit est complètement perturbé par ces attitudes et il s'ensuit de la souffrance mentale. Il faut alors regarder l'essence de la personne qui est en train de penser ainsi et qui développe cet orgueil. On se rend compte, si l'on est attentif et si l'on porte un regard lucide et clair, qu'il n'y a rien ni personne et que tout cela n'est que phénomène purement illusoire. Nous développons une autre forme d'orgueil quand nous perdons un peu notre pratique, en pensant que c'est trop difficile. Cet orgueil bloque l'esprit et crée des perturbations mentales, Le remède est de regarder l'essence directe
de la personne qui pense ne pas avoir les capacités de méditer. Ceci constitue non seulement un remède mais aussi un moyen d'entrevoir un bref instant l'essence de l'esprit.
Quand nous perdons notre confiance en la méditation, il faut regarder véritablement cette pensée, voir en quoi consiste la médita tion et reconnaître que méditer n'est finalement pas difficile, puisqu'en fait il n'y a nulle part où aller, ni aucun effort à faire. Lorsqu'on prend conscience de l'apparition de cette idée de difficulté dans l'esprit, on essaie de la regarder, pour voir que finalement elle n'a aucune valeur. Elle est simplement apparue dans l'esprit et peut tout aussi bien disparaître.

Quelle que soit l'idée qui émerge dans l’es prit, que ce soit une idée de bien ou de mal, il convient d'en regarder directement l'essence. On s'aperçoit qu'elle n'a ni couleur, ni forme. Il n'y a rien qui puisse Justifier la réalité de cette idée, rien qui puisse justifier son existence. Elle n'a de valeur, c'est juste une idée qui émerge dans l'esprit confus. Si l'on porte de cette manière le regard sur l'essence de l'idée, l'esprit demeure dans la véritable réalité de l'idée : dans la vacuité illimitée, qui est comme le ciel ou l'espace. En procédant de cette manière,
l'essence de chaque pensée se révèle ; c'est le dharmakaya ou Corps de la réalité ultime. Il ne s'agit donc pas d'essayer de bloquer -ou de rejeter les pensées, mais à chaque fois que l'une d'entre elles émerge, d'en regarder directement l'essence.
Peu à peu, on se libère de chaque pensée qui émerge parce qu'on est conscient qu'elle n'est pas réelle. On réalise l'aspect simultané de l'apparition et de la libération de la pensée, par le simple fait de la reconnaissance. Une pensée apparaît de l'esprit et se fond dans l'esprit. Elle n'est qu'une manifestation de l'esprit et ne peut être séparée de la nature même de l'esprit. Puisque l'esprit est le dharmakaya, tout ce qui émerge de l'esprit est l'expression du dhar-
makaya. Les idées qui apparaissent ne sont que le jeu du dharmakaya. C'est un mouvement naturel qui ressemble à celui des vagues de l'océan. Chaque vague a une forme et une taille qui lui sont propres, mais l'eau de chaque vague ne peut être dissociée de l'eau de l'océan. On ne peut distinguer l'océan des vagues qui sont à sa surface. Par contre, si l'on commence à saisir l'Idée d'une vague ou l'idée d'un océan, on sépare les choses et on tombe dans un système qui ne correspond plus à la réalité ultime.
Si l'on apprend à regarder directement l'essence de toute chose et de chaque pensée, il n'y a plus d'attachement. S'il n'y a plus d'attachement, on reconnaît les choses dans leur réalité et on s'aperçoit que les pensées sont simplement le jeu du dharmakaya, le jeu de la sagesse ultime.

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