"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

La vision d'un bodhisattva

Lama Jigmé Rinpoché - Extrait du livret "La pratique : se relier" - Décembre 2008

Pour l’instant, nous ne pouvons pas avoir la même vision qu’un bodhisattva, car nous sommes trop encombrés par nos tendances samsariques. Il est cependant en notre pouvoir de prendre un bodhisattva comme référence, de suivre son exemple en fonction de nos capacités individuelles et de changer progressivement nos tendances. Notre souhait puissant d’être capable de suivre cet exemple nous aide dans cette démarche. En effet, comme je l’ai dit, lorsque notre propre souhait et la bénédiction des bodhisattvas se rencontrent, leur combinaison nous permet d’avancer sur le chemin, de sorte qu’il y a de moins en moins d’obscurcissements dans notre esprit.
Même s’il peut sembler impossible de se comporter comme les bodhisattvas, leur bénédiction, notre souhait de faire comme eux et notre souffrance qui agit comme une motivation sur le chemin nous permettent peu à peu de mettre en œuvre, de manière limitée d'abord, puis de plus en plus large, l’action et la pratique du bodhisattva. Ainsi, notre capacité à nous comporter comme un bodhisattva s'accroît progressivement. C’est pourquoi je vais d’abord expliquer la vision d’un bodhisattva, puis la façon d’entrer en relation avec lui pour comprendre ses actions et l’imiter.

La vision d’un bodhisattva
Les bodhisattvas ne sont pas des gens extraordinaires et complètement différents des individus normaux. Ce sont simplement des êtres qui ont suivi un chemin et se sont ainsi développés. Ils se sont engagés dans ce processus grâce à la prise de conscience de la souffrance des êtres. La différence entre un être ordinaire et un bodhisattva vient donc du fait qu’un bodhisattva ressent une très forte compassion et un très grand amour pour tous les êtres, tout simplement parce qu’il perçoit et comprend leur souffrance. Si l’on ne voit pas la souffrance des êtres, on peut toujours ressentir de la compassion et de l’amour – nous en avons tous plus ou moins – mais ces qualités sont limitées par nos jugements et conditionnées par les circonstances, alors que l’amour et la compassion d’un bodhisattva sont illimités.
Ce processus de développement est comme le lever du soleil. Au début, la lumière est faible, puis peu à peu le soleil monte vers le zénith et la lumière devient plus brillante. De même, le bodhisattva prend conscience de la souffrance des êtres, se tourne vers eux et peu à peu développe une compassion et un amour* de plus en plus grands. Le bodhisattva lui-même ne souffre pas, parce qu’il a changé sa vision des choses : il perçoit la souffrance des êtres et développe de la compassion et de l’amour pour eux, sans saisir lui-même cette souffrance.

Tout d'abord, le bodhisattva génère la bodhicitta et prend l’engagement du bodhisattva puis il se développe lentement sur le chemin. C’est exactement ce que nous faisons ici ! Par exemple, le Gyalwa Karmapa nous a rendu visite et, à cette occasion, a donné les vœux de bodhisattva ; nous nous sommes alors reliés à la bodhicitta. Nous ne sommes pas pour autant devenus immédiatement des bodhisattvas, mais en nous reliant régulièrement à la bodhicitta, en nous la remémorant dans toutes les circonstances possibles, nous nous développerons graduellement. Lorsque, par exemple, nous nous trouvons dans une situation douloureuse ou lorsque nous voyons d’autres êtres dans la souffrance, nous nous relions peu à peu à la bodhicitta et nous développons ainsi sur le chemin. Notre esprit devient alors plus clair et nous sommes davantage disponibles aux êtres. Tous les bodhisattvas progressent ainsi ; ils ne s’émanent pas de quelque part dans l’espace pour venir sur terre accomplir le bien des êtres. Bien sûr, devenus de vrais bodhisattvas, ils peuvent choisir où ils se rendent pour aider les êtres, mais ils n’ont pas toujours été à ce niveau. C’est un processus ordinaire : avec sincérité, en prenant conscience de la situation des êtres et en cultivant la compréhension de l’enseignement, sans rejeter les situations, nous progresserons sur le chemin. Il est très important d'y réfléchir.

A la fin du texte le Précieux ornement de la libération se trouvent plusieurs chapitres sur les salam, les terres et les chemins. Il s’agit d’une notion indienne que les Tibétains ont importée dans leur culture. Elle fait référence au fait qu’il y a un chemin, qui mène à un point particulier. Cette expression implique que le samsara n’est pas comme une cage dont on ouvre la porte pour sortir. Il y a un processus : chaque expérience, chaque connaissance permet à l’esprit de devenir plus clair, à nos capacités de s'accroître et donc à la souffrance de diminuer. Progressivement, l’esprit devient de plus en plus vaste. Gampopa souligne que l’esprit des êtres ordinaires est recouvert par les nyönmong, les émotions perturbatrices ; au fur et à mesure qu’elles diminuent, il se clarifie et les obscurcissements s’amenuisent. Lorsque l’esprit est totalement clair, il n’y a plus du tout d’obscurcissements ni d’émotions perturbatrices.

Il est important de réfléchir à ce point et à la façon de parcourir le chemin. Nous voulons mettre en œuvre les enseignements et obtenir des résultats immédiats, nous voulons être libres ici et maintenant. Si nous n’y parvenons pas, nous perdons notre motivation à nous libérer. Le problème est que, pour l’instant, nous avons une multitude d’habitudes qui vont à l’encontre de la libération. Nous sommes encombrés par les jugements, les émotions, tous ces obscurcissements que nous suivons aveuglément, sans aucun recul ni aucune clarté vis-à-vis de la situation. A cause de ces habitudes, nous perpétuons un cycle dirigé par nos afflictions, c’est normal – c’est le processus tel qu’il est pour l’instant.

Prendre comme exemple la façon de voir d’un bodhisattva donne une idée de la manière de se développer dans cette direction. Pour l’instant, tous les êtres souffrent. Pourtant, nous voyons la souffrance de certains d'entre eux seulement et ignorons celle des autres, car notre capacité de jugement n'est pas la même vis-à-vis de tous les êtres. De plus, bien que tous souffrent à cause de leurs actions passées, certains ne semblent pas souffrir de manière manifeste : ils ont l’air d’aller bien et s’engagent dans toutes sortes d’actions pour aller encore mieux ; ces actions, négatives, sont à plus ou moins long terme cause de souffrance. Ainsi, même si ces êtres ne souffrent pas intensément pour l’instant, ils s’engagent dans des actions négatives parce qu’ils sont encore pris par leurs émotions, ce qui crée des négativités et sera donc tôt ou tard source de souffrance. Le bodhisattva a pleinement conscience du fait que les êtres créent constamment les causes de leur propre souffrance et cela génère en lui une très grande compassion. En effet, il voit que les êtres sont innocents : ils sont sous l’emprise de l’ignorance, et, pour cette raison, s’engagent dans des actions négatives et éprouvent de la souffrance.

Tel est le fonctionnement du karma. Ce terme sanskrit a été traduit par lé gyü dré en tibétain. Lé désigne les actions qui sont la cause (gyü) d’un résultat (dré) particulier. Ainsi, toutes nos actions aboutissent à un résultat qui dépend des actions elles-mêmes Pour l’instant, nous avons une compréhension intellectuelle du karma, mais nous ne le ressentons pas vraiment de l’intérieur. C’est pourquoi nous faisons des différences entre nous et les autres : même si nous éprouvons de la compassion, nous ne sommes pas vraiment capables de la mettre en œuvre, parce que nous ne comprenons pas clairement la souffrance. Le bodhisattva a une compréhension totalement claire du fait que les êtres créent leur propre souffrance, c’est pourquoi il éprouve une compassion aussi puissante pour eux. Cette compassion est équanime et prend en considération tous les êtres sans exception.
Il est important d’avoir de bonnes références pour réfléchir à ce sujet et, en nous appuyant sur cette compréhension, nous pourrons à notre tour développer la bodhicitta. Cela ne signifie pas que le résultat sera immédiat, mais nous pourrons ainsi résoudre peu à peu certains problèmes. Notre pratique s’améliorera, nous comprendrons mieux le sens de l’enseignement, le sens de la vie, la cause des problèmes que nous rencontrons : nous aurons une vision plus claire des choses. En poursuivant cet entraînement de manière constante, notre esprit se libèrera de la dualité.
Le problème vient de ce que nous avons peur d’être libres de l’attachement ou libres de la dualité : nous avons l’impression que nous perdrions quelque chose si nous étions libres de la dualité. Nombre de nos fonctionnements sont similaires : nous pouvons aimer certaines choses tout en sachant qu’elles ne sont pas bonnes, et nous n’arrivons pas à arrêter parce que nous avons peur de perdre quelque chose. Ce type de peur est un obstacle dans notre pratique du Dharma. En effet, nous nous entraînons sur le chemin, des changements se dessinent, mais nous nous bloquons parfois par peur et l’esprit reprend alors sa direction initiale. Cependant, si nous ne voulons pas changer nos habitudes par peur du changement, elles vont tout simplement perdurer. Nous pourrons alors être fatalistes, nous dire qu’il en est ainsi, que « c’est la vie », et finalement ne rien changer ! Si, au contraire, nous continuons l’entraînement sur le chemin, notre esprit sera de plus en plus détendu, de plus en plus libre, il y aura de moins en moins de problèmes et de distractions. D'ordinaire, nous ne nous rendons pas vraiment compte de nos émotions tellement nous en avons l’habitude ! Nous sommes constamment distraits, sous l’emprise de la colère, de la peur, d’un esprit critique, etc. Certaines de ces émotions ont sans doute un fondement, mais la plupart du temps seule les crée l'idée que nous nous faisons des choses. Nous sommes tellement habitués à ces sentiments émotionnels que nous y croyons, les suivons et sommes constamment distraits.

Comment utiliser ces instructions de manière simple ? Je dis bien « de manière simple », parce que ces instructions ne sont pas réservées à un usage exceptionnel ! Chaque jour, nous nous réveillons, nous travaillons, nous mangeons, nous nous détendons, nous retravaillons, nous remangeons et nous dormons. Tel est notre fonctionnement habituel et c’est à ce fonctionnement qu’il faut appliquer les instructions. Le sens de l’enseignement prend alors place dans notre vie quotidienne et nos habitudes changent, nous permettant de découvrir de mieux en mieux le sens véritable du Dharma. Pour l’instant, ce ne sont que des paroles, mais en les appliquant chaque jour, nous en comprendrons le sens, des effets progressifs apparaîtront dans notre vie, et nous constaterons de plus en plus la véracité de ces instructions. Même cette prise de conscience ne nous permettra pas de les suivre dans leur intégralité, mais en faisant un effort, nous continuerons à nous développer et nous constaterons une évolution. Cela nous encouragera – c’est là un des fonctionnements du désir – car, en voyant que cela fonctionne, nous voudrons continuer. Peu à peu, notre vision sera plus claire et nous serons plus à même d’appliquer les instructions sur le chemin. En fait, nous avons de la chance, car notre quotidien nous offre de nombreuses occasions de nous entraîner ; il est important de maintenir notre vigilance lors de toutes ces occasions. Ainsi, en étant vigilants et en appliquant les enseignements, nous aurons des résultats, ce qui nous motivera à continuer l’entraînement, et nous entrerons alors dans un cercle vertueux de vigilance et de qualités.

Où en sommes-nous ? Pour l’instant, nous sommes dans marikpa, l’ignorance, et du fait de cette situation, nous faisons des erreurs. Cela ne signifie pas que nous sommes très mauvais, nous avons des capacités, mais notre ignorance fait que des erreurs sont possibles, c’est pourquoi il faut être vigilant. Si nous sommes attentifs, la situation s’améliore, sinon elle empire. Ici, il ne s’agit pas de notre situation professionnelle ou de quoi que soit d’autre à court terme : si nous sommes vigilants dans nos actes, à long terme, notre situation karmique s’améliorera. L’ignorance n’est pas comme un rideau qui nous cache la vue, que nous pouvons tirer pour y voir et qui va, par la suite, retomber. Être ignorant, c’est avoir l’impression d'être capable de voir et de comprendre, alors que ce n’est pas le cas. Nous ne comprenons pas vraiment la source de nos perceptions et de nos émotions ! C’est pourquoi on aspire, dans les différentes prières de souhaits, à ce que l’ignorance diminue. Celle-ci ne peut pas disparaître d’un moment à l’autre, mais elle diminue progressivement et l’on voit de plus en plus clair. Cette ignorance n’est pas non plus une nouveauté ; nous somme ignorants depuis des temps sans commencement, et c’est à cause de cette ignorance que notre esprit est constamment agité par les nyönmong, le désir, la colère, la mécompréhension, l’orgueil, la jalousie, etc.

Que signifie « nyönmong » ? Le mot « affliction » est souvent utilisé pour traduire ce terme tibétain, mais ce n’est pas vraiment cela. En effet, une affliction désigne ce qui est souffrance et qui obscurcit, alors que les émotions perturbatrices, si on traduit ainsi nyönmong, ne sont pas forcément une cause de souffrance, ou du moins pas d’une souffrance toujours perceptible. En effet, nous nous sentons parfois bien, comme sur un petit nuage, et nous sommes parfois à dix lieues sous terre. Il nous arrive de rencontrer le succès et nous en éprouvons de l'orgueil, ce qui nous empêche de voir la réalité qui nous entoure ; il est possible que cette situation ne soit pas douloureuse sur le moment, mais elle est à coup sûr génératrice de nombreuses erreurs et de souffrance par la suite. Prenons l’exemple de la situation actuelle de l’économie, qui a été provoquée par des personnes qui se sont enorgueillies de leur succès et ont finalement fait beaucoup d’erreurs et causé ce désastre. Dans notre cas, ce sont nos relations avec notre famille, nos amis, nos collègues qui sont souvent teintées d'orgueil.
Il en va de même pour les autres émotions, en particulier pour le désir-attachement. Nous pensons que le désir et la saisie égoïste animent tout un chacun et que c’est normal, mais nous ne nous rendons pas toujours compte de ces fonctionnements. Nous n’aimons pas trop certaines personnes, par exemple, sans savoir pourquoi ; nous pensons qu'elles n’ont vraiment rien pour plaire et nous sommes critiques à leur égard. En analysant la situation et en prenant un peu de recul, si nous essayons, avec l’aide de l’enseignement, de comprendre pourquoi nous n’aimons pas telle ou telle personne, nous verrons que c’est souvent parce qu’elle est meilleure ou plus intelligente que nous, et nous sommes tout simplement jaloux. Cette jalousie n’est pas vraiment perçue, mais nous voyons par contre tous les défauts de l'autre personne ! Nous créons ainsi des situations de souffrance, or tout ce qui se produit est dû à l’attachement que l’on a vis-à-vis de soi-même.
De plus, il arrive que l’attachement soit agréable, surtout si nous obtenons ce à quoi nous sommes attachés, mais même si c'est le cas, nous aurons ensuite peur de le perdre. C’est là encore une manière de fonctionner normale, mais à cause de tous ces fonctionnements habituels basés sur le mode des émotions perturbatrices, nous avons une vision erronée des autres, et c'est là le problème. Malheureusement, nous ne reconnaissons pas vraiment que ces visions erronées sont générées par notre désir ou nos autres émotions. Nous avons l’impression de voir la réalité, de comprendre ce qui se passe, pourtant nous n'avons pas une vision claire, parce que nous sommes pris par des concepts destructifs sur la réalité ; nous sommes pris par timuk, l’ignorance et le manque de clarté, et nous ne voyons pas vraiment ce qui se passe. L’attachement, l’orgueil, la jalousie, la colère, etc., se sont développés de tout temps, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous en libérer du jour au lendemain.

Nous ne savons pas, au début, pourquoi nous n’aimons pas telle ou telle personne. Puis, peu à peu, en essayant de comprendre la situation, nous nous apercevons que c’est à cause de notre attachement, de notre jalousie ou de notre orgueil, etc. Nous voyons que notre esprit est pris par les circonstances et s’engage dans des actions négatives à cause d’elles. Cette prise de conscience nous permet de décider de ne plus suivre cette tendance et d’être vigilants et attentifs. Lorsque nous sommes enivrés, par exemple, nos sensations et notre perception de la situation changent, puis lorsque nous ne sommes plus sous l’emprise de l’alcool, notre vision redevient plus claire. Il en va de même de notre esprit : il est saoul d’émotions perturbatrices ! Il est donc nécessaire de cesser de l’intoxiquer et de le soumettre à une cure. Bien sûr, ce n’est pas facile, mais avec de la vigilance et de l’attention, nous obtiendrons peu à peu des résultats.

Dans le Précieux ornement de la libération, Gampopa dit que, sur les terres et les chemins, plus l’esprit devient clair, plus les émotions perturbatrices diminuent. A chaque niveau supplémentaire de clarté de l’esprit, les nyönmong diminuent. Il est bon de lire ces explications, mais il est surtout important d’en comprendre la signification. « Diminuer » ne veut pas dire que, tout d’un coup, il n’y a plus d’émotions, mais simplement que plus l’esprit est clair, plus le fonctionnement des émotions est faible. Lorsque l’esprit est totalement clair, les émotions ne fonctionnent plus du tout. Nous devons donc essayer de nous améliorer dans notre vie quotidienne et dans notre pratique, afin que notre esprit s'éclaircisse de plus en plus et que les émotions se manifestent de moins en moins.

Au début, cela ne va pas résoudre tous les problèmes. Cependant, si nous comprenons que nos perceptions sont dues à nos émotions perturbatrices et qu'à cause d’elles nous ne sommes pas libres, l’esprit est plus spacieux et plus détendu. Cette compréhension nous permet alors de nous ouvrir aux qualités et à la clarté de l’esprit, de sorte qu’il subit de moins en moins l'influence des émotions perturbatrices. Peu à peu, la colère et les autres émotions s’estompent et l’esprit s'oriente de moins en moins vers les négativités.

Ignorance ne veut pas dire stupidité. L’ignorance ne signifie pas que l’on est limité intellectuellement et que l’on ne comprend rien à rien. L’esprit peut avoir de nombreuses capacités tout en étant ignorant, car ici l’ignorance désigne le fait de ne pas voir la réalité telle qu’elle est. Chacun a un potentiel et des qualités ; le problème vient du fait que nous ne pouvons pas voir certaines choses, alors que l’ignorance nous incite à croire que nous le pouvons. Certaines personnes ont une bonne éducation et sont très intelligentes et érudites, ce qui ne les empêche pas de faire des erreurs parce qu’elles sont sous l’emprise de l’ignorance, mais ne le voient pas. L’ignorance n’est pas de la bêtise, c’est le simple fait de ne pas voir la cause de nos sensations, de nos émotions, etc. C’est à cause de cette absence de vision que l’erreur survient. Il est important de comprendre le contexte dans lequel s’inscrit cette explication : l’enseignement bouddhique montre que c’est par ignorance que nous générons des émotions perturbatrices et donc des pensées négatives qui mènent à des actes négatifs qui produisent du karma.

Si nous en sommes conscients, si nous l'expérimentons, nous comprendrons également la façon dont se comportent les êtres. Nous verrons que tous sont sincères dans leur quête du bonheur et leur désir d’échapper à la souffrance, mais qu’à cause de leur ignorance et de leurs émotions, ils agissent de manière déplaisante et incorrecte. Il est vraiment important de faire la connexion entre ce que nous vivons et ce que vivent les autres. Nous nous apercevrons alors que ces actions négatives créent de la souffrance et cette prise de conscience permettra de générer spontanément une compassion puissante vis-à-vis de tous les êtres. Il ne s'agit pas d'une compassion émotionnelle, mais d'une perception de la réalité de la souffrance des êtres et du fait qu’ils ne voient pas la situation dans laquelle ils se trouvent. Cette compassion est libérée de tout jugement.

Nous générons parfois de la compassion, mais elle est le plus souvent liée à des sentiments individuels et limités alors que la compassion d’un bodhisattva n’est pas limitée par la partialité ; il a une « grande » compassion parce qu’il voit la cause de la souffrance de tous les êtres – leurs actions dues à leur ignorance. Le bodhisattva génère une grande bienveillance envers eux parce qu’il voit que tous, comme lui, veulent être heureux, et pourtant souffrent. Il se sent proche de ces êtres, mais sans aucune attente ni espoir de récompense de leur part. C’est ce que l’on appelle l’équanimité. Ce terme est un peu délicat ; ce n’est pas une égale indifférence à l’égard de tous les êtres, mais le fait d’éprouver de la compassion et de la bienveillance pour tous, sans aucune différenciation, tout simplement parce que nous voyons qu’il n’y a aucune différence entre eux. Tous sont dans la même situation : ils souffrent à cause de leur ignorance et de leurs émotions. Généralement, nous préférons certains êtres, ce n’est pas mal de faire ces discriminations, mais cela pourrait être mieux.

Comment relier cette compréhension à notre pratique méditative, notamment à celle du gourou yoga ? Lorsque nous recevons la bénédiction du maître, du Bouddha ou des bodhisattvas, nous pouvons l'utiliser pour nous aider dans nos aspirations, par exemple en faisant le souhait de progresser nous-mêmes sur le chemin des bodhisattvas ou de pouvoir comprendre plus clairement nos émotions. En effet, ces obscurcissements ne sont pas faciles à éliminer. Nous pouvons aussi aspirer à avoir davantage de compassion, d’amour et de bienveillance pour les êtres. Aspirer ainsi à ce qui est bon pour les êtres a un effet. Faire des souhaits, ce n’est pas simplement dire : « Je souhaite ne plus souffrir ! », il faut bien sûr le souhaiter, mais il est surtout important de tourner son esprit vers les autres et vers ce qui est positif ; cela a plus d’efficacité. De telles aspirations, si nous les mettons en pratique, comportent un grand bienfait. En fait, les souhaits ont toujours un résultat, nous ne voyons peut-être pas les changements immédiatement, mais la situation s’améliore progressivement. Un grand bienfait découle de la combinaison de la bénédiction et de notre propre pratique, et les problèmes peuvent être résolus petit à petit.


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