"Le bouddhisme est un mode de vie par lequel nous développons les qualités de notre esprit.
C’est un mode de vie très particulier, car c’est une façon d’atteindre le bonheur
sans nuire à autrui."

LE XVIIe GYALWA KARMAPA, TRINLEY THAYÉ DORJÉ

Revue "Tendrel"

Retrouvez sur cette page des enseignements parus dans la revue "Tendrel" éditée par Dhagpo Kagyu Ling jusqu'en 2002.

 LES VOEUX DU VAJRAYANA

 Bérou Khyentsé Rinpoché


Dans les Tendrel N∞ 19, 20 et 22, nous vous proposions un enseignement
en plusieurs volets sur les voeux des trois véhicules du bouddhisme,
extrait d'un séminaire donné par Thrangou Rinpoché à Gampo Abbey au
Canada. Ont ainsi été traités : l'approche commune des trois niveaux de voeux,
les voeux du shravaka (hinayana), et du bodhisattva (mahayana).  Pour
compléter cette série d'articles, nous avons choisi cette fois de publier
l'enseignement sur les voeux du vajrayana qui fut donné par Bérou Khyentsé
Rinpoché à. Dhagpo Kagyu Ling durant l'été 89 (voir présentation de Bérou
Khyentsé Rinpoché dans "Nouvelles" du Tendrel N∞ 20).

Vajrayana et autres véhicules

           Tout comme dans le Hinayana et le Mahayana, il est
                 possible île pratiquer le Vajrayana en tant que fidéle
                 laîc, ou bien en tant que moine (ou nonne). Si l'on est
           moine et que l'on pratique le Vajrayana, on est dit "détenteur
           des trois sceptres".

               Les voeux du Vajrayana sont considéres comme plus
           profonds, plus puissants que les autres (voeux de libération
           personnelle et voeux de bodhisattva ) en ce sens qu'ils
         impliquent une transmutation des phénoménes, l'ai- exemple,
           lorsque l'on accomplit un  rituel d'offrandes, on consacre les
           substances qui sont offertes, notamment la nourriture. Lorsque
           ces substances sont consacrées, elles sont transmutées en
           nectar de suprême connaissance el, elles peuvent ainsi être
           absorbées sans que l'on ait à tenir compte de quelque interdit
           que ce soit. Dans certains rituels d'offrandes, la viande et
           l' alcool sont des éléments indispensables ; or, il est tout-a-fait
           licite pour un moine ou une personne qui a pris des voeux
           concernant l'alcool ou la viande de consommer une petite
           quantité de viande et d'alcool consacrés en tant que
           substances d'offrandes. C'est un exemple pour illustrer le fait
           que les voeux, les samayas du Vajrayana transcendent tous
           les autres.


Le mantra secret

    Le Vajrayana est appelé en tibétain sang gnak dordjé
tekpa, ce qui signifie " véhicule fulgurant du mantra secret".
     Cette notion de "secret" correspond au fait que celui qui
pratique vraiment le Vajrayana  ne rend pas publiques ses
pratiques ni ses actions, n'en fait pas étalage. Il a un
ensemble de régles à respecter et de pratiques à accomplir qui,
lorsqu'elles sont menées à bien, vont lui permettre d'atteindre
un certain niveau de réalisation , ce que 1' on appelle des
accomplissements. Ces accomplissements peuvent être vérifiés
à travers des signes extérieurs et intérieurs. Quoiqu'il en soit,
il est absolument contraire à l'usage de faire étalage de ces
signes, d'en tirer gloriole, de les laisser voir afin de s'attirer la
considération d'autrui.
    De même, les pratiques et rituels du Vajrayana sont tenus
secrets parce qu'ils pourraient être mal compris de quelqu'un
qui ne sérail; pas vraiment introduit dans ces pratiques, qui
n'en aurait pas une compréhension suffisamment profonde, qui
lirait un texte sans les explications nécessaires.  Ainsi, l'accés
aux pratiques est limité afin d'éviter les erreurs de
compréhension, les mauvaises interprétations de ces textes par
des gens qui ne seraient absolument pas qualifiés  pour les
recevoir et à plus forte raison pour les transmettre.

    Ainsi, lorsque l'on parle de véhicule des mantras secrets,
ce caractére secret ("sang") ne s'applique pas seulement aux
mantras ("gnak"}, mais embrasse beaucoup d'aspects différents
tels les instructions, les transmissions et bien d'autres choses.
Tous ces aspects doivent être maintenus secrets, non pas en
tant qu'instrument de pouvoir dont on voudrait garder le
monopole, mais  simplement parce que, s'ils sont mal
interprétés, cela peut nuire non seulement à l'enseignement
 même et à ceux qui le pratiquent mais aussi et surtout à celui
qui s'aviserait de pratiquer des enseignements qu'il aurait mal
 compris.

La vision pure

    Nous percevons le monde extérieur par l'intermédiaire de
nos sens,  chacun d'eux étant associé à un domaine
d'application ou d'extension :  les formes pour la vision, les
odeurs pour 1' odorat, etc. Cette perception s'opére dans un
mode duel en lequel il y a séparation entre un objet perÁu, un
sujet qui perÁoit, et Faction même de perception.

    Dans le Vajrayana, on ne cherche pas à rejeter la
manifestation, mais on prend conscience du fait que le mode
de perception, et donc les phénoménes tels que nous les
percevons, sont illusoires. Sur la base de cette compréhension,
on va pouvoir transformer, c'est-à-dire purifier, la perception
que l'on a du monde extérieur, et par là-même des
phénoménes. Dans la conscience ou réalisation du caractére
illusoire de la manifestation, les formes vont être perÁues non
plus en tant qu'apparences impures et illusoires mais comme
des manifestations du corps de la déité ; les sons vont être
reconnus comme étant la manifestation du mantra de la déité
les phénoménes mentaux vont être perÁus en tant que
manifestation du jeu de la suprême connaissance de cette
déité ; le sujet qui perÁoit est lui même identifié à la déité.
Ainsi, on transforme simultanément le champ d'expérience et
le sujet qui fait l'expérience  ; on opére une totale
transmutation du monde phénoménal tout entier.

Tantras et conduite

     Comme partout, il existe différents types de pratiquants
 du Vajrayana, aux facultés plus ou moins développées.
 Certains individus ont des facultés de compréhension
 extrêmement éveillées, aiguÎs, comprennent instantanément
 tous ces processus et sont aptes à les pratiquer d'une maniére
 presque spontanée. D'autres, c'est le cas de la majorité,
 demandent à être mis en présence et familiarisés avec ces
 procédés d'une maniére plus progressive.
     C'est la raison pour laquelle il existe  plusieurs classes de
 Tantras, nommément : Kriya, Upa ( ou Carya), -Yoga, et
 Anouttarayoga.,,Les Kriya , Upa et Yoga tantras correspondent
 à ce que l'on appelle la classe des tantras dits "inférieurs", et
 l'Anouttarayoga tantra correspond à la classe "supérieure".
 Mais il faut savoir que cette pratique de l'Anouttarayoga
 tantra implique en fait le respect des préceptes des trois
 autres classes de tantras et contient un condensé de
 l'enseignement de ces trois classes, qui sont en fait différentes
 maniéres d'aborder un même processus, une même réalité.
 L'Anouttarayoga tantra lui-même se. subdivise en Maha, Anou
 et Ati yoga considérés comme trois autres classes de tantras,
 tout en  appartenant  à l'Anouttarayoga tantra.
     Kriya et Uppa sont les yogas qui correspondent
 respectivement à la purification, et à l'action ou conduite ;
 Yoga est le tantra de l'union, et Anouttarayoga est le tantra
de l'union insurpassable.
    Dans les tantras de la premiére catégorie, en particulier
 dans le Kriya tantra, on va trouver de nombreuses régles
 extérieures, concernant notamment la propreté du corps, les
vêtements, et la nourriture que l'on  absorbe. Un pratiquant
du Kriya tantra ne mange en principe pas de viande, ne
consomme pas d'alcool, s'abstient d'excitants dans la, nourriture
comme l'ail ou l'oignon. Il existe encore nombre de régles et
interdits en fonction des pratiques que l'on accomplit. Par
exemple, la pratique de Nyoung-né qui est trés connue
appartient au Kriya tantra. Chacun sait qu'elle s'accompagne
de préceptes et de restrictions quant à l'absorption de
nourriture, etc. Ce qui caractérise principalement la premiére
classe de tantra par rapport aux autres, c'est donc un grand
souci du détail extérieur, de la pureté des aliments, des
vêtements, du corps-

    Bien entendu, lorsqu'on pratique le Vajrayana, on est
soumis aux mêmes restrictions que dans toute autre pratique
du Dharma, c'est-à-dire que l'on ne doit pas tuer, on doit
s'abstenir de voler, on doit observer une conduite éthique aussi
parfaite que possible. Cependant, dans certaines circonstances,
( pour ceux qui n'ont pas de voeux monastiques bien s˚r), il
n'est pas nécessaire dans le Vajrayana de s'abstenir de
relations sexuelles. Par contre, celles-ci sont soumises à des
régles extrêmement strictes. Par exemple, la femme est
considérée comme la manifestation, l'expression de la sagesse
primordiale, l'homme lui-même est considéré comme la
           manifestation, l'expression de la mise en application de cette
           sagesse au travers des moyens habiles - compassion et amour
          bienveillant. L'acte sexuel en lui-même est considéré comme
           l'union de la sagesse et des moyens qui produit la félicité. Il
           doit en fait être perÁu comme l'union de la vacuité et de la
           félicité.
               Lors de ces pratiques d'union, contrairement à ce qui se
           passe dans le cas ordinaire, on opére une rétention de la
           semence qui, au lieu d'être perdue dans les canaux naturels,
           est réintégrée en tant que principe vital, "graine de lumiére",
           dans le canal médian et utilisée à des fins illuminatives.
               Egalement, lors des rituels, on consacre un certain nombre
           de substances destinées à être consommées, mais cette
           absorption doit se faire d'une maniére particuliére. Par
           exemple, l'alcool consacré doit être considéré comme le nectar
           de suprême connaissance. S'il est consommé, il ne doit jamais
           l'être de telle maniére que son absorption puisse provoquer un
           obscurcissement des facultés ; en d'autres termes, on peut
           boire du tsok tchang (le nectar consacré), mais on ne doit
           surtout pas s'enivrer avec, c'est contraire aux engagements du
           Vajrayana. Il ne s'agit pas de le boire par plaisir d'une
           maniére profane mais bien de le considérer comme une
           substance qui va développer en nous l'expérience et la
           réalisation, et c'est la seule faÁon dont il faille absorber les
           substances consacrées au cours des rituels. De la même faÁon,
           on consommera de maniére pure la viande et autres
           nourritures consacrées.

Les samayas des cinq familles

               Idéalement, pour être apte à recevoir une initiation comme
           Hévajra, Korlo Démtchok, Dordjé Pamo, il faudrait avoir
            accompli les pratiques préliminaires communes et spéciales du
           Vajrayana et, les ayant accomplies, être préparé à recevoir ces
            initiations par des instructions. Lorsque l'on reÁoit une
           initiation, on renouvelle les voeux de refuge et les voeux de
            bodhisattva, puis  on prend un certain nombre de voeux
            propres au Vajrayana en particulier les voeux des cinq familles
            de Bouddhas.

               Le samaya correspondant à Aksobhya (tib. Mikyeupa}, de
            la famille Bouddha, consiste à ne jamais se séparer  du vajra
            et de la cloche. Vajra et cloche représentent respectivement les
            moyens habiles (compassion active) et la sagesse (réalisation
            de la vacuité). Ni la sagesse, ni les moyens ne peuvent aller
            indépendamment l'un de l'autre : il n'existe pas de sagesse
            sans les moyens, il n'existe pas de moyens habiles sans la
            sagesse. C'est ce que l'on appelle l'union indissoluble des
            moyens et de la sagesse. On prend ainsi le voeu de toujours
            garder en soi ces deux aspects indissociables des moyens
            habiles-compassion et de  la sagesse-vacuité, c'est-à-dire
           symboliquement "porter le vajra et la cloche".

                Le samaya correspondant à Ratnasambhava (tib. Rintchén
            Djoung Né}, de la famille Ratna (joyau), est de toujours
            pratiquer la générosité sous toutes ses formes, dont quatre
            principales : la générosité matérielle qui consiste à donner
            nourriture, vêtement, etc., aux nécessiteux ; le fait d'apporter
            aide et assistance à ceux qui en ont besoin, par exemple les
  malades ; le don de la protection aux êtres qui sont en
  danger ; le don du Dharma qui consiste à apporter à ceux qui
  ne les connaissent pas les moyens de se libérer du cycle des
  existences.
      Ainsi, celui qui reÁoit une initiation du Vajrayana s'engage
  à pratiquer en tous temps et circonstances ces quatre formes
  de générosité, autant que possible. Lorsqu'on n'en a pas la
  possibilité, on pratique en esprit ces formes de générosité à
  travers les offrandes mentales et les souhaits que l'on fait
  pour le bien de tous les êtres.
      Le samaya principal associé à Amit‚bha (tib. Eupamé), de
 la famille Péma (lotus), est de ne pas émettre la semence lors
 des rapports sexuels. (Bien entendu, ceci ne concerne pas ceux
 qui ont pris les voeux de chasteté, qu'ils soient laîcs ou
 ordonnés).
      Cela implique que l'on développe dans les rapports avec
 son conjoint une attitude d'esprit qui soit pure. Cette qualité
 des rapports différe de l'attitude profane qui nous fait
 considérer le conjoint avec un attachement et une possessivité
 excessifs, dans laquelle on saisit comme réelles et essentielles
 l'apparence et les différentes manifestations évidentes du
 conjoint, ce qui développe désir-attachement, que ce soit
 vis-à-vis de l'apparence ou de l'acte d'union en lui-même.
     En ce qui concerne la pratique juste dans l'optique du
 voeu de la famille du lotus, les deux conjoints doivent être
 considérés l'un comme l'aspect masculin de la déité et l'autre
 comme sa "partenaire mystique", l'aspect féminin. Leur union
 n'est pas un acte sexuel en soi, un acte purement destiné à
 satisfaire un besoin ou un désir, mais c'est bien plutÙt
 l'expression de l'union de la félicité et de la vacuité.  De la
 même faÁon, l'apparence du conjoint n'est pas la simple beauté
 physique pour faquelle on peut éprouver une attirance et un
 attachement, mais elle est la perfection de la déité manifestée.
 Ainsi, les relations entre les partenaires du Vajrayana sont
 dépourvues d'attachement, et de ce fait sont dépourvues de
jalousie, d'orgueil et de ces moments de colére et de conflits
 qui peuvent intervenir dans des relations profanes.

     Le samaya associé à Amoghasiddhi (tib. Deun-yeu-
droup-pa) de la famille Karma consiste à mettre en action à
chaque fois que l'on peut tous les moyens possibles pour venir
 en aide aux êtres.
     Karma est un mot sanscrit qui signifie plusieurs choses à
la fois : l'action, les conséquences de l'action et les traces
laissées par cette action dans la conscience individuelle de
l'auteur. Ici, on fait référence au Karma en tant qu'action, et
plus particuliérement activité pure, c'est-à-dire tout un
ensemble d'actes que l'on accomplit afin de venir en aide a
tous les êtres.

    Le samaya qui correspond à Vairocana (tib. Nam-par-
nang-dzé) de la famille vajra est de cultiver la bodhicitta
ultime, c'est-à-dire l'union de la compassion et de la sagesse
qui réalise la vacuité, à travers une contemplation non-duelle
du sujet et de l'objet.
…motions et sagesses

    En ce qui concerne le traitement des émotions
conflictuelles, l'attitude du Vajrayana est différente de celle
adoptée dans les autres véhicules en ce qu'il ne rejette pas les
émotions  mais les considére comme l'aliment du feu de la
suprême connaissance. Il est dit dans le Vajrayana : " Si vous
avez du bois et entretenez un feu, plus vous mettez de bois,
plus le feu est grand ; de même, si vous possédez le feu de la
suprême connaissance et que vous y jetez le bois des émotions
conflictuelles, alors cette suprême connaissance va briller
d'autant plus fort."

    A chacun des Dhyani-bouddhas correspond une émotion
conflictuelle et une sagesse primordiale, ou suprême
connaissance. Celle-ci n'est autre que ce qui apparaît en tant
qu'émotion conflictuelle lorsque la réalité fondamentale est
perÁue à travers le voile de la saisie égocentrique, dans un
mode de perception dualiste.
    Ainsi, ce que nous percevons comme colére n'est autre que
la sagease-semblable-au-miroir, le domaine d'Aksobhya ;
l'orgueil libéré de la saisie dualiste n'est autre que la
sagesse-parfaitement-équanime de Ratnasambhava ; ce que
nous percevons comme désir est la sagesse-parfaitement-
discriminative d'Amit‚bha ; la jalousie est en essence la
 sagesse-qui-accomplit-tout de Amoghasiddhi ; ce que nous
 expérimentons comme l'ignorance est en fait la sagesse-
 semblable-au-Dhannadatou de Vairocana.

Les quatorze voeux-racines

    La pratique du Vajrayana implique le respect d'un grand
nombre de voeux et de préceptes, dont l'essentiel réside en les
quatorze voeux-racine, c'est-à-dire l'abandon de quatorze types
d'attitudes ou d'actes qui vont totalement à l'encontre des
engagements du Vajrayana, brisant ainsi le lien sacré
(samaya).
                       Premier voeu :
    S'abstenir de nuire au Vajracarya, "détenteur du vajra".

     Le Vajracarya est le lama qui nous a transmis loung,
 ouang et tri, c'est-à-dire transmission orale des textes
 autorisant leur étude et pratique (loung), initiation (ouang),
 instructions et explications pour une pratique effective (tri).
     Le Lama-vajracarya est considéré comme étant
 l'essence-même des Trois Joyaux : son esprit est l'essence de
 tous les Bouddhas, sa parole est l'essence de tous les
 Dharmas, son corps est l'essence du Sangha.  Ainsi, sa
 personne est particuliérement sacrée et vénérable, et y porter
 atteinte en le tuant ou le blessant, chercher à lui nuire, le
tromper ou lui mentir sont des actes qui brisent complétement
le samaya du Vajrayana.

                       Deuxiéme voeu :
            S'abstenir de rejeter les Enseignements

        c'est-à-dire la parole du Tathagata, le Bouddha.
    Cela signifie qu'il faut se garder de critiquer les
enseignements du Dharma d'une maniére générale, et en
particulier ceux que l'on a reÁus de son maître spirituel. Si
l'on a reÁu par exemple des enseignements du Théravada et
que l'on considére que cette voie ne nous convient pas, on peut
trés bien s'abstenir de la suivre, mais sans pour autant avoir
à la critiquer, la mépriser en disant : " C'est une voie
inférieure, etc." ; il en est de même pour les pratiques du
Mahayana, ou les enseignements de tel ou tel maître du
Vajrayana. On peut trés bien décider de ne pas suivre tel ou
tel enseignement sans pour autant transgresser quoi que ce
soit ; par contre, on détruit le samaya du Vajrayana en
critiquant telle ou telle partie des enseignements.


                         Troisiéme voeu :
       S'abstenir de nuire à ses fréres et soeurs de vajra,
                  ou de se brouiller avec eux.

    Les fréres et soeurs de vajra sont tous ceux qui pratiquent
le Vajrayana d'une faÁon générale, et en particuîier ceux avec
lesquels on a reÁu des initiations d'un même maître, ou bien
avec qui on s'est trouvé inclus dans le même mandala
initiatique, ayant reÁu ensemble une même initiation ; ce sont
aussi les disciples du même maître que le nÙtre. Se brouiller
avec eux, laisser s'installer la rancúur, la jalousie entre fréres
et soeurs de vajra  brise le samaya du Vajrayana.


                        Quatriéme voeu :
            S'abstenir de rejeter un seul être vivant.

    Ce voeu concerne l'amour altruiste désintéressé, que l'on
est sensé développer envers tous les êtres sans exception. Si
l'on se détourne dun être en se disant qu'on ne fera rien pour
l'aider même si on en a la possibilité, on rejette ainsi cette
qualité essentielle d'amour altruiste et de ce fait on brise le
samaya du Vajrayana.

                                                          
                       Cinquiéme voeu:
           Cultiver la vision pure des phénoménes.

    Ce voeu concerne la base parfaitement pure des
phénoménes. Par exemple, l'union entre un homme et une
femme doit être perÁue comme la base parfaitement pure de
tous les phénoménes, félicité qui est l'union de la compassion
et de la vacuité. Cette union n'est plus perÁue en tant que
phénoméne impur ordinaire, mais transmutée, perÁue dans sa
dimension de pureté essentielle.


                          Sixiéme voeu :
              S'abstenir de pratiquer l'intolérance.

    Ce voeu concerne l'intolérance philosophique ou religieuse.
Il convient donc de s'abstenir de condamner, mépriser d'autres
courants du bouddhisme, ou d'autres religions et philosophies.
Cela n'exclut pas le débat et l'argumentation philosophique,
mais cela proscrit toutes formes d'intolérance et de fanatisme
caractérisées, qui dans tous les cas brisent le samaya.


                         Septiéme voeu :
              S'abstenir d'enseigner le Vajrayana

         à ceux qui ne sont pas destinés à le recevoir.
    Il s'agit de la nécessité d'enseigner à bon escient et avec
discernement. En effet, il y a des personnes dont le niveau de
compréhension n'est pas suffisant ou qui risqueraient de
déformer le sens des enseignements et leur mise en
application, d'autres dont le mode de vie et la faÁon d'être
sont incompatibles avec le Vajrayana. A ce type de personnes,
il ne convient pas d'enseigner le Vajrayana et d'en dévoiler les
pratiques ; il faut donc le garder secret vis-à-vis d'elles.
D'autres n'aspirent pas réellement aux enseignements du
Vajrayana, ou n'ont absolument aucune envie d'en entendre
parler ; il est  donc tout-à-fait exclu de les leur imposer.
Ainsi, exposer le Vajrayana à ces différents types d'individus
brise le samaya.


                        Huitiéme voeu :
             Ne pas critiquer notre propre corps
            qui est de la nature des Bouddhas.

    Ce voeu met en garde contre l'ascése excessive : il ne
convient pas de soumettre son corps à des macérations. En
fait, le Vajrayana considére les cinq agrégats (constituants
psycho-physiques de l'individu) comme étant les cinq
Dhyani-bouddhas, les cinq émotions comme étant les cinq
suprêmes connaissances, les cinq éléments comme étant les
cinq aspects féminins... Dans l'optique du Vajrayana, le corps
est quelque chose de parfaitement pur, sacré ; il n'est pas
différent des dettes de méditation. Il ne convient donc pas de
faire subir à ce corps des outrages, des macérations excessives,
telles que l'affamer, le soumettre à la chaleur excessive du
soleil par exemple, le faire demeurer un pied levé pendant des
années, etc. Toutes ces formes d'ascése, qui sont pratiquées
couramment dans d'autres voies religieuses, sont exclues du
Vajrayana. Bien entendu, il est tout-à-fait licite d'éprouver de
la faim et de la soif au cours d'une session de Nyoung-né, ceci
étant destiné à purifier les causes karmiques qui pourraient
nous faire renaître en tant qu'esprit avide ou dans les états
infernaux. Cependant, cette soif, cette faim que l'on éprouve
par exemple pendant le Nyoung-né n'ont rien de dangereux
pour le corps, ne mettent pas en péril son intégrité et ne
peuvent donc pas être assimilées à des macérations, à des
tortures que l'on s'inflige.


                       Neuviéme voeu :
              Ne pas douter de la parfaite pureté
              de tous les dharmas (phénoménes).

    Ce samaya fait référence à la réalité sous ses deux
aspects indissociables, le relatif et l'ultime. A ce sujet, il
convient d'éviter deux erreurs, ou points de vue extrêmes, que
sont le substantialisme (appelé aussi éternalisme) et le
nihilisme (ou tendance à la néantisation). Dans la premiére
tendance, en considérant la réalité relative comme existante en
soi, les phénoménes comme étant doués d'existence
intrinséque, substantielle, on brise le samaya puisque les
phénoménes sont en réalité dépourvus d'existence propre,
étant de simples apparences dont la nature est vacuité. Dans
la tendance opposée, le samaya est également brisé, puisque
l'on nie l'existence relative des phénoménes pour n'affirmer
que leur vacuité, prétendant ainsi que rien n'existe.

    La vue juste est de considérer les niveaux relatif et
ultime de la réalité - les apparences et la vacuité - dans leur
indissociabilité, comme étant parfaitement concomitants. Les
phénoménes sont à la fois apparents et vides' ; le fait qu'ils
soient parfaitement vides de toute caractéristique et 'substance
intrinséque n'empêche pas qu'ils se manifestent dé maniére
interdépendante et qu'ils soient perÁus au niveau relatif. Le
neuviéme samaya consiste donc à conserver cette vue juste,
libre des deux extrêmes de substantialisme et de nihilisme.


                         Dixiéme voeu :
     Ne pas manifester d'amour envers les êtres nuisibles.

    Ce samaya est brisé si l'on hésite à utiliser des moyens
coercitifs dans le but de discipliner les êtres. De nombreuses
personnes sont parfaitement capables de comprendre les
enseignements, de les suivre, de discipliner leurs émotions
conflictuelles à travers l'utilisation des moyens paisibles
communs à la plupart des maîtres. Cependant, dans des cas
exceptionnels, afin de pouvoir briser chez certains êtres des
tendances récurrentes à des comportements particuliérement
négatifs, il est nécessaire de brusquer ceux-ci quelque peu !
Ainsi, l'emploi de tels moyens est non seulement justifié, mais
ne pas les utiliser alors que l'on est capable de le faire va à
l'encontre du samaya.
    Comprenons bien ce que cela signifie : le comportement
de ces êtres particuliérement rebelles, obtus, à l'esprit opaque,
risque de les envoyer directement dans les états d'existence
inférieurs, voire infernaux ; par compassion pour eux, il est
donc parfois nécessaire de manifester une apparence qui
présente toutes les caractéristiques de la colére, voire même
un aspect qui les terrorise de maniére à les dominer et les
ayant ainsi subjugués leur permettre de transformer leurs
tendances profondes. C'est la raison pour laquelle il existe des
aspects dits courroucés, comme Mahakala par exemple.


                        Onziéme voeu :
    Ne pas conceptualiser les dharmas dépourvus de nom.

    Ce voeu consiste à préserver la conscience de l'union
indissociable des deux réalités. Le samaya est brisé si l'on
s'attache à la vérité relative sans considérer en même temps
sa dimension de vacuité inhérente, car il n'y a pas
d'apparences qui ne soient en même temps vacuité. D'autre
part, rechercher la vacuité en-dehors de la réalité relative va
aussi à l'encontre de ce samaya, puisqu'il n'existe pas de
vacuité en-dehors des apparences même. Ceci constitue un réel
danger dans la mesure où tout le monde veut réaliser la
vacuité, mais beaucoup de personnes qui s'engagent dans cette
recherche s'assoient sur un coussin et essayent de fuir la
réalité relative en pensant que la vacuité est quelque chose
d'autre, approche erronée qui brise le samaya.


                       Douziéme voeu :
            Ne pas détourner les êtres de leur foi.

    Ce douziéme samaya est brisé lorsqu'on essaie par jalousie
ou pour tout autre motif de décourager autrui en disant :
"Oh, cela n'est pas une pratique pour toi, tu devrais
abandonner, tu ne pourras pas aller jusqu'au bout." A chaque
fois que l'on essaie de détourner quelqu'un d'une pratique
positive du Dharma, on brise ce samaya.


                          Treiziéme voeu :
                Ne jamais refuser de consommer
     les objets du lien sacré essentiel (substances d'offrandes).

     Dans le Vajrayana, on ne s'attache pas aux notions de
 pur ou d'impur, de caste inférieure ou supérieure, etc. Lorsque
 sont présentées les offrandes consacrées du Vajrayana, il
 convient d'en avoir une vision pure, que ce soit une nourriture
 considérée comme pure ou non dans une autre tradition (du
 porc par exemple). Qu'il s'agisse de telle ou telle nourriture n'a
 plus aucune importance car c'est ici une substance consacrée
 parfaitement pure, le nectar de suprême connaissance.
     On brise ce treiziéme samaya en développant des doutes
 quant à la pureté de ces substances consacrées au cours des
 rituels. Par exemple, il est des périodes annuelles ou
 mensuelles durant lesquelles on doit s'abstenir de consommer
 viande ou alcool. Que soient pendant ces périodes effectués
 des rituels, conférées des initiations, ou bien que, quelle que
 soit la période, l'on ait soi-même pris le voeu de ne pas
 manger de viande ni de boire d'alcool, dans les deux cas il
 peut arriver que l'on conÁoive des doutes et que l'on refuse de
 consommer les offrandes rituelles telles la viande ou l'alcool.
 Emettre des doutes quant aux substances consacrées qui sont
 en fait nectar de suprême connaissance, refuser de les prendre
 au cours d'une initiation ou d'un rituel brise le treiziéme voeu
du Vajrayana.
     Ainsi, même pendant les périodes dites d'abstinence, au
cours des festins d'offrandes on va prendre de quoi se
satisfaire raisonnablement en pensant que ce que l'on absorbe
va servir à développer les qualités spirituelles, l'expérience et
la réalisation. Concrétement, quand est présenté le kapala de
nectar, si l'on est moine, on trempe un doigt dans l'alcool
consacré et on se mouille simplement la langue. Si l'on est
laîc, il ne convient pas toutefois de s'enivrer avec le dutsi
(alcool consacré). Rinpoché dit que c'est une chose qu'il a
malheureusement constatée en Occident : lorsqu'est effectué
un rituel, les gens vont acheter une quantité de bouteilles
d'alcool qui vont être consacrées, puis ils vont boire jusqu'à
l'inconscience... évidemment ce n'est pas du tout l'esprit du
Vajrayana !
                    Quatorziéme voeu :
                Ne pas mépriser les femmes,
             qui sont de la nature de la sagesse.

    Ce dernier voeu-racine implique que l'on ne méprisera pas
les femmes, qu'on ne les traitera pas comme une race
inférieure, qu'on ne les considérera pas comme des êtres
inaptes à la réalisation, qu'on ne les maintiendra pas dans
une basse condition, etc.
    Dans le Théravada, et en particulier au niveau des voeux
de discipline extérieure, on établit une différence entre les
hommes et les femmes. Les moines sont traditionnellement
 assis sur des siéges plus élevés que ceux des nonnes, celles-ci
 venant aprés dans l'ordre de préséance. Egalement, les
 guélongmas (bikshunis) ont plus de voeux à respecter que les
 hommes (guélongs), dans la mesure où l'on considére que leur
 esprit est plus difficile à discipliner.
     Dans le Mahayana, ces différences s'effacent et l'on ne
 fait pas de distinction véritable entre les bodhisattvas
 masculins ou féminins ; ainsi le Mahayanaest plutÙt
 égalitaire.
     Dans le Vajrayana, la femme est la manifestation de la
 suprême connaissance, elle est la manifestation de l'aspect
 féminin de la déité, l'instrument par lequel on accomplit
 l'union félicité-vacuité. Par là-même, sa personne est sacrée,
 parfaitement respectable et en aucun cas inférieure à celle de
 l'homme. Ainsi, dans le Vajrayana, non seulement on ne fait
  pas de distinction, mais on affirme l'absence totale de
  différence entre les hommes et les femmes, on met réellement
  les femmes sur un pied de totale égalité parce qu'elles sont
  l'instrument par lequel on parvient à la réalisation ultime.
      A ce sujet, il existe des pratiques d'union où l'on
  développe les quatre différents niveaux de la félicité. Si l'on
  est laîc, elles doivent être accomplies avec une partenaire
  réelle ; si l'on est moine, c'est alors la partenaire intérieure
  qui est évoquée. Ces pratiques correspondent à l'utilisation de
  l'énergie qui est ordinairement perdue  dans la relation
  sexuelle. Cette énergie maîtrisée va remonter le long du canal
  médian puis redescendre en irrigant successivement chacun
  des niveaux du corps subtil. Non seulement ces processus
   maîtrisés induisent une expérience de joie, mais ils aménent
   aussi à l'expérience de l'union de la félicité et de la vacuité, de
   nature parfaitement illuminative. De telles pratiques
   permettent à ceux qui les ménent à bien de parvenir à la
   réalisation de Dordjé Tchang.

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