"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

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 Jour 1 : Inde - Berkeley – Dhagpo

« Quand je suis avec des pratiquants sakyapas, on me dit que je suis kagyü et quand je suis avec des pratiquants kagyüs, on me rappelle que je suis sakya », plaisante Shabdrung Rinpoché. Sa façon de se rendre disponible et sa simplicité dans la relation font presque oublier qu’il est un accompli, présenté comme une émanation de l’un des 25 disciples de Padmasambhava.

Shabdroung Rinpoché

C’est en 2007 que nous avons fait la connaissance de cet érudit formé au Dzongsar Institute, en Inde, qui a par ailleurs étudié (et enseigné) à l’université de California Berkeley. Shamar Rinpoché, qui avait dû annuler sa tournée d’enseignement en Europe cette année-là, lui avait demandé de le remplacer. Puis Shabdrung Rinpoché est revenu à Dhagpo en 2014. Depuis lors, il nous rend visite chaque année et nous profitons de son érudition : nous lui avons d’abord demandé une introduction à la théorie bouddhiste de la connaissance . Cette fois, nous sommes partis pour un cycle de plusieurs années avec la transmission d’un texte fondateur de la philosophie bouddhiste : L’Entrée en la voie du milieu (madhyamaka-avatara), de Chandrakirti.

Aujourd’hui, il a donc expliqué le contexte de l’auteur et du texte. Demain nous entrerons dans le vif du sujet.

 

Jour 2 : L’Entrée en la voie du milieu

Shabdrung Rinpoché : « J’essaie de faire un pont entre les enseignements du Bouddha, ces idées transmises il y a longtemps, et la vie que nous vivons aujourd’hui. » Essai transformé ! Il nous explique que la voie médiane n’est pas qu’une approche philosophique ; elle peut s’appliquer à tous les aspects de la vie. Il nous invite à sortir de notre approche binaire des choses – oui/non, j’aime/j’aime pas – afin de laisser place au discernement. Le propos de cette approche est de se libérer des extrêmes et finalement de se libérer tout court.

Shabdroung Rinpoché et la traductrice Cécile Ducher

C’est bien ce dont Chandrakirti nous parle dans son texte : il commence par un hommage à la compassion comme principale cause de l’éveil. Il nous explique comment elle est essentielle au début, au milieu et à la fin du chemin. Rinpoché commente le texte et donne les moyens de mettre cette compassion en œuvre. L’Entrée en la voie du milieunous devient accessible…

 

Jour 3 : contemplation sur la souffrance

« Quand on écoute un enseignement, le plus important est de ressentir ce que signifient ces instructions. Il ne suffit pas de suivre une théorie, mais il faut essayer de vraiment comprendre ce qui est dit », nous explique Shabdrung Rinpoché qui nous invite donc à poser des questions afin de clarifier les doutes. Une discussion sur la souffrance s’installe.

Extraits : 

Rinpoché ouvre des portes de réflexion : « Nous, Occidentaux, nous relions la souffrance uniquement à des sensations douloureuses. La connotation est toujours négative : nous associons la souffrance à la douleur. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. » Il ajoute : « Tous les phénomènes sont impermanents. Tous ces phénomènes sont conditionnés (apparaissent sur la base de causes et conditions), ils sont donc trompeurs et, de ce fait, de la nature de la souffrance. Mais cette souffrance n’est pas une sensation douloureuse. »

La discussion continue, un stagiaire exprime son incompréhension et Rinpoché aborde le sujet par une autre entrée : « Je ne dis pas que l’impermanence est mauvaise. Souvent, ce n’est pas le cas. Ceci dit, votre but n’est peut-être pas de vous libérer du cycle des existences, mais de trouver un bonheur samsarique. Si nous cherchons un tel bonheur, il n'est pas nécessaire de nous libérer de l’ignorance et de réfléchir à la souffrance. » Cet échange donne à chacun un matériau de réflexion qui permet de ne pas rester dans la théorie. Nous revenons au texte et aux qualités des bodhisattvas.

 

Jour 4 : générosité

Nous avons terminé le premier chapitre du texte, qui en compte 11. Chaque chapitre est consacré à un niveau de réalisation des bodhisattvas. Chaque niveau de réalisation est l’accomplissement d’une paramita. Il y a dix paramitas. Le 11e chapitre explique le résultat de ce chemin : l’état de bouddha.

Ce premier stage du cycle a donc été consacré à la générosité telle qu’elle est pratiquée à la première terre de bodhisattva, au premier bhumi. Mais Shabdrung Rinpoché, en plus d’éclairer le texte avec ses commentaires, nous ramène toujours à notre pratique en mettant en évidence des points clés : « Le fait d’abandonner la malveillance envers les êtres pour au contraire chercher les moyens de les aider est la générosité du Dharma. » Ou encore, « La générosité se caractérise par la motivation et l’état d’esprit. Sans cet esprit de don – le profond souhait de donner –, même si on donne quelque chose, ce n’est pas la générosité. » Et enfin : « Personne ne peut devenir riche avec des objets matériels. Quelle que soit la quantité de possessions que nous ayons, tant que nous n’avons pas la richesse intérieure qu’est le contentement, nous ne pouvons pas être riches. »

Passant, dans les explications, de notre pratique quotidienne aux terres des bodhisattvas, Rinpoché nous montre petit à petit que c’est l’une qui nous mène aux autres.

 

Jour 5 : Promesse de retour

« Le fait que nous n’ayons pas terminé le texte annonce une bonne nouvelle », plaisante sérieusement lama Jean-Guy, s’adressant à Shabdrung Rinpoché dans son discours de conclusion du stage :« Vous allez devoir revenir pour en continuer la transmission. »

Discours de conclusion

En effet, trois paramitas ont été expliquées : la générosité et l’éthique – les qualités qui permettent de rassembler les conditions favorables à la pratique – ainsi que la patience, qui empêche de détruire ces conditions, notamment par la colère. Nous avons commencé à préparer le terrain pour aborder la voie médiane. Rinpoché nous en précise encore le sens : « Le bouddhisme nous explique que les émotions et la saisie d’un soi ne sont pas naturelles ; c‘est artificiel. Ce sont des fabrications comme de la junk food. Quand on mange un hamburger, l’expérience peut parfois être agréable, mais sur le long terme ce n’est pas bon pour la santé. Les émotions et la saisie d’un soi sont les causes de fabrications mentales artificielles de plus en plus nombreuses. Sur le moment, on a l’impression que c’est agréable, mais cela ne peut pas nous apporter un bonheur durable. L’approche madhyamaka examine et dévoile ce qui est naturel, ce qui est là en absence de toutes ces fabrications. Le but est d’expérimenter un bonheur durable, sur du long terme et pas seulement des bonheurs éphémères. »

Bénédiction à la fin du stage

Il ne nous reste plus qu’à réfléchir et à intégrer ce que nous venons de recevoir, pour nous préparer à écouter la suite l’année prochaine.

Puntso,
Responsable du programme à DKL

Dhagpo Kagyu Ling - Landrevie - 24290 Saint-Léon sur Vézère - tél : 05 53 50 70 75 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.