"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

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Un processus
« Le chemin pour dépasser l’anxiété et la confusion ainsi que leurs causes est, pour ainsi dire, la « richesse intérieure ». C’est ainsi que Thaye Dorjé, Sa Sainteté le XVIIe Gyalwa Karmapa, explique la force de notre potentiel. C’est cet état d’esprit qu’a insufflé lama Jigmé Rinpoché au 2e forum « Regard bouddhiste sur l’éducation et la jeunesse ». Il a fourni les ressources pour que parents et enfants puissent cheminer ensemble, afin de dissiper la confusion et de gagner en clarté et en autonomie. 

Pour bien comprendre ce qui s’est passé durant ces trois jours, il est important de concevoir notre richesse intérieure ainsi que la présente Karmapa : comme un chemin. Autrement dit, au-delà des informations partagées, la richesse se trouve dans le processus. Mais quel processus ?

D’abord la structure du forum : chaque journée est partagée entre des moments d’enseignement avec Jigmé Rinpoché, des groupes de réflexion pour mettre en valeur le sens et clarifier la compréhension des instructions (un groupe par génération : enfants, ados et adultes), des ateliers d’exploration au travers d’exercices de mise en situation qui font se rencontrer tous les âges, ainsi que des temps de méditation. Bref, une dynamique qui permet en peu de temps de générer du sens et de l’expérience. 

Nous retrouvons également le processus dans le projet éducatif proposé par lama Jigmé Rinpoché. Dès la première matinée, il a posé les jalons :

• permettre à l’enfant de rassembler les connaissances qui lui donnent une vision du monde ;
• lui montrer comment observer son environnement pour identifier ce qui est inspirant et ce qui ne l’est pas, ce qui vaut la peine d’être vécu ou pas ;
• lui donner les clés pour trouver les causes qui génèrent les effets et exemples observés ;
• l’amener à nourrir une conscience lucide, cette capacité à progressivement percevoir avec précision ce que se passe en lui.
Cette approche (ici très résumée), basée sur le discernement et l’apprentissage, procure de la liberté et la capacité à choisir par soi-même l’éthique de vie que l’on souhaite mettre en œuvre, à partir des enseignements du Bouddha.

Le processus se retrouve également dans la notion de transmission, car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on parle d’éducation. La perspective que donne Rinpoché est une visée à long terme : il s’agit de nous entrainer à prendre soin de nos enfants, car la manière dont nous prenons soin d’eux est la manière dont ils prendront soin des leurs.

 

L’autonomie
Le point de départ a été donné par une des métaphores dont lama Jigmé Rinpoché a le secret : « Pour voyager, tout le monde utilise et dépend du GPS. Même si on connait le chemin, on l’utilise, sans quoi on perd confiance. Dans notre vie, nous dépendons toujours de quelqu’un d’autre (philosophes, politiques, publicités, stars ou gens ordinaires). Ce n’est pas mauvais en soi, mais nous nous détournons de notre confiance en nous-mêmes, au profit d’une référence extérieure que nous allons suivre. Ces références extérieures emportent notre discernement et nous ne pouvons plus faire face par nous-mêmes aux situations. » Le ton était donné : l’éducation est un processus d’autonomie qui parie sur l’intelligence de chacun.

Lorsqu’à la fin des échanges nous avons demandé à Rinpoché quel était le principe central dans l’éducation, il a répondu : « Le point clé est d’échanger et d’expliquer les choses, de communiquer avec les enfants et d’expliquer ce qui se passe, dès leur plus jeune âge. Même si on s’énerve, revenir ensuite sur la situation et expliquer pourquoi ces mots ont été dits. Cela installe une forme de clarté pour tout le monde. Ainsi l’enfant comprend pourquoi les choses sont faites et cela génère plus d’harmonie. » Il faut dire que le thème était centré autour de l’écoute ; nous en avons d’ailleurs reçu une définition plutôt vaste : « Conscients de notre condition dans le monde et nous fondant sur des références précises, nous pouvons alors vivre sans perdre notre discernement et notre intelligence. » Les principes une fois posés, chacun a pu se rendre compte, au fil des échanges et des ateliers, que nous n’avions pas affaire à un modèle pédagogique, mais à une dynamique qui nourrit la confiance en soi, le discernement et, au bout du compte, la mentalité de soutien, tant pour les parents que pour les enfants. La démarche apparaît comme assez ambitieuse, mais applicable au jour le jour.

Les générations

De 7 à 70 ans, les 50 personnes présentes étaient parents, grands-parents, enfants, ados ; il y avait également des éducateurs et des enseignants. Notre souhait était de permettre à chacun, selon son niveau, d’approfondir la réflexion et de trouver des ressources pour son quotidien. Les interventions de Rinpoché rassemblaient tout le monde, mais les temps de réflexion se faisaient par tranche d’âge : les plus petits, avec des jeux et des histoires, essayaient de restituer ce qu’ils avaient observé pendant l’enseignement, les ados approfondissaient un thème et l’éprouvaient au travers d’exercices de mise en situation, les adultes reprenaient les notions clés pour croiser leurs compréhensions afin d’en saisir toute la richesse. Alors que les journées commençaient par une méditation, elles se terminaient par des ateliers créatifs autour du thème de l’écoute et de la communication. Le soir, les ados se retrouvaient avec les animateurs pour un moment de détente ensemble.

Il me semble que chacun est parti les bras pleins de ressources, d’idées, de moyens, de réflexions à mener et d’explorations à tenter. Une chose est certaine : les forums de l’Institut, qui ne font que débuter, vont continuer sous une forme ou une autre à explorer les situations humaines et les problématiques d’aujourd’hui. L’expérience montre que ce que nous avons appelé « un regard bouddhiste sur l’éducation » sonne comme un regard humain, intelligent et bienveillant sur ce que les générations ont à vivre ensemble. Il y avait de l’universel dans l’air.


Puntso, responsable du programme de Dhagpo

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