"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Méditation & nature de l'esprit

Lama Jigmé Rinpoché - Extrait du livret "La méditation mot à mot" - Décembre 2010

Cet enseignement porte sur la méditation et explore le vocabulaire spécifique à cette pratique. Les mots constituent une passerelle vers une compréhension qu'il s'agit d'acquérir pour relier les enseignements du Dharma à notre expérience de tous les jours. Nous avons tous notre vie et devons accomplir nos tâches quotidiennes, mais il importe en même temps d’apprendre à appliquer les concepts1 du bouddhisme. Ce n’est pas facile, car l’idée même de la pratique est de parvenir à une continuité, c’est-à-dire devenir capable de vivre le sens de l’enseignement. Atteindre ce résultat signifie vivre comme un véritable pratiquant. L’idée est séduisante, cependant sa mise en œuvre présente des difficultés. Pourtant, un entrainement régulier et attentif nous permettra de prendre une nouvelle habitude2, afin de demeurer dans la pratique et d'être un véritable pratiquant.

L'enseignement qui suit est court, mais dense, et offre matière à réfléchir et étudier pendant plusieurs mois. L’introduction à la méditation a été bien établie précédemment3, puisque nous avons déjà parlé des conditions nécessaires à sa mise en place. Soutenus par une pratique méditative régulière, nous obtiendrons des bases solides et nous pourrons vraiment appréhender le sens du Dharma.

Dans les enseignements, nous trouvons souvent les mêmes expressions et nous sommes tellement habitués à entendre certaines d'entre elles que nous en oublions leur signification profonde. Chaque mot de l'enseignement du Bouddha revêt une importance à laquelle il faut être attentif. Par exemple, le terme « ignorance4 », marikpa5 en tibétain, est si présent que nous finissons par ne plus y faire attention et ne plus considérer vraiment sa signification. Cependant, la compréhension de ce terme est utile dans différents contextes du Dharma. Cette ignorance fondamentale nous pousse à commettre des erreurs, il est donc important de connaître sa signification et de nous questionner à son sujet, afin d'affiner sans cesse notre compréhension des enseignements. Le terme « nyönmongpa6 » aussi est récurrent et nous figeons facilement une interprétation de ce mot ; or, il s'agit de voir comment notre perception est liée à ces nyönmongpa. Nous rencontrons souvent des problèmes lexicaux, car plusieurs traductions sont utilisées comme « émotions perturbatrices », « afflictions », « passions », et il est difficile de trouver le mot approprié. Notre vie quotidienne nous accapare beaucoup et, lorsqu’une émotion apparaît dans notre esprit, nous sommes confus et déroutés parce que nous ne comprenons pas sa provenance ni sa nature, et nous n'identifions pas ce qui se passe. D'autre part, le travail est encore plus difficile à cause de l'habitude prise par notre esprit de voir les choses en noir ou blanc, en bien ou mal, sans jamais apercevoir les nuances ! Utiliser des expressions comme « émotions négatives » ou « émotions positives » constitue un mauvais entendement et peut induire une compréhension erronée. Chaque terme de l'enseignement a un sens précis, une réflexion régulière doit donc être menée pour bien se pénétrer des notions importantes ; c’est ainsi que l’orientation de l’esprit changera lentement jusqu’à ce qu'une tout autre vision prenne place.

« Méditation7 »

Le terme « méditation » est presque galvaudé de nos jours, il est utilisé de façon générale et recouvre différentes pratiques ; en revanche, la méditation dont il est question dans le contexte bouddhique est une pratique spécifique qui permet de comprendre les enseignements du Bouddha. L'objectif n'est pas d'atteindre des niveaux spirituels élevés, mais d'assimiler personnellement le Dharma pour ouvrir les yeux sur l’éveil, c'est-à-dire faire un pas dans la direction de la libération. Faire un pas ne marque pas un point de départ, mais signifie « emprunter la direction de l'éveil », selon le point de vue bouddhique. Les autres directions ne sont pas mauvaises pour autant, mais le but reste pour nous d'embrasser celle qui mène à l’éveil.

Méditer pour s’imprégner de l’enseignement du Bouddha demande d'acquérir la compréhension de plusieurs éléments simples. Ils se résument souvent à leur essence, à quelques mots qui véhiculent un sens très profond. Ces notions requièrent davantage d’explications pour être vraiment comprises, ce qui demande de s’investir dans leur étude. Les enseignements sur la nature de bouddha ou les différentes vues philosophiques constituent autant de conditions nécessaires à rassembler pour parvenir à méditer. Il ne s’agit pas de sujets séparés, sans lien les uns avec les autres.
La nature de bouddha est une idée assez simple, facile à comprendre intellectuellement, mais l'intégrer personnellement dans sa pratique méditative reste pour certaines personnes une gageure. Les termes utilisés pour communiquer et le sens qu'ils véhiculent sont deux aspects différents, comprendre les mots ne signifie pas toujours en appréhender le sens dans toute sa complexité. Pourtant, si nous voulons que notre pratique évolue dans la direction de l'éveil, nous devons savoir ce qu'implique précisément l'expression « nature de bouddha »8. Il est important de comprendre clairement la terminologie inhérente à ce type d'enseignement : il faut affiner cette compréhension et faire attention de ne pas développer une idée fausse qui conditionnerait ensuite notre pratique méditative et son résultat. Étudier ensemble et échanger sur ces sujets permet de ne pas tomber dans ce piège. Si nous approfondissons ces thèmes en prenant le temps de les assimiler, sans brûler les étapes, cela nous conduira à l'émergence d'une compréhension claire de ce qu’est un bouddha, et c'est primordial pour méditer.

Pour apprendre à méditer, diverses techniques sont transmises : certaines consistent à visualiser le Bouddha, d'autres, comme shamatha9, se basent sur le souffle. Pour méditer de façon correcte, nous devons reconnaître les processus mentaux qui sont à l'œuvre, afin de savoir comment les diriger dans la bonne direction. Entraîner son esprit à visualiser le Bouddha permet de recevoir son influence spirituelle et de se connecter à lui. En combinant cette méditation à celle de la quiétude mentale, nous parviendrons à ne faire qu'un avec le concept de nature de bouddha. Demeurer en la nature de bouddha signifie commencer véritablement à méditer.

Dans un premier temps, nous nous concentrons donc sur la façon de méditer, avec le soutien de la posture (une habitude physique à adopter en fonction de nos possibilités). Le point principal est de rester absorbé de façon correcte dans cette quiétude mentale. La régularité d'une telle pratique n'a pas pour but d'atteindre un nombre d'heures précis, mais plutôt d'habiter davantage sa pratique en la pénétrant plus profondément. Le résultat de la méditation de shamatha est de pouvoir demeurer dans la quiétude pendant une longue période, ce qui offre la possibilité de recevoir des instructions qui nous permettront vraiment de pratiquer. Sans une assise dans la méditation de shamatha, les instructions que nous entendrons ne seront pas réellement comprises et ne pourront donc pas être mises en œuvre.

« Nature de l'esprit »

L’enseignement transmis par Shamar Rinpoché à propos de l'entraînement de l'esprit10 constitue un bon soutien à la méditation. Les termes employés ont toute leur importance et il faut vraiment y réfléchir. Le mot « ngowo » en tibétain11 est souvent utilisé dans l'expression « sem kyi ngowo12 ». « Sem » désigne l’esprit et « ngowo » est la signification ou le sens de l’esprit. Cette expression fait référence à l’esprit qui demeure en méditation dans sa propre dimension, c'est-à-dire en sa nature véritable. Nous sommes familiarisés avec la traduction littérale de cette expression : « l'essence » ou « la nature de l'esprit », mais le problème est que nous ne la comprenons pas vraiment, nous l’interprétons à notre façon ce qui crée une mauvaise habitude. Le résultat visé est celui de l'état de bouddha, encore faut-il savoir ce qu'est un bouddha ; c’est le but de l'étude du Nyingpo Tenpa ou du Gyü Lama13. Dans notre position actuelle, nous ne sommes pas des bouddhas, pourtant demeure en nous ce qui constitue un bouddha ; au sein même de notre esprit se trouve l’essence d’un bouddha, c'est ce que nous nommons communément la nature de bouddha.

La méditation doit conduire l’esprit à s’établir en sa propre essence. Actuellement, il est submergé de concepts qui s'élèvent de cette base appelée « l’essence ». Le but de la méditation est le maintien dans cette dimension de l’esprit14. En effet, ce support constitue à la fois la base des concepts samsariques et la base des qualités d’un bouddha. Nos concepts, nos idées et nos différentes expériences de vie se solidifient en habitudes qui interdisent temporairement l'accès à cette base. Nous ne pouvons ni la voir ni l’atteindre, le propos est donc d’apprendre à demeurer en cette nature de bouddha, notre essence.
Expliquer cette notion en détail est capital, sinon cette expression résonne de façon fantastique à nos oreilles et nous mène à une grande illusion. Il faut donc revenir au plus près de la signification de ces termes. La formulation tibétaine quelque peu nébuleuse nous fascine souvent et, très vite, les mots prennent le pas sur le sens. Nous saisissons les mots et élaborons des idées qui s'éloignent du sens ; c'est ainsi que naissent les mauvaises compréhensions. Il nous faut aller à la réalité, qui est très simple et ensuite, quels que soient les termes employés, le sens sera compris.
Une fois que le sens sera intégré à la pratique, il s'agira de se poser dans cette compréhension afin de ne pas être distrait par des pensées liées au passé ou au futur, et de demeurer dans le moment présent. Sans apprentissage, il est impossible de s'absorber plus d’une seconde dans cette compréhension, alors que nous détenons le potentiel pour y parvenir. Le corps physique est dense et solide, mais l’esprit est semblable à l’air : il prend la forme de toutes les tendances qui s’élèvent en lui. Nous croyons voir clair, mais en fait nous évoluons dans le brouillard sans vraiment savoir où nous nous situons.
Le but de la pratique est de rester dans la dimension de notre nature de bouddha. Au départ, rien n'est clair dans notre méditation et la clarté instantanée de l'esprit n'est pas perçue, car, pour cela, il est nécessaire d'être habitué à un certain degré de quiétude mentale. Lorsque cette seconde de clarté est identifiée, il faut alors s'entraîner à demeurer plus longtemps dans cette dimension. Même si nous n'en sommes pas encore au stade de voir clairement, le ressenti sera différent et nous serons un jour capables de ne faire qu'un avec l’essence de notre esprit, notre nature de bouddha. Sur la base d'une plus longue absorption en méditation, nous commencerons à comprendre ce que signifie l'expression « la nature de bouddha » et nous parviendrons à nous établir dans la dimension de sagesse. C’est ce que signifie « sem kyi ngowo », « qui demeure dans son essence ».

Pendant la session de méditation, il n'est pas nécessaire de penser à toutes ces explications?; il est bon de les connaître et de les étudier avant, mais pas d'y revenir au moment de la pratique. En effet, grâce à une méditation stable, l’assimilation vient naturellement. L’application réelle dans la pratique de l'absorption en notre propre nature de bouddha s'effectue par le biais de la quiétude mentale. Celle-ci permet de développer une habitude de pratique, nécessaire pour s'absorber dans la dimension de la nature de bouddha, ngowo künzhi ngang la zhak15. Parvenir à cette réalisation demande du temps, mais n'est pas hors de portée. C'est sur cette base que s’élèvent les qualités de la pratique, par exemple une meilleure assimilation de ce que nous avons étudié (comme les différents textes sur la nature de bouddha, les différentes vues ou situations de l’esprit, etc.). Dès lors, nous ne sommes plus prisonniers d'une terminologie, d'un concept ou d'une idée, mais nous accédons à une compréhension personnelle, en d'autres termes à la réalisation de la pratique.


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